L’algorithme de X favoriserait Sarah Knafo avec 3 fois plus de visibilité
Une étude d'Arago révèle une amplification artificielle des contenus des candidats d'extrême droite soutenus par Elon Musk
Selon une analyse publiée par le think tank Arago, l'algorithme de X (anciennement Twitter) accorderait une exposition organique 3 fois supérieure aux publications de Sarah Knafo, candidate soutenue par Elon Musk, par rapport aux autres utilisateurs de la plateforme. Cette étude soulève des questions sur la neutralité du réseau social dans le débat politique européen, alors que plusieurs candidats d'extrême droite bénéficieraient d'une promotion algorithmique similaire.
- Sarah Knafo bénéficie d'une exposition organique 3 fois supérieure à la moyenne des utilisateurs de X selon l'étude d'Arago publiée le 19 février 2026
- L'algorithme de X favoriserait systématiquement les candidats d'extrême droite soutenus publiquement par Elon Musk en Europe
- Cette manipulation algorithmique soulève des questions juridiques au regard du Digital Services Act européen sur la transparence des plateformes
- Plusieurs formations politiques annoncent leur intention de saisir l'Arcom pour demander une enquête sur les pratiques de X en période préélectorale
- L'affaire pourrait accélérer les réflexions européennes sur l'instauration d'un mode neutre obligatoire des algorithmes pendant les campagnes électorales
L’exposition organique des contenus de Sarah Knafo sur X atteindrait un niveau 3 fois supérieur à la moyenne des utilisateurs de la plateforme, selon une étude menée par le think tank Arago et révélée ce 19 février 2026. Cette amplification artificielle concernerait spécifiquement les candidats d’extrême droite soutenus publiquement par Elon Musk en Europe, soulevant des interrogations majeures sur l’impartialité du réseau social dans le débat démocratique. L’analyse d’Arago s’inscrit dans un contexte de surveillance accrue des plateformes numériques et de leur influence sur les processus électoraux.
Une manipulation algorithmique documentée
Le rapport d’Arago met en lumière un mécanisme de promotion systématique des contenus politiques alignés avec les positions d’Elon Musk. Sarah Knafo, tête de liste Reconquête pour les élections européennes et proche d’Éric Zemmour, verrait ainsi ses publications bénéficier d’une portée amplifiée sans justification apparente liée à l’engagement naturel de sa communauté. Cette surexposition s’inscrit dans une stratégie plus large observée sur plusieurs marchés européens, où des candidats nationalistes et eurosceptiques recevraient un traitement préférentiel de l’algorithme.
Les chercheurs d’Arago ont analysé des milliers de publications sur une période de plusieurs semaines, comparant les taux d’impression, de distribution et d’engagement des contenus de différents profils politiques. Les résultats montrent une corrélation directe entre le soutien public d’Elon Musk à certains candidats et l’amplification de leur visibilité sur la plateforme. Cette manipulation algorithmique s’opère de manière suffisamment subtile pour échapper à la détection immédiate, mais devient statistiquement significative sur des volumes d’analyse importants.
Le positionnement politique d’Elon Musk en Europe
Depuis son acquisition de Twitter pour 44 milliards de dollars en octobre 2022, Elon Musk n’a cessé d’afficher ses préférences politiques de manière de plus en plus explicite. En Europe, le milliardaire a multiplié les interventions en faveur de formations d’extrême droite, critiquant ouvertement les politiques migratoires et environnementales de l’Union européenne. Son soutien à Sarah Knafo s’inscrit dans cette ligne idéologique, la candidate incarnant une vision souverainiste et anti-establishment qui résonne avec les positions du propriétaire de X.
« L’algorithme de X n’est pas neutre, il reflète les choix éditoriaux et politiques de son propriétaire », affirme l’étude d’Arago dans ses conclusions.
Cette instrumentalisation d’une plateforme majeure du débat public pose des questions juridiques complexes. Le Digital Services Act européen, entré en vigueur progressivement depuis 2023, impose aux très grandes plateformes en ligne des obligations de transparence sur leurs systèmes de recommandation. X pourrait se retrouver sous le coup d’enquêtes de la Commission européenne si ces pratiques de favoritisme algorithmique étaient avérées et considérées comme une manipulation de l’information en période électorale.
Les implications pour le débat démocratique
L’amplification artificielle de certaines voix politiques sur les réseaux sociaux représente une menace pour l’équité du débat démocratique. Avec 3 fois plus d’exposition que ses concurrents, Sarah Knafo bénéficie d’un avantage considérable dans la bataille pour l’attention des électeurs. Cette asymétrie se traduit par une capacité accrue à diffuser ses messages, à mobiliser ses sympathisants et à imposer ses thématiques dans l’agenda médiatique. Les autres candidats, disposant de moyens algorithmiques standards, se trouvent mécaniquement désavantagés dans la compétition pour la visibilité.
Les experts en communication politique s’inquiètent de la création d’un précédent dangereux. Si les propriétaires de plateformes numériques peuvent librement favoriser certains candidats via leurs algorithmes, le principe d’égalité des chances électorales se trouve gravement compromis. Les régulateurs européens, déjà mobilisés sur les questions de désinformation et d’ingérence étrangère, devront probablement étendre leur vigilance à ces formes plus subtiles de manipulation du débat public.
Les réactions politiques et institutionnelles
Les révélations d’Arago ont suscité des réactions contrastées dans le paysage politique français. Les adversaires de Sarah Knafo y voient la confirmation de leurs soupçons sur un traitement de faveur dont bénéficierait la candidate d’extrême droite. Plusieurs formations politiques ont d’ores et déjà annoncé leur intention de saisir l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) pour demander une enquête approfondie sur les pratiques algorithmiques de X en période préélectorale.
« Ces pratiques, si elles sont confirmées, constituent une atteinte grave à la sincérité du scrutin et doivent faire l’objet de sanctions », ont déclaré plusieurs responsables politiques dans des communiqués publiés ce matin.
Du côté de X, aucune réaction officielle n’a été publiée à l’heure actuelle. La plateforme, qui a considérablement réduit ses équipes de communication et de modération depuis le rachat par Elon Musk, reste généralement silencieuse face aux accusations de biais algorithmique. Cette absence de transparence alimente les suspicions et rend difficile toute vérification indépendante des mécanismes de distribution des contenus. Les instances européennes de régulation pourraient contraindre X à ouvrir ses algorithmes à l’audit externe, une perspective que la direction de l’entreprise a toujours fermement rejetée.
Vers une régulation renforcée des algorithmes politiques
L’affaire révélée par Arago pourrait accélérer les réflexions européennes sur l’encadrement des algorithmes de recommandation en période électorale. Plusieurs parlementaires européens plaident déjà pour l’instauration d’un mode neutre obligatoire sur les réseaux sociaux pendant les campagnes, garantissant une distribution équitable des contenus politiques sans amplification algorithmique. Cette proposition, techniquement complexe à mettre en œuvre, se heurte à l’opposition des plateformes qui y voient une atteinte à leur liberté d’exploitation.
L’enjeu dépasse largement le cas français et concerne l’ensemble des démocraties européennes confrontées à l’influence croissante des réseaux sociaux dans la formation de l’opinion publique. Avec des élections nationales prévues dans plusieurs pays membres au cours des prochains mois, la question de la neutralité algorithmique devient un sujet de préoccupation majeur pour les institutions européennes. La Commission pourrait proposer un renforcement du Digital Services Act incluant des dispositions spécifiques sur la transparence et l’équité des algorithmes en période électorale.
Face à ces révélations, la question demeure : comment garantir l’équité du débat démocratique à l’ère des plateformes numériques contrôlées par des intérêts privés aux orientations politiques affirmées ? La réponse déterminera en grande partie la capacité des démocraties européennes à préserver l’intégrité de leurs processus électoraux dans un environnement médiatique dominé par les algorithmes.
Sources
- Étude Arago (février 2026)
- Digital Services Act - Commission européenne
- Communiqués formations politiques (19 février 2026)