La baignoire de Néron estimée à 1 milliard d’euros : le porphyre violet, trésor oublié

Sculptée dans une pierre extraite d'une unique carrière égyptienne, cette cuve monumentale témoigne du faste impérial romain

La baignoire de Néron estimée à 1 milliard d’euros : le porphyre violet, trésor oublié
Baignoire antique en porphyre violet impérial dans un musée romain éclairé Nathalie Rousselin / INFO.FR (img2img)

Un bassin monumental vieux de près de 2 000 ans continue de fasciner archéologues et historiens. Taillée dans du porphyre violet, une roche d'une rareté exceptionnelle provenant d'Égypte et réservée aux empereurs romains, cette baignoire attribuée à Néron illustre la démesure qui caractérisait la Domus Aurea. Si l'on devait aujourd'hui extraire et travailler un bloc de cette taille, sa valeur atteindrait près d'un milliard d'euros, selon les estimations d'experts en minéralogie antique.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Une baignoire monumentale sculptée dans du porphyre violet, matériau réservé aux empereurs romains, provenant d'une unique carrière égyptienne située dans le désert oriental
  • La valeur actuelle d'un tel bloc de porphyre est estimée à près d'un milliard d'euros compte tenu de sa rareté, de sa taille et de la complexité de son extraction et de sa taille
  • Cette cuve ornait la Domus Aurea, palais de 50 hectares construit par Néron après l'incendie de Rome en 64, comprenant un lac artificiel et des jardins monumentaux
  • Après le suicide de Néron le 9 juin 68, ses successeurs effacèrent sa mémoire en recouvrant le palais de terre, avant sa redécouverte à la Renaissance par Raphaël
  • Le site nécessite 31 millions d'euros de travaux de consolidation, dont seulement 13 millions ont été débloqués, pour protéger les vestiges des infiltrations d'eau et des racines d'arbres

Au cœur de Rome, dans les vestiges de ce qui fut l’une des plus somptueuses demeures impériales jamais construites, subsiste un témoignage exceptionnel du luxe antique : une baignoire monumentale sculptée dans du porphyre violet. Ce matériau d’une rareté absolue, extrait d’une unique carrière située dans le désert oriental égyptien, était exclusivement réservé aux empereurs romains. La valeur actuelle d’un tel bloc, compte tenu de sa taille et de la complexité de son extraction, est estimée à près d’un milliard d’euros par les spécialistes du patrimoine antique.

Le porphyre impérial, pierre des dieux et des césars

Le porphyre violet, ou porphyre rouge impérial, provenait du Mons Porphyrites, dans le désert oriental d’Égypte, entre le Nil et la mer Rouge. Cette carrière, exploitée dès le Ier siècle de notre ère, était propriété exclusive de l’empereur romain. Selon les recherches historiques, Néron, qui régna de 54 à 68 après J.-C., fit un usage immodéré de ce matériau pour orner sa Domus Aurea, la Maison Dorée qu’il fit construire après le grand incendie de Rome en 64.

La dureté exceptionnelle du porphyre, composé de cristaux de feldspath dans une matrice pourpre, rendait sa taille extrêmement difficile avec les outils de l’Antiquité. Sculpter une baignoire d’une seule pièce dans ce matériau représentait donc un exploit technique considérable, nécessitant des centaines d’heures de travail d’artisans hautement qualifiés. Cette prouesse technique était aussi un message politique : seul l’empereur disposait des ressources et du pouvoir nécessaires pour commander de telles œuvres.

La Domus Aurea, palais de tous les excès

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Comme le révèle une étude architecturale de la Domus Aurea, ce palais couvrait près de 50 hectares au centre de Rome, s’étendant du Palatin à l’Esquilin. L’architecte Gabriella Strano explique que la baignoire en porphyre s’inscrivait dans un ensemble décoratif d’une richesse inouïe :

« Si on l’appelle la Maison Dorée, ce n’est pas seulement à cause des feuilles d’or de ses fresques mais parce qu’elle a été conçue pour que les rayons du soleil rebondissent sur le marbre comme des cascades de bijoux », selon l’architecte Gabriella Strano.

L’architecte Elisabetta Segala précise la fonction de ces espaces luxueux dans les travaux de restauration menés sur le site :

« Il n’y avait pas de cuisines ici, ni de salles de bain. Les pièces étaient toutes ouvertes sur les jardins ou sur la vue donnant sur le lac. C’était probablement un lieu dédié à la promenade ou à la détente », explique Elisabetta Segala.

Un empereur artiste et bâtisseur mégalomane

Lucius Domitius Claudius Nero, né en 37 de notre ère, accéda au trône à seulement 17 ans en 54, grâce aux manœuvres de sa mère Agrippine la Jeune. Selon les chroniques historiques, le jeune empereur se distingua rapidement par sa passion pour les arts et l’architecture monumentale. Sous l’influence de son précepteur Sénèque durant les cinq premières années de son règne, Néron gouverna avec une relative modération.

Mais après l’assassinat de sa mère en 59 et le grand incendie de Rome en 64, l’empereur laissa libre cours à sa mégalomanie architecturale. La construction de la Domus Aurea débuta immédiatement après l’incendie, sur des terrains que Néron s’appropria au centre de la ville. Le palais comprenait un lac artificiel, des jardins à perte de vue, des colonnades monumentales et des salles ornées de marbres précieux, de fresques dorées et d’objets en porphyre comme cette baignoire légendaire.

Un héritage condamné puis redécouvert

Le 9 juin 68, Néron se suicida en se poignardant à la gorge, sur le point d’être capturé après avoir été déclaré ennemi public par le Sénat. Ses successeurs entreprirent systématiquement d’effacer sa mémoire. Vespasien fit construire le Colisée à l’emplacement du lac artificiel de la Domus Aurea, tandis que Trajan fit recouvrir le palais de terre pour y édifier ses propres thermes.

Oubliée pendant plus de quatorze siècles, la Domus Aurea fut redécouverte à la Renaissance par des artistes qui se glissèrent dans les salles par des trous percés dans les plafonds. Raphaël et d’autres maîtres y découvrirent les fameuses fresques « grotesques » qui influencèrent profondément l’art de la Renaissance. Officiellement ouverte au public en 1999 après d’importantes campagnes de fouilles, la Domus Aurea dut fermer en 2005 en raison d’effondrements causés par des infiltrations d’eau.

Un défi de conservation pour le XXIe siècle

Les travaux de consolidation, entamés en 2010, nécessitent des moyens considérables. Le gouvernement italien a débloqué 13 millions d’euros sur les 31 millions nécessaires à la sauvegarde complète du site. Les racines des chênes et des pins des jardins publics situés au-dessus, parfois profondes de 25 mètres, continuent de fragiliser les structures antiques.

Depuis 2017, des visites virtuelles permettent aux visiteurs équipés de casques 3D de découvrir les salles telles qu’elles apparaissaient au temps de Néron, avec leurs marbres blancs scintillants et leurs fresques dorées intactes. La baignoire en porphyre violet, témoin silencieux de vingt siècles d’histoire, demeure l’un des symboles les plus puissants de la démesure impériale romaine. Combien d’autres trésors en porphyre, dispersés ou perdus, témoignent encore de la splendeur éphémère de la Maison Dorée ?

Sources

  • Le Figaro (8 juin 2018)
  • Le Point (23 mars 2017)
  • Études archéologiques Domus Aurea (2017)
  • Ministère de la Culture italien (2010-2017)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.

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