La Pologne accumule 550 tonnes d’or, dépassant les réserves de la BCE

Varsovie détient désormais 63 milliards d'euros en lingots et vise 700 tonnes, alors que le pays refuse l'euro malgré sa croissance de 3,4%

La Pologne accumule 550 tonnes d’or, dépassant les réserves de la BCE
Lingots d'or empilés dans les coffres de la Banque nationale de Pologne Alexandre Mercier / INFO.FR (img2img)

Les coffres de la Banque nationale de Pologne débordent désormais de 550 tonnes d'or, plaçant le pays devant la Banque centrale européenne qui n'en possède que 506,5 tonnes. Cette accumulation spectaculaire de métal jaune, d'une valeur estimée à 63 milliards d'euros, s'accompagne d'un refus catégorique d'adopter l'euro. Alors que la Pologne affiche la plus forte croissance économique de l'Union européenne avec 3,4% attendu en 2026, Varsovie assume une stratégie d'indépendance monétaire qui bouleverse les équilibres européens.

L'essentiel - les faits vérifiés
  • La Pologne détient désormais 550 tonnes d'or, dépassant les 506,5 tonnes de la Banque centrale européenne, pour une valeur de 63 milliards d'euros au cours actuel
  • L'or représente 28,2% des réserves de change polonaises en 2026 contre seulement 16,9% en 2024, avec un objectif affiché de 700 tonnes soit 94 milliards d'euros
  • Le ministre des Finances Andrzej Domanski a confirmé le 27 janvier 2026 le refus polonais d'adopter l'euro, malgré une économie qui remplit les critères de convergence
  • La Pologne affiche une croissance de 3,4% prévue pour 2026, la plus élevée de l'UE, avec un PIB dépassant 1.000 milliards d'euros, mais un déficit de 6,8% en 2025
  • Depuis son adhésion à l'UE en 2004, la Pologne a reçu 161 milliards d'euros de contributions nettes et multiplié par 5,3 ses réserves d'or passées de 103 à 550 tonnes

En vingt-deux ans, la transformation est saisissante. Lorsque la Pologne adhère à l’Union européenne en 2004, ses réserves d’or se limitent à 103 tonnes. Aujourd’hui, selon BFM, la Banque nationale de Pologne (NBP) détient 550 tonnes de lingots, dépassant ainsi les 506,5 tonnes de la Banque centrale européenne. Une accumulation qui s’accélère : l’or représente désormais 28,2% des réserves de change polonaises, contre seulement 16,9% en 2024.

Une stratégie d’accumulation assumée face aux turbulences mondiales

Le gouverneur de la NBP, Adam Glapiński, ne cache pas ses ambitions. Comme le rapporte BFM, la banque centrale polonaise vise un objectif de 700 tonnes d’or, pour une valeur totale d’environ 400 milliards de zlotys, soit près de 94 milliards d’euros. Les acquisitions les plus importantes ont été réalisées fin 2025, profitant des turbulences financières pour renforcer les actifs jugés les plus sûrs, alors que le cours de l’or battait de nouveaux records à plus de 5.000 dollars l’once.

Cette dynamique polonaise s’inscrit dans une tendance internationale plus large. Selon le World Gold Council cité par BFM, 95% des banques centrales interrogées anticipent une hausse des réserves d’or mondiales. Pour de nombreux pays, l’or constitue une assurance contre les crises financières, un rempart face à l’inflation et un moyen de réduire la dépendance au dollar, logique renforcée par les tensions géopolitiques et la multiplication des sanctions financières.

Un zloty qui s’envole et un euro qui ne séduit plus

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Cette accumulation d’or accompagne un virage stratégique majeur. Lundi 27 janvier, le ministre des Finances polonais Andrzej Domanski a refroidi les dirigeants européens dans un entretien accordé au Financial Times. Selon L’Express, il a déclaré sans ambiguïté :

« Notre économie se porte maintenant clairement mieux que la plupart de celles qui ont l’euro. Nous avons de plus en plus de données, de recherches et d’arguments pour conserver le zloty polonais. »

Les chiffres lui donnent raison. Le zloty s’est considérablement apprécié, passant de 0,2231 euro le 16 octobre 2023, jour de l’élection de Donald Tusk, à 0,238 le 27 janvier 2026, avec un pic à 0,2421 fin février 2025. Sixième puissance européenne, la Pologne dépasse désormais les 1.000 milliards d’euros de PIB selon les chiffres du FMI rapportés par L’Express. Pour l’OCDE, le pays devrait connaître une croissance de 3,4% en 2026, la plus haute prévision des 27 États membres de l’UE.

Un revirement spectaculaire pour Donald Tusk

L’ironie de la situation n’échappe à personne. Donald Tusk, ancien président du Conseil européen et fervent partisan de l’euro en 2008, observe désormais la monnaie polonaise s’envoler depuis son retour au pouvoir en octobre 2023. Le ministre Domanski, cité par L’Express, assume ce changement de cap :

« Il y a deux ans, j’étais un peu inquiet que la Pologne ne soit laissée pour compte dans une UE à deux niveaux et en dehors de la zone euro, mais aujourd’hui, la Pologne est clairement au premier niveau économique, et je ne vois aucune raison forte d’abandonner notre propre monnaie. »

Un sondage de United Surveys pour Wirtualna Polska publié en avril 2024 confirme ce sentiment populaire : 66,8% des Polonais préféreraient conserver le zloty et près de la moitié d’entre eux y sont « définitivement opposés ». Seuls un peu plus d’un quart des Polonais se montrent favorables à un passage à l’euro.

Les contributions européennes au cœur du débat

Cette position polonaise soulève des questions sur l’utilisation des fonds européens. Depuis son intégration dans l’Union en 2004, la Pologne a reçu 161 milliards d’euros de contributions nettes. Une partie de cette manne a manifestement permis de financer le développement économique du pays et, indirectement, de constituer ces réserves d’or colossales. Avec 550 tonnes, la Pologne dépasse désormais plusieurs pays européens majeurs comme le Portugal (environ 383 tonnes), le Royaume-Uni (environ 310 tonnes) et l’Espagne (environ 281 tonnes), selon BFM.

Pourtant, tout n’est pas rose dans le tableau économique polonais. Le déficit public s’élevait à 6,8% en 2025, dépassant largement les 3% requis par l’Union européenne. La Commission européenne prévoit une baisse à 6,3% en 2026, mais cela reste bien au-dessus des normes européennes. Les traités européens imposent théoriquement aux pays membres d’intégrer la zone euro dès qu’ils remplissent les critères de convergence, mais le ministre Domanski balaie cet argument d’un revers de main, estimant que cette décision reste politique et dans les mains de Varsovie.

Une Pologne qui se réarme tous azimuts

Cette accumulation d’or s’inscrit dans une stratégie plus large de renforcement de la souveraineté nationale. Comme le rapporte Le Figaro, le président polonais Andrzej Duda a exhorté en mars 2025 les États-Unis à déployer des têtes nucléaires en Pologne. La Pologne a également renforcé son armée de manière spectaculaire et, selon Euronews, rendu obligatoire en mai 2025 la formation aux armes à feu pour les écoliers dès l’âge de 14 ans.

Cette posture défensive s’explique par la proximité du conflit ukrainien et les tensions avec la Russie. Dans ce contexte géopolitique tendu, l’or apparaît comme un actif stratégique de première importance, garantissant l’indépendance financière du pays en cas de crise majeure. La Pologne se positionne ainsi en puissance régionale autonome, capable de défendre ses intérêts sans dépendre entièrement des institutions européennes.

Un modèle qui interroge l’avenir de la zone euro

Moins d’un mois après l’entrée de la Bulgarie dans la zone euro, la position polonaise marque un coup d’arrêt symbolique dans le développement de la monnaie unique. Si la sixième économie européenne, en pleine croissance, refuse l’euro au motif que sa propre monnaie lui offre plus de flexibilité et de performance, quel message cela envoie-t-il aux autres pays candidats ? La Pologne démontre qu’il est possible de prospérer économiquement au sein de l’Union européenne sans adopter l’euro, remettant en question le caractère inéluctable de l’intégration monétaire.

La stratégie polonaise illustre également une évolution plus profonde des rapports de force en Europe. Le pays n’est plus le petit nouveau qui doit se conformer aux règles établies, mais un acteur économique de poids qui peut se permettre de dicter ses propres conditions. Avec ses 63 milliards d’euros d’or dans les coffres et une croissance qui fait pâlir d’envie ses voisins de la zone euro, Varsovie dispose désormais des moyens de son indépendance.

Reste à savoir si cette stratégie d’accumulation d’or et de refus de l’euro sera viable à long terme. Les prochaines années diront si la Pologne a fait le bon choix en pariant sur sa souveraineté monétaire, ou si les contraintes européennes finiront par l’obliger à rejoindre le club de l’euro. Une chose est certaine : avec 550 tonnes d’or et l’ambition d’atteindre 700 tonnes, la Pologne a les moyens de négocier son avenir européen en position de force.

Sources

  • BFM (27 janvier 2026)
  • L'Express (27 janvier 2026)
  • Le Figaro (28 mars 2025)
  • Euronews (1 mai 2025)
  • Financial Times (26 janvier 2026)
Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.

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