Lenny Martinez abandonne la chasse au maillot à pois
Le grimpeur français change d'objectif en cours de Tour
Le grimpeur de Bahrain Victorious renonce au classement de la montagne pour se concentrer sur le top 10 au général
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Stratégie Bahrain
L'équipe bascule Martinez sur le général après le retard de son leader Antonio Tiberi
Héritage familial
Martinez renonce au maillot que son grand-père Mariano avait remporté en 1978
Course verrouillée
UAE Team Emirates-XRG ne laisse aucune échappée prospérer, rendant la chasse aux points impossible
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Lenny Martinez, 9e au général mi-juillet, abandonne la chasse au maillot à pois
- Martinez devient le leader de Bahrain Victorious pour le classement général
- Son grand-père Mariano avait remporté ce maillot en 1978
- UAE Team Emirates-XRG verrouille les échappées et étouffe toute concurrence
Le col du Tourmalet, 9 juillet. Lenny Martinez franchit la ligne, regarde l’écran géant. Pogacar a pris 28 points - Vingegaard 19, lui 16. Il descend du vélo. Pas de déclaration fracassante, juste une phrase: « J’ai fait de mon mieux mais Pogacar est juste trop fort ». Huit jours plus tard, le diagnostic est posé. Le maillot à pois? Oublié.
Le 17 juillet - après douze étapes, Martinez tranche: « Penso sempre di meno alla maglia a pois e sempre di più alla classifica generale. Specialmente quando vedo quanto è dominante Tadej ». Le classement a bougé. Mi-Tour, il pointait à la 8e place - à 4’21 » de Pogacar - à 54 secondes du podium. Quelques jours plus tard, une contre-performance dans les Alpes le fait glisser à la 9e position. Mais ce recul ne change rien à son calcul. Il est désormais le mieux placé de Bahrain Victorious au général. Il bascule.
Bahrain redessine sa course
L’équipe avait un plan. Antonio Tiberi - désigné leader pour le classement général, devait viser le top 5. Martinez avait carte blanche pour animer la montagne et chasser le maillot à pois. Mais Tiberi [1] prend du retard dès la première semaine. Les montagnes l’enfoncent. L’état-major de Bahrain Victorious doit arbitrer. Le 17 juillet, la décision tombe: Martinez devient le nouveau leader pour le général. L’équipe lui donne carte blanche pour défendre sa position. Fini les attaques suicides pour gratter des points au KOM. Place à la gestion, au tempo, au calcul d’écarts. Le maillot à pois passe au second plan. Le top 10 devient l’objectif.
La filiation brisée
Le maillot à pois, Martinez en rêvait depuis l’enfance. Son grand-père Mariano l’avait remporté en 1978. La légende familiale. Lenny l’avait porté quelques jours en 2025 - terminé 3e du classement. L’avant-goût. Avant le départ 2026, il disait que ça lui « tenait vraiment à cœur ». À 22 ans - pour son troisième Tour - il voulait aller le chercher. Refermer la boucle. Offrir ce maillot au vieil homme qui lui avait transmis la passion de la montagne. Mais Pogacar en a décidé autrement. Trois fois vainqueur du KOM - le Slovène vise un cinquième sacre final. Pour lui, le maillot à pois n’est qu’un bonus. Pour Martinez, c’était tout. Jusqu’à ce qu’il comprenne. Le 9 juillet déjà, après le Tourmalet, il avait prévenu: « Si Tadej est trop dominant pour le maillot de la montagne, nous essaierons de changer de tactique ». Deux semaines après, l’héritage familial s’efface. Le pragmatisme l’emporte.
L’étau UAE
Le problème ne vient pas que de Pogacar. C’est toute l’équipe UAE Team Emirates-XRG qui verrouille. Ils « ne laissent pas beaucoup d’occasions » aux échappées. Le scénario est rodé: dès qu’une attaque part avec un concurrent au KOM, UAE accélère. Le peloton revient. Pogacar sprint au sommet, prend les points, repart. Martinez avait déjà vu le film au Tour de Suisse, où Pogacar l’avait privé d’une victoire d’étape. Sur le Tour, même scénario. Les attaques de Martinez ne passent pas. Le grimpeur pur, formé chez Groupama-FDJ - transféré chez Bahrain Victorious en 2025 - se retrouve coincé. Il avait pourtant fait une belle saison: 2e en Catalogne - 3e en Romandie - une victoire d’étape sur Paris-Nice. Mais face au rouleau compresseur émirati, rien ne tient. Les échappées meurent avant les cols. Les points se concentrent entre trois coureurs. Le maillot à pois devient une affaire interne au podium du général. Martinez l’avait dit lui-même: « Surtout quand je vois à quel point Tadej est dominant ». Ce n’est pas de la résignation. C’est du réalisme.
Le pari du général
Martinez avait dit que le classement général « n’est pas prévu pour ce Tour ». Il change d’avis en cours de route. À la mi-juillet, il est 8e - à 4’21 » du maillot jaune - à 54 secondes du podium. Puis 9e quelques jours plus tard après une journée difficile dans les Alpes. Mais même 9e, il reste dans le coup. Il vise maintenant le top 10. Les longues étapes de montagne à venir lui conviennent mieux pour tenir le rythme que pour attaquer. Le calcul est simple: abandonner 16 points qui ne mèneront nulle part contre une place dans les dix premiers qu’il peut défendre.
Le soir du 17 juillet, Martinez regarde le classement. Pogacar a pris une avance décisive au KOM. L’écart est insurmontable. Il ferme l’écran. Le lendemain, nouvelle stratégie.
Ce que personne ne dit
La vraie question n’est pas que Martinez renonce. C’est qu’il soit OBLIGÉ de renoncer. Un grimpeur de 22 ans - petit-fils de vainqueur du KOM - qui arrive sur le Tour avec carte blanche pour animer la montagne, et qui doit tout remballer mi-course. Pas parce qu’il est mauvais. Parce qu’un seul homme écrase tout. Pogacar collectionne les maillots comme d’autres les étapes. Trois KOM déjà - un quatrième en route. Martinez l’avait vu venir: « Surtout quand je vois à quel point Tadej est dominant ». Le Tour devient prévisible. Les échappées sont mortes. Les outsiders calculent. Martinez abandonne le maillot à pois avant même de l’avoir vraiment chassé.
Il reste une semaine de course. Martinez roule pour le général. Le maillot à pois est sur les épaules de Pogacar. Mariano Martinez l’avait gagné en 1978. Lenny ne le gagnera pas en 2026.
Sources
Voir le détail de chaque fait sourcé (1)
fr.wikipedia.org ↗ ↩
