Le noyau terrestre a ralenti depuis 2010 : 5150 km sous nos pieds, un géant change de rythme

Des analyses sismiques sur 120 tremblements de terre révèlent un ralentissement du noyau interne depuis 2010, confirmant un cycle de 70 ans

Le noyau terrestre a ralenti depuis 2010 : 5150 km sous nos pieds, un géant change de rythme
Coupe transversale de la structure interne de la Terre montrant le noyau Marie Delacroix / INFO.FR

À 5150 kilomètres sous la surface terrestre, là où les températures oscillent entre 3800 et 5500°C, le noyau interne de la Terre a amorcé un ralentissement spectaculaire depuis 2010. Cette graine solide de fer et de nickel, qui tournait plus vite que la surface de notre planète, se déplace désormais plus lentement, selon une étude de l'Université de Californie du Sud publiée dans Nature le 12 juin 2024. Un phénomène naturel qui pourrait modifier imperceptiblement la durée de nos journées et qui intrigue la communauté scientifique internationale.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Le noyau interne de la Terre, situé à 5150 km de profondeur, a ralenti sa rotation depuis 2010 selon une étude de l'USC publiée dans Nature le 12 juin 2024
  • L'analyse de plus de 120 tremblements de terre entre 1991 et 2023, ainsi que d'essais nucléaires historiques, confirme ce ralentissement par l'étude des ondes sismiques PKIKP
  • Les chercheurs chinois suggèrent un cycle oscillatoire de 70 ans environ, avec un précédent changement au début des années 1970 et un prochain attendu vers 2040
  • Ce phénomène naturel n'a aucun impact perceptible sur notre vie quotidienne, provoquant tout au plus des variations de quelques fractions de seconde dans la durée d'un jour
  • Une étude de février 2025 révèle que le noyau change également de forme, remettant en question l'idée d'un noyau terrestre solide et figé

Le 12 juin 2024, une équipe de chercheurs de l’Université de Californie du Sud a confirmé ce que certains scientifiques soupçonnaient depuis plusieurs années : le noyau interne de la Terre, cette sphère solide située à plus de 5150 kilomètres de profondeur, a ralenti sa rotation depuis 2010. Pour comprendre ce qui se passe au cœur de notre planète, les géophysiciens ont analysé plus de 120 tremblements de terre survenus entre 1991 et 2023, principalement dans la région des îles Sandwich du Sud, un territoire britannique isolé dans l’océan Atlantique Sud.

Selon Futura Sciences, il est aujourd’hui plus simple d’envoyer un satellite vers Jupiter que d’explorer les profondeurs du noyau terrestre. C’est pourquoi les scientifiques s’appuient sur l’analyse des ondes sismiques, ces vibrations qui traversent notre planète de part en part lors des tremblements de terre. Les ondes PKIKP, qui pénètrent jusqu’au cœur du noyau interne, fournissent des signatures caractéristiques dont les variations révèlent les mouvements de cette graine mystérieuse.

Un géant de fer et de nickel en pleine transformation

Le noyau interne terrestre est une sphère solide d’environ 1200 kilomètres de rayon, composée principalement de fer et de nickel. Il flotte littéralement dans le noyau externe liquide, une enveloppe en fusion dont les mouvements de convection génèrent le champ magnétique terrestre, cette magnétosphère qui nous protège des radiations solaires et des rayonnements cosmiques dangereux. Découvert en 1936 par la sismologue danoise Inge Lehmann, ce noyau interne a longtemps été considéré comme tournant plus rapidement que la surface terrestre, un phénomène baptisé « super-rotation ».

Mais les données récentes bouleversent cette vision. D’après l’analyse publiée dans Nature, le noyau interne a commencé à diminuer sa vitesse vers 2010, se déplaçant désormais plus lentement que la surface de la Terre. Cette découverte repose sur l’examen minutieux de sismogrammes provenant non seulement de tremblements de terre naturels, mais aussi d’essais nucléaires soviétiques réalisés entre 1971 et 1974, ainsi que d’essais français et américains de la même époque.

« Quand j’ai vu pour la première fois les sismogrammes qui faisaient allusion à ce changement, j’ai été perplexe », a déclaré John Vidale, sismologue à l’Université de Californie du Sud, dans un communiqué.

Un cycle de 70 ans qui se répète depuis des milliards d’années

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Les chercheurs chinois Yi Yang et Xiaodong Song de l’Université de Pékin avaient déjà suggéré en janvier 2023, dans une étude publiée dans Nature Geoscience, que la rotation du noyau interne s’était « quasiment arrêtée vers 2009 avant de repartir dans le sens opposé ». Leur hypothèse : le noyau central oscille par rapport à la surface terrestre, « comme une balançoire », avec un cycle complet d’environ 70 ans.

Cette théorie d’une oscillation cyclique trouve un écho dans les observations historiques. Le dernier changement de rotation avant celui de 2009 serait intervenu au début des années 1970, et le prochain devrait se produire au milieu des années 2040, complétant ainsi un cycle complet. Selon TF1 Info, cette « planète dans la planète » essentiellement constituée de fer est libre de ses mouvements car elle flotte dans l’enveloppe liquide du noyau externe.

« Nous pensons que le noyau central est, par rapport à la surface de la Terre, en rotation dans un sens puis dans un autre, comme une balançoire. Un cycle complet (dans un sens puis dans l’autre) de cette balançoire est d’environ soixante-dix ans », ont expliqué les chercheurs chinois.

Des conséquences imperceptibles mais mesurables

Faut-il s’inquiéter de ce ralentissement ? Absolument pas, assurent les scientifiques. Ce phénomène naturel se produit très probablement depuis la formation du noyau interne, il y a plusieurs milliards d’années. Les effets sur notre vie quotidienne sont quasi inexistants. Tout au plus, les géophysiciens pourront déceler un changement de quelques fractions de seconde dans la durée d’un jour terrestre.

Une étude relayée par PasseportSanté en août 2025 a d’ailleurs montré que la Terre connaît actuellement une phase d’accélération de sa rotation globale, avec des journées raccourcies de 1,25 milliseconde le 5 août 2025. Ce paradoxe apparent s’explique par la complexité des interactions entre le noyau interne, le noyau externe, le manteau terrestre et même les facteurs externes comme la position de la Lune, les vents atmosphériques ou la fonte des glaciers.

Comme le souligne le géophysicien Duncan Agnew cité par PasseportSanté : « nous ne savons pas pourquoi [le noyau] ralentit, ni ce qu’il fera à l’avenir ». Cette incertitude illustre la difficulté d’étudier un objet situé à une profondeur où la pression atteint plusieurs millions d’atmosphères et où la température dépasse celle de la surface du Soleil.

Une Terre en perpétuelle transformation

Plus récemment, en février 2025, une étude parue dans Nature Geoscience a révélé que le noyau de la Terre ne se contente pas de ralentir ou d’accélérer : il change également de forme. Cette découverte, relayée par Courrier International, permet de clore un long débat sur ce qui se passe au cœur de notre planète, longtemps cru solide et figé. Mais elle soulève aussi de nouvelles interrogations sur les effets de ces modifications sur la durée de nos journées de 24 heures et sur le champ magnétique terrestre.

Les chercheurs de l’USC espèrent que leurs travaux motiveront d’autres scientifiques à concevoir des modèles traitant la Terre comme un système dynamique intégré, où toutes les couches interagissent constamment. Car si le ralentissement du noyau interne n’a pas d’impact direct sur notre quotidien, il témoigne de la complexité extraordinaire de notre planète, un organisme géologique vivant dont nous commençons seulement à percer les mystères les plus profonds.

À l’heure où les scientifiques scrutent Mars et les lunes de Jupiter à la recherche de signes de vie, la Terre elle-même continue de nous rappeler qu’elle recèle encore d’innombrables secrets, enfouis à des milliers de kilomètres sous nos pieds. Le prochain changement de rotation, attendu vers 2040, offrira une nouvelle occasion de tester nos modèles et de mieux comprendre les mécanismes qui régissent le cœur battant de notre monde.

Sources

  • Sciences et Avenir (19 juin 2024)
  • Futura Sciences (13 juin 2024)
  • Courrier International (11 février 2025)
  • PasseportSanté (5 août 2025)
  • Science et Vie (24 janvier 2023)
  • TF1 Info (23 janvier 2023)
Claire Delattre

Claire Delattre

Journaliste spécialisée dans l'analyse politique et les affaires publiques. Formation en sciences politiques et journalisme. Plusieurs années d'expérience en presse écrite et digitale, notamment sur la couverture des institutions françaises et européennes. Rejoint INFO.FR en novembre 2025 pour développer la rubrique politique.

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