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Le Conseil des prélèvements obligatoires veut réduire le plafond du Livret A à 19.125 euros

Un rapport préconise de baisser le plafond de 22.950 à 19.125 euros et de taxer l'épargne au-delà, pour récupérer 150 millions d'euros

Le Conseil des prélèvements obligatoires veut réduire le plafond du Livret A à 19.125 euros
Des épargnants français consultant leur conseiller bancaire au sujet du Livret A Alexandre Mercier / INFO.FR

Avec 58 millions de détenteurs et 440 milliards d'euros d'encours, le Livret A cristallise les attentions. Dans un rapport sur la fiscalité du patrimoine publié ce lundi 2 décembre 2025, le Conseil des prélèvements obligatoires recommande de réduire son plafond de 22.950 à 19.125 euros et de soumettre les dépôts excédentaires à l'imposition. Une mesure qui permettrait de récupérer 150 millions d'euros de recettes fiscales, alors que l'exonération actuelle représente un manque à gagner de 5,6 milliards d'euros pour l'État.

L'essentiel

  • Le Conseil des prélèvements obligatoires recommande de baisser le plafond du Livret A de 22.950 à 19.125 euros et de taxer l'épargne au-delà de ce seuil
  • Cette mesure permettrait de récupérer 150 millions d'euros de recettes fiscales, alors que l'exonération actuelle coûte 5,6 milliards d'euros à l'État en 2025
  • Le Livret A compte 58 millions de détenteurs (83% des Français) pour un encours total de 440 milliards d'euros, ce qui en fait le placement préféré des Français
  • Le taux du Livret A est passé de 2,4% à 1,7% en août 2025, mais reste supérieur à l'inflation actuelle de 1%, conservant son attractivité relative
  • 15% des Livrets A dépassent actuellement le plafond légal grâce aux intérêts capitalisés, et leurs détenteurs seraient les premiers concernés par une éventuelle taxation

Le placement préféré des Français pourrait bientôt perdre une partie de son attrait. Selon BFM, le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), organe rattaché à la Cour des comptes, a publié ce lundi 2 décembre 2025 un rapport préconisant de réduire le plafond du Livret A de 22.950 euros actuellement à 19.125 euros. Plus radical encore, l’institution recommande de soumettre à l’imposition de droit commun les dépôts dépassant ce nouveau seuil. Une proposition qui touche un produit d’épargne détenu par 83% des Français, soit 58 millions de personnes.

Une épargne défiscalisée qui coûte cher à l’État

Le constat du CPO est sans appel : l’exonération fiscale dont bénéficie le Livret A représente un manque à gagner considérable pour les finances publiques. D’après les chiffres du rapport, cette niche fiscale coûte 5,6 milliards d’euros à l’État en 2025. Un montant substantiel dans un contexte de recherche d’économies budgétaires.

La fiscalisation des montants dépassant un plafond abaissé à 19.125 euros générerait ainsi 150 millions d’euros de recettes supplémentaires, selon les estimations de la direction générale du Trésor. Si la taxation s’appliquait uniquement au-delà des plafonds actuels, le gain serait moindre mais toujours significatif : 80 millions d’euros. Actuellement, 15% des Livrets A dépassent le plafond légal grâce aux intérêts capitalisés qui peuvent faire gonfler l’encours au-delà du seuil autorisé pour les versements.

« L’exonération fiscale des livrets réglementés, qui permet de constituer une épargne de précaution de premier niveau, tout en la faisant fructifier, est justifiée au vu du profil des épargnants et des fréquents mouvements qui affectent ces livrets », reconnaît toutefois le CPO dans son rapport.

Un rééquilibrage entre livrets réglementés

La proposition du Conseil des prélèvements obligatoires ne vise pas uniquement le Livret A. Dans une logique de rééquilibrage, le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) verrait son plafond augmenter de 12.000 à 19.125 euros, mais serait également soumis à taxation au-delà de ce montant. L’objectif affiché par le CPO est d’instaurer davantage de « neutralité fiscale » pour ne pas pénaliser certains produits d’épargne par rapport à d’autres.

L’institution souligne un paradoxe : les ménages les plus aisés peuvent accumuler des montants considérables sur ces livrets défiscalisés. Un couple avec trois enfants peut ainsi déposer jusqu’à 143.550 euros en cumulant Livrets A, LDDS et livrets jeunes, ce qui représente selon le rapport « plus de deux ans de revenus par rapport à la moyenne pour cette catégorie de ménages ».

Un placement toujours attractif malgré la baisse des taux

Ces recommandations interviennent alors que le Livret A a vu son taux de rémunération baisser significativement. Comme le rappelle TF1 Info, depuis août 2025, le taux est passé de 2,4% à 1,7%, réduisant considérablement le rendement de cette épargne. Un épargnant détenant 5.000 euros ne touche désormais que 85 euros d’intérêts par an.

Malgré cette érosion de la rentabilité, le produit conserve des atouts majeurs qui expliquent sa popularité inébranlable. Défiscalisé, sans risque et totalement liquide, il reste selon Franceinfo « un placement très intéressant » car le taux de 1,7% demeure supérieur à l’inflation actuelle de 1%. Les économistes recommandent généralement de conserver sur son Livret A de quoi couvrir trois à quatre mois de dépenses courantes, soit entre 3.000 et 5.000 euros.

« Toutefois, la faible rémunération conduit à envisager d’autres solutions pour préserver et faire fructifier son capital à long terme », note le site spécialisé Le Coin des Épargnants.

Des effets de bord difficiles à quantifier

Le CPO lui-même reconnaît les limites de son estimation des recettes potentielles. Ces chiffres doivent être relativisés car la fin de l’exonération au-delà d’un certain seuil conduirait probablement les épargnants dépassant le plafond à retirer une partie de leur épargne pour éviter l’impôt. Un phénomène de fuite fiscale qui réduirait mécaniquement les gains escomptés.

Cette proposition s’inscrit dans un contexte plus large de réflexion sur l’épargne des Français. Selon une analyse de la Caisse des dépôts, le taux d’épargne des ménages se situait à 18% au deuxième trimestre 2024, contre 14,5% avant la crise du Covid. Cette « sur-épargne » témoigne d’une épargne de précaution renforcée, les Français craignant un avenir économique moins favorable. Dans ce contexte, toute modification substantielle des conditions du Livret A risque de susciter de vives réactions, tant ce produit est ancré dans les habitudes financières des Français depuis sa création en 1818.

Reste à savoir si le gouvernement reprendra à son compte ces recommandations du Conseil des prélèvements obligatoires. Aucune décision n’a été annoncée à ce stade, mais la question de la fiscalisation partielle de l’épargne réglementée pourrait s’inviter dans les débats budgétaires à venir. Avec près de 440 milliards d’euros d’encours sur le seul Livret A, l’enjeu financier dépasse largement les 150 millions d’euros de recettes potentielles : c’est toute la philosophie de l’épargne populaire défiscalisée qui se trouve interrogée.

Sources

  • BFM (2 décembre 2025)
  • TF1 Info (14 novembre 2025)
  • Franceinfo (16 juillet 2025)
  • Conseil des prélèvements obligatoires (2 décembre 2025)
Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste freelance. Formation supérieure en économie et communication. Expérience en rédaction web et analyse des marchés financiers. Collaborations régulières avec plusieurs publications spécialisées. Membre de l'équipe fondatrice d'INFO.FR.

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