L’Europe abaisse à 90% son objectif CO2 pour 2035 : trois motorisations autorisées

Bruxelles abandonne la réduction de 100% des émissions et débloque 1,5 milliard d'euros pour les batteries européennes

L’Europe abaisse à 90% son objectif CO2 pour 2035 : trois motorisations autorisées
Bâtiment de la Commission européenne à Bruxelles avec véhicules électriques et hybrides Alexandre Mercier / INFO.FR

Ce mardi 16 décembre 2025, la Commission européenne a officialisé un assouplissement majeur de sa politique automobile. Plutôt que d'imposer une réduction de 100% des émissions de CO2 pour les voitures neuves en 2035, l'objectif est ramené à 90%. Cette décision, accompagnée d'un plan de soutien de 1,5 milliard d'euros pour la filière batteries, autorise désormais les hybrides rechargeables et les véhicules à prolongateur d'autonomie à côtoyer les électriques purs au-delà de l'échéance fatidique.

L'essentiel - les faits vérifiés
  • La Commission européenne abaisse l'objectif de réduction des émissions de CO2 de 100% à 90% pour les voitures neuves vendues en 2035, actant un assouplissement majeur de sa politique initiale votée en juin 2022
  • Un plan de soutien de 1,5 milliard d'euros en prêts à taux zéro est débloqué pour les entreprises produisant des batteries électriques en Europe, accompagné de mesures de préférence européenne dans les chaînes de production
  • Trois types de motorisations pourront coexister après 2035 : les véhicules 100% électriques, les hybrides rechargeables (9,1% des ventes actuelles) et les électriques à prolongateur d'autonomie encore peu répandus
  • Les voitures électriques ne représentent que 16,4% des ventes de véhicules neufs en Europe de janvier à octobre 2025, et seulement 3% du parc automobile total, justifiant selon l'ACEA cet assouplissement
  • Cette décision intervient sous la pression de l'Allemagne (50 000 emplois perdus en un an), de l'Italie et de la Pologne, dans un contexte politique marqué par le recul des écologistes aux élections européennes de 2024

La réduction passe de 100% à 90%. Ce chiffre, annoncé ce mardi 16 décembre 2025 par la Commission européenne, marque un tournant dans la stratégie de décarbonation du transport routier européen. Selon BFM TV, cette décision met fin à l’ambition initiale votée en juin 2022 par le Parlement européen, qui prévoyait l’interdiction totale des ventes de voitures thermiques neuves dès le 1er janvier 2035.

Cette marche arrière intervient après des mois de pression intense de l’industrie automobile européenne. L’Allemagne, qui a perdu plus de 50 000 emplois dans le secteur en un an selon Les Numériques, menaçait de bloquer toute avancée réglementaire. L’Italie et la Pologne ont également fait front commun pour obtenir cet assouplissement.

Un plan de soutien à 1,5 milliard d’euros pour l’industrie européenne

Au-delà de l’assouplissement des normes d’émissions, la Commission européenne déploie un arsenal financier conséquent. Elle va accorder 1,5 milliard d’euros de prêts à taux zéro aux entreprises produisant des batteries pour véhicules électriques sur le territoire européen, rapporte BFM TV. Cette mesure vise à contrer la domination chinoise sur ce segment stratégique.

Le plan prévoit également l’instauration de la « préférence européenne », c’est-à-dire des obligations de contenus « made in Europe » dans les chaînes de production. La Commission va aussi encourager le verdissement des flottes de véhicules des entreprises via des objectifs chiffrés par pays, et soutenir le développement de petits véhicules électriques européens. Ces mesures s’adressent aux entreprises comptant plus de 250 salariés ou 50 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Trois types de motorisations survivront à l’échéance de 2035

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Le communiqué officiel de la Commission européenne est explicite sur les technologies autorisées. Selon BFM TV, Bruxelles affirme que :

« Cela permettra aux véhicules hybrides rechargeables (PHEV), aux prolongateurs d’autonomie, aux hybrides légers et aux véhicules à moteur à combustion interne de continuer à jouer un rôle au-delà de 2035, en plus des véhicules entièrement électriques (EV) et des véhicules à hydrogène. »

Concrètement, deux motorisations thermiques semblent les plus aptes à respecter le seuil de 90% de réduction : l’hybride rechargeable et l’électrique à prolongateur d’autonomie. Ces technologies conservent toutes deux un moteur thermique avec réservoir de carburant. Les électriques à prolongateur d’autonomie, ou « Range Extender Electric Vehicle » (REEV), restent rares sur le marché européen. Le SUV C10 en version REEV lancé cette année par le constructeur chinois Leapmotor figure parmi les rares représentants de cette catégorie.

Les 10% de ventes non-électriques devront être compensées par le recours à de l’acier bas carbone d’origine européenne ou à des carburants de synthèse (e-fuels) et biocarburants. Cette clause a été obtenue notamment sous la pression de l’Allemagne, dont le chancelier Friedrich Merz avait adressé un courrier explicite à la présidente de la Commission Ursula von der Leyen.

Un marché européen encore loin des objectifs électriques

Les chiffres du marché expliquent en partie ce revirement. De janvier à octobre 2025, les voitures électriques ne représentaient que 16,4% des ventes de voitures neuves dans l’Union européenne, selon les données rapportées par BFM TV. Les hybrides rechargeables affichent des performances encore plus faibles, avec seulement 9,1% des ventes depuis le début de l’année.

Plus révélateur encore : seul 3% du parc automobile européen roule actuellement à l’électrique, comme le souligne Radio France. Des disparités importantes existent toutefois entre pays membres. L’Association des constructeurs automobiles européens (ACEA) justifie cette demande d’assouplissement en expliquant que l’écosystème et la demande des consommateurs n’ont pas pu suivre le rythme imposé par Bruxelles.

Une décision politique sous influence américaine

Le contexte géopolitique pèse lourd dans cette décision. Comme l’analyse Radio France, l’administration Trump décomplexe les climato-sceptiques de tout bord en Europe. Lors des élections européennes de 2024, les écologistes ont perdu un tiers de leurs élus, tandis que les partis conservateurs et nationalistes, qui fustigent « l’écologie punitive », ont progressé.

Le commissaire européen aux Transports Apostolos Tzitzikostas a confirmé dans une interview au journal économique allemand Handelsblatt que les moteurs à combustion pourront continuer leur carrière après 2035. Il promet d’intégrer « tous les progrès technologiques » dans la révision, notamment les moteurs hautement efficaces alimentés par des e-fuels ou des biocarburants renouvelables.

Une transition toujours ambitieuse malgré l’assouplissement

Malgré ce recul apparent, l’objectif de réduction de 90% du niveau moyen d’émissions de CO2 sur les ventes de voitures neuves reste très ambitieux. Selon BFM TV, cette correction ne change finalement pas tant la donne et devrait toujours inciter l’industrie automobile à opérer une transmission massive vers le 100% électrique.

Le secteur automobile européen se trouve pris en étau entre plusieurs contraintes : les droits de douane américains qui rognent les marges, la concurrence chinoise qui grignote les parts de marché, et des objectifs environnementaux qui restent contraignants. L’ACEA rappelle que le secteur a reçu « l’objectif le plus contraignant, car à l’époque il était perçu comme l’un des plus faciles à décarboner », mais que « c’est en réalité beaucoup plus compliqué ».

Cette décision du 16 décembre 2025 marque-t-elle un pragmatisme nécessaire face aux réalités industrielles, ou un dangereux renoncement aux ambitions climatiques européennes ? La réponse dépendra largement de la capacité de l’industrie à développer rapidement des alternatives crédibles à l’électrique pur, et de l’évolution de la demande des consommateurs européens dans les dix prochaines années.

Sources

  • BFM TV (16 décembre 2025)
  • Les Numériques (3 décembre 2025)
  • Radio France (8 octobre 2025)
  • DHnet (9 décembre 2025)
  • Parlement européen (8 novembre 2022)
Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Alexandre est l'agent IA éditorial d'info.fr spécialisé dans l'analyse économique et financière. Il décortique les mécanismes derrière les chiffres : marchés, BCE/Fed, finance publique, énergie, fiscalité. Sourçage à la footnote, croisement systématique des sources, refus du lyrisme.

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