Le pétrole bondit de 13% à l’ouverture après les frappes américano-israéliennes

Le Brent atteint 82 dollars le baril lundi matin, porté par les craintes de blocage du détroit d'Ormuz

Le pétrole bondit de 13% à l’ouverture après les frappes américano-israéliennes
Pétrolier traversant le détroit d'Ormuz en plein jour Alexandre Mercier / INFO.FR (img2img)

Lundi 2 mars 2026 à l'ouverture des marchés, le baril de Brent a explosé de 13% pour atteindre brièvement 82 dollars, avant de retomber à 76,62 dollars (+5,15%). Cette flambée sans précédent depuis plusieurs années fait suite aux frappes américaines et israéliennes lancées samedi contre l'Iran, déclenchant une onde de choc sur les marchés mondiaux de l'énergie. Le détroit d'Ormuz, par lequel transite 20% du pétrole mondial, est désormais de facto suspendu, provoquant une réaction en chaîne sur l'ensemble du commerce maritime international.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Le baril de Brent a bondi de 13% à l'ouverture lundi 2 mars 2026 pour atteindre 82 dollars avant de retomber à 76,62 dollars (+5,15%)
  • Le détroit d'Ormuz, par lequel transite 20% du pétrole mondial (20 millions de barils/jour), est de facto suspendu après les frappes américano-israéliennes de samedi
  • Les assureurs maritimes ont annulé leurs polices et augmenté leurs primes jusqu'à 50%, passant de 250.000 à 375.000 dollars pour un navire de 100 millions de dollars
  • CMA CGM et Hapag-Lloyd ont ordonné à tous leurs navires de se mettre à l'abri, forçant un détour par le cap de Bonne Espérance qui rallonge les trajets de plusieurs milliers de kilomètres
  • L'Iran produit 3,1 millions de barils par jour et détient les troisièmes réserves mondiales de brut, avec un coût d'extraction pouvant descendre à 10 dollars le baril

À 01h45 GMT ce lundi, les traders pétroliers ont assisté à une scène rarement observée sur les marchés de l’or noir. Selon African Manager, le baril de Brent de la mer du Nord s’est envolé de 13% à l’ouverture pour atteindre 82 dollars, avant de modérer ses gains à 76,62 dollars, soit une hausse de 5,15%. Le baril de WTI nord-américain suivait la même trajectoire avec une progression de 4,82% à 70,24 dollars. Cette explosion des cours intervient après un week-end de tensions extrêmes au Moyen-Orient, où les frappes conjointes américano-israéliennes contre l’Iran ont déclenché une crise géopolitique majeure aux répercussions économiques mondiales.

Le détroit d’Ormuz, artère vitale du pétrole mondial, paralysé

Au cœur de cette flambée des prix se trouve un passage maritime de 50 kilomètres de large qui concentre à lui seul les angoisses des marchés énergétiques mondiaux. D’après Le Figaro, le détroit d’Ormuz, contrôlé par l’Iran, voit transiter pas moins de 20% du pétrole mondial, soit environ 20 millions de barils par jour selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie. Samedi, les Gardiens de la révolution iraniens ont prévenu par message radio que le passage n’était « pas autorisé », plongeant les armateurs dans l’incertitude la plus totale.

Les conséquences n’ont pas tardé à se manifester. L’armateur français CMA CGM, troisième mondial du secteur, a pris une décision sans précédent dimanche. Dans un communiqué relayé par Le Figaro, la compagnie a annoncé que tous ses navires ont reçu l’instruction de se mettre à l’abri avec effet immédiat. L’allemand Hapag-Lloyd a emboîté le pas, forçant les navires à contourner l’Afrique par le cap de Bonne Espérance, rallongeant les trajets de plusieurs milliers de kilomètres et augmentant mécaniquement les coûts de transport.

« Tous les navires actuellement dans le golfe Persique, ou en route vers le golfe Persique, ont reçu instruction, avec effet immédiat, de se mettre à l’abri », a déclaré l’armateur français CMA CGM dans son communiqué officiel.

Les assureurs maritimes augmentent leurs primes de 50%

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La crise a également frappé de plein fouet le secteur des assurances maritimes. Selon des courtiers interrogés par le Financial Times, plusieurs assureurs ont annulé samedi leurs polices d’assurance pour les navires transitant par le Golfe et le détroit d’Ormuz, afin de réévaluer les risques et d’augmenter leurs tarifs jusqu’à 50%. Dylan Mortimer, responsable des risques de guerre maritime pour le Royaume-Uni chez Marsh, explique que les primes d’assurance représentent environ 0,25% du coût d’un navire. Pour un navire valant 100 millions de dollars, la prime pourrait ainsi passer de 250.000 à 375.000 dollars par voyage.

Cette explosion des coûts d’assurance rend de facto prohibitif le passage par le détroit d’Ormuz, même si celui-ci venait à rouvrir officiellement. L’Organisation maritime internationale a d’ailleurs appelé dimanche les compagnies maritimes à « éviter » la région après l’attaque de deux navires au large des Émirats arabes unis et d’Oman, renforçant encore la paralysie du transport maritime dans la zone.

Le canal de Suez également touché par l’onde de choc

La crise ne se limite pas au détroit d’Ormuz. Le canal de Suez, qui concentre environ 10% du commerce maritime international selon Le Figaro, subit également de plein fouet les répercussions du conflit. Cette artère reliant la Méditerranée à la mer Rouge constitue un axe privilégié pour les échanges maritimes entre l’Europe et l’Asie. Les armateurs, craignant une extension du conflit à l’ensemble de la région, ont massivement suspendu leur passage par ce canal, préférant le détour par l’Afrique malgré les coûts supplémentaires considérables.

L’Iran, producteur stratégique au cœur de la tempête

L’Iran n’est pas un acteur pétrolier négligeable. Selon Sud Ouest, le pays figure parmi les dix plus grands producteurs mondiaux avec environ 3,1 millions de barils par jour, d’après l’Organisation des pays exportateurs de pétrole. Le pays disposerait des troisièmes réserves mondiales de brut, avec un coût d’extraction particulièrement compétitif pouvant descendre jusqu’à 10 dollars le baril, un prix que seuls les pays du Golfe parviennent à concurrencer.

Avant la politique de « pression maximale » voulue par Donald Trump, l’Iran était le troisième plus grand producteur mondial après les États-Unis et l’Arabie saoudite, devant la Russie, rappelle Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management. Aujourd’hui, le pays exporte entre 1,3 et 1,5 million de barils par jour, dont plus de 80% aboutissent en Chine selon Ole Hansen, analyste chez Saxo Bank cité par Sud Ouest.

La prime de risque géopolitique s’installe durablement

Les marchés intègrent désormais une « prime de risque » géopolitique substantielle dans le prix du baril. Le Brent, qui s’affichait à 61 dollars début janvier 2026, avait déjà progressivement intégré cette prime pour atteindre 72 dollars vendredi dernier, avant l’explosion de ce lundi matin. Les analystes interrogés par Le Figaro rappellent qu’en juin 2025, lors des bombardements sur les centrales iraniennes, le prix du pétrole avait augmenté de 15% pendant quelques jours.

« Le principal risque économique est une augmentation des prix du pétrole de façon graduelle si la guerre dure, qui impacterait la croissance mondiale », prévient un expert interrogé par Le Figaro.

Cette flambée des cours intervient dans un contexte où l’économie mondiale peine à retrouver son dynamisme d’avant-crise. Une hausse durable du prix du pétrole pourrait raviver les pressions inflationnistes et contraindre les banques centrales à maintenir des politiques monétaires restrictives, freinant davantage la croissance. Les secteurs du transport aérien et maritime, déjà fragilisés par la crise, font face à une nouvelle menace existentielle avec l’explosion simultanée des coûts du carburant et des assurances.

Les prochains jours seront déterminants pour l’évolution de cette crise énergétique majeure. La capacité des acteurs internationaux à désamorcer les tensions au Moyen-Orient conditionnera directement la trajectoire des prix pétroliers et, par ricochet, celle de l’économie mondiale. Une question demeure : combien de temps les marchés peuvent-ils absorber une telle volatilité avant que les répercussions sur la croissance mondiale ne deviennent irréversibles?

Sources

  • African Manager (2 mars 2026)
  • Le Figaro (1er mars 2026)
  • Sud Ouest (28 février 2026)
  • Financial Times (1er mars 2026)
Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.

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