Légitime défense des forces de l’ordre : l’Assemblée clôt les débats
L'Assemblée nationale achève ce 7 juillet l'examen d'un texte controversé sur l'usage de l'arme par les policiers et gendarmes
L'Assemblée nationale termine ce mardi 7 juillet 2026 l'examen d'une proposition de loi controversée sur l'usage de la force par les forces de l'ordre. Le texte, porté par le député Éric Pauget, oppose la majorité et le RN à LFI, aux associations de défense des droits humains et à la Défenseure des droits.
L’essentiel
- Le vote : l’Assemblée nationale clôture le mardi 7 juillet 2026 l’examen en première lecture de la proposition de loi n°691.
- L’auteur du texte : la proposition, déposée le 3 décembre 2024, est portée par le député Éric Pauget (LR).
- Le glissement de janvier : un amendement du gouvernement adopté le 22 janvier 2026 a remplacé la « présomption de légitime défense » par une « présomption d’usage légitime de l’arme ».
- La mobilisation citoyenne : une pétition contre le texte a dépassé 200 000 signatures sur le site de l’Assemblée nationale le 6 juillet 2026.
- L’avis de la Défenseure des droits : Claire Hédon a rendu le 26 juin 2026 un avis défavorable sur le projet.
Le débat s’est étiré sur plusieurs mois. Ce mardi 7 juillet 2026, les députés arrivent au terme de l’examen en première lecture d’une proposition de loi qui vise, selon ses défenseurs, à mieux protéger juridiquement policiers et gendarmes lorsqu’ils font usage de leur arme. Selon LCP, cette clôture des débats intervient après un parcours parlementaire chaotique, marqué par un report en janvier faute de temps lors d’une niche de la Droite républicaine, avant une réinscription à l’ordre du jour à l’initiative du gouvernement.
Un texte porté par Éric Pauget depuis décembre 2024
La proposition de loi n°691 a été déposée le 3 décembre 2024 par le député Éric Pauget, élu Les Républicains, selon les données de l’Assemblée nationale. Son objectif initial : instaurer une présomption de légitime défense au bénéfice des forces de l’ordre lorsqu’elles font usage de leur arme dans l’exercice de leurs missions. Le texte s’inscrit dans une série de tentatives législatives portées par la droite et l’extrême droite depuis plusieurs années pour renforcer la protection juridique des policiers et gendarmes, sur fond de débats récurrents sur les refus d’obtempérer et les tirs mortels lors de contrôles routiers.
Le glissement sémantique de janvier
Le texte a toutefois évolué en cours de discussion. Selon LCP, un amendement du gouvernement, adopté le 22 janvier 2026, a substitué à la notion de « présomption de légitime défense » celle de « présomption d’usage légitime de l’arme ». Ce changement de vocabulaire n’est pas anodin : il déplace le débat juridique du terrain classique de la légitime défense, encadré par le code pénal, vers un régime spécifique applicable aux seules forces de l’ordre. C’est précisément ce glissement que contestent les opposants au texte, qui y voient un contournement des garde-fous existants plutôt qu’une simple clarification.
LFI dénonce un « permis de tuer »
L’opposition la plus frontale vient de La France insoumise. Dans un communiqué daté du 3 juillet 2026, le groupe a qualifié le dispositif de « permis de tuer », estimant qu’il ouvrirait la voie à une impunité de fait pour les agents ayant fait usage de leur arme. Les députés insoumis ont multiplié les prises de parole lors des débats pour dénoncer ce qu’ils présentent comme un renversement de la charge de la preuve au détriment des victimes.
Cette opposition politique s’accompagne d’une mobilisation associative. Amnesty International France et la Ligue des droits de l’homme alertent sur les risques d’une impunité accrue pour les agents de police, mettant en garde contre un affaiblissement des mécanismes de contrôle en cas d’usage disproportionné de la force. La contestation a également pris une forme citoyenne directe : une pétition déposée sur le site de l’Assemblée nationale a dépassé la barre des 200 000 signatures le 6 juillet 2026, à la veille de la clôture des débats.
L’avis sévère de la Défenseure des droits
Le signal le plus institutionnel est venu de la Défenseure des droits. Claire Hédon a rendu, le 26 juin 2026, un avis officiellement défavorable sur le texte, enregistré sous le numéro 26-05. Son institution y alerte sur les risques que le dispositif ferait peser sur les libertés publiques, en particulier sur le respect des principes de nécessité et de proportionnalité qui encadrent traditionnellement l’usage de la force par les agents publics. Un avis défavorable de la Défenseure des droits n’a pas de valeur contraignante sur le vote parlementaire, mais il pèse dans le débat public et pourra être invoqué lors d’un éventuel contrôle de constitutionnalité.
Le Rassemblement national en soutien actif
À l’inverse, le Rassemblement national soutient sans réserve la mesure. Selon LCP, Marine Le Pen réclame de longue date l’instauration d’une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, un thème central de son discours sécuritaire depuis plusieurs années. Ce soutien du RN, conjugué à celui d’une partie de la droite, a permis au texte de franchir les étapes successives de son examen malgré le report initial de janvier.
Contexte parlementaire
Ce texte s’inscrit dans une séquence législative plus large sur les questions de sécurité, régulièrement débattues à l’Assemblée depuis le début de la mandature. Le parcours heurté de la proposition Pauget, entre report faute de temps et réinscription par le gouvernement, illustre les arbitrages politiques qui entourent ce type de texte régalien, où la majorité doit composer avec des oppositions venues à la fois de sa gauche et, de façon plus inattendue, de certaines organisations de défense des droits habituellement peu associées aux débats de politique intérieure. L’avis de la Défenseure des droits, institution indépendante rattachée au Parlement, s’ajoute à ce jeu d’équilibres sans pour autant lier le vote des députés.
La clôture des débats de ce mardi ouvre la voie à un vote, dont l’issue déterminera si le texte franchit l’Assemblée en première lecture avant un éventuel passage au Sénat.