Le RN prépare une loi pour rouvrir les maisons closes fermées depuis 1946

Jean-Philippe Tanguy propose un modèle coopératif géré par les travailleuses du sexe elles-mêmes, avec le soutien de Marine Le Pen

Le RN prépare une loi pour rouvrir les maisons closes fermées depuis 1946
Hémicycle de l'Assemblée nationale française lors d'une session parlementaire Claire Delattre / INFO.FR

Soixante-dix-neuf ans après leur fermeture par la loi Marthe Richard, les maisons closes pourraient faire leur retour en France. Le député RN de la Somme Jean-Philippe Tanguy prépare une proposition de loi visant à autoriser leur réouverture, sous un modèle inédit de gestion coopérative par les prostituées elles-mêmes. Une initiative qui bénéficie du soutien explicite de Marine Le Pen et qui relance le débat sur l'encadrement de la prostitution en France.

L'essentiel

  • Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme, prépare une proposition de loi pour rouvrir les maisons closes fermées depuis la loi Marthe Richard de 1946
  • Le projet propose un modèle coopératif inédit où les prostituées géreraient elles-mêmes les établissements, rompant avec le système historique de proxénétisme
  • Marine Le Pen apporte son soutien explicite à cette initiative, marquant un positionnement pragmatique du RN sur les questions de société
  • En Allemagne, 200.000 travailleuses du sexe exercent légalement depuis 2002, générant 15 milliards d'euros par an, tandis que 80% des prostituées néerlandaises préfèrent le système légal
  • Cette proposition s'oppose à la doctrine abolitionniste française renforcée en 2016 par la loi pénalisant les clients et offrant un parcours de sortie avec titre de séjour

La révélation a surpris jusqu’aux membres de la commission des finances de l’Assemblée nationale. Lors d’une récente réunion, le député RN de la Somme Jean-Philippe Tanguy a dévoilé un projet inattendu : la réouverture des maisons closes en France, fermées depuis 1946. Mais pas n’importe comment. Selon Le Monde, le parlementaire propose un modèle coopératif où les travailleuses du sexe géreraient elles-mêmes ces établissements, une approche qui tranche avec l’histoire des bordels d’avant-guerre.

Une proposition de loi en préparation avec le soutien de Marine Le Pen

Jean-Philippe Tanguy ne cache pas ses ambitions législatives. Dans les colonnes du Monde, il confirme ses intentions avec une précision qui laisse peu de place au doute.

« Je prépare une proposition de loi en ce sens. Une première version est prête, mais doit être améliorée. J’ai le soutien de Marine [Le Pen] pour cette initiative », précise le député au quotidien du soir.

Cette déclaration marque un tournant dans le positionnement du Rassemblement national sur les questions de société. Le parti d’extrême droite, traditionnellement conservateur sur les mœurs, adopte ici une posture pragmatique qui pourrait bousculer les lignes politiques traditionnelles. L’appui de Marine Le Pen, figure tutélaire du mouvement, confère à ce projet une légitimité interne qui dépasse la simple initiative individuelle d’un député.

Un modèle coopératif pour rompre avec le proxénétisme

L’originalité de la proposition réside dans son architecture juridique. Contrairement aux maisons closes historiques, souvent contrôlées par des tenanciers et associées à l’exploitation, le projet du RN mise sur l’autonomie des travailleuses du sexe. Comme le rapporte Le Monde, Jean-Philippe Tanguy a glissé aux membres de la commission des finances qu’il souhaitait voir ces établissements « tenus par les prostituées elles-mêmes, en mode coopératif ».

Cette approche s’inscrit dans un débat européen plus large sur l’encadrement de la prostitution. En Allemagne, depuis 2002, plus de 200.000 travailleuses du sexe exercent légalement, générant près de 15 milliards d’euros par an, selon RMC. Aux Pays-Bas, 80% des prostituées affirment préférer un système reconnu à la clandestinité, d’après les mêmes sources.

Une rupture avec la doctrine abolitionniste française

Depuis 1946 et la loi portée par Marthe Richard, conseillère municipale de Paris, la France a fait le choix de l’abolitionnisme. Cette doctrine vise l’éradication progressive de la prostitution plutôt que son encadrement. En 2016, sous la présidence de François Hollande, une loi a franchi une étape supplémentaire en pénalisant les clients tout en abrogeant le délit de racolage public. Le texte prévoit également un parcours de sortie de la prostitution avec accompagnement social et accès facilité à un titre de séjour pour les personnes prostituées étrangères.

C’est précisément cette dernière disposition qui heurte le Rassemblement national, selon Le Monde. Le parti d’extrême droite, fidèle à sa ligne anti-immigration, conteste l’ouverture de titres de séjour aux travailleuses du sexe étrangères désireuses de sortir de la prostitution. La proposition de Jean-Philippe Tanguy apparaît ainsi comme une alternative qui permettrait d’encadrer l’activité tout en contrôlant les flux migratoires.

Un débat qui dépasse les clivages partisans traditionnels

Si l’initiative vient de l’extrême droite, la question de la légalisation des maisons closes traverse l’échiquier politique de manière inattendue. En septembre dernier, Louis Sarkozy, fils de l’ancien président, avait publié dans Le Figaro une tribune défendant la réouverture des bordels. Une élue Horizons du 16e arrondissement de Paris avait également porté cette revendication, proposant un cadre légal et fiscal pour les prostituées.

Le projet du RN est susceptible de relancer un débat de fond sur la place de la prostitution dans la société française. Entre les partisans de l’abolition, qui considèrent la prostitution comme une violence intrinsèque faite aux femmes, et les défenseurs de la réglementation, qui jugent l’objectif abolitionniste irréaliste et préfèrent protéger les travailleuses du sexe par un cadre légal, les positions restent inconciliables. La proposition de Jean-Philippe Tanguy, avec son modèle coopératif inédit, pourrait-elle offrir une troisième voie dans ce débat vieux de plusieurs décennies, ou ne fera-t-elle qu’exacerber des tensions idéologiques déjà vives?

Sources

  • Le Monde (8 décembre 2025)
  • RMC (17 septembre 2025)
  • Le Figaro (17 septembre 2025)
Claire Delattre

Claire Delattre

Journaliste spécialisée dans l'analyse politique et les affaires publiques. Formation en sciences politiques et journalisme. Plusieurs années d'expérience en presse écrite et digitale, notamment sur la couverture des institutions françaises et européennes. Rejoint INFO.FR en novembre 2025 pour développer la rubrique politique.