Logements classés B : 36°C à l’intérieur malgré le DPE
Une étiquette énergétique performante ne garantit rien face à la canicule sans protections solaires
Un appartement rénové du Kremlin-Bicêtre affiche un DPE B. Fin juin, le thermomètre grimpe à 36°C à l'intérieur. Sans volets, l'isolation piège la chaleur au lieu de la bloquer.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Angle mort réglementaire
Le DPE mesure la consommation de chauffage, pas la température supportable en été. Un tiers des logements classés A ou B sont inadaptés aux canicules.
Protections solaires absentes
Un logement sur deux est mal équipé en protections pour les baies sud, est et ouest. 70 % de la chaleur entre par rayonnement solaire à travers les fenêtres.
Invisibilité de l'indicateur
Le pictogramme de confort d'été existe depuis 2021, mais n'apparaît pas dans les annonces immobilières. Les locataires découvrent le problème au premier été.
Aides publiques déséquilibrées
MaPrimeRénov' finance l'isolation et le chauffage, mais pas les protections solaires extérieures. Les rénovations améliorent le bilan carbone mais dégradent le confort estival.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Un tiers des logements classés A ou B au DPE sont inadaptés aux fortes chaleurs.
- 36°C atteints à l'intérieur d'un appartement classé B du Kremlin-Bicêtre lors de la canicule de juin 2026.
- 94 % des insuffisances de confort d'été dans les logements A s'expliquent par l'absence de protections solaires.
- Les protections extérieures bloquent jusqu'à 90 % de la chaleur et permettent une baisse de 4°C à 10°C.
- Une proposition de loi de juillet 2025 vise à rendre obligatoire l'affichage du confort d'été dans les annonces.
Louis Legrand ouvre la fenêtre de son appartement du Kremlin-Bicêtre. Dehors, 40°C. Dedans, 36°C. Le thermomètre ne bouge pas. L’air ne circule pas. La rénovation complète, achevée six mois plus tôt, a valu au logement un DPE classé B. L’hiver, la facture de chauffage a fondu. L’été, c’est l’habitant qui fond.
Fin juin 2026 - la vague de chaleur a révélé ce que le diagnostic de performance énergétique ne dit pas: une bonne isolation thermique peut devenir un piège quand le soleil tape. Pas de volets, pas de stores extérieurs, juste du double vitrage et 20 centimètres de laine de roche dans les murs. Le logement retient tout. Y compris la fournaise.
Un tiers des logements performants inadaptés à la chaleur
L’étude publiée en juin 2026 par Pouget Consultants et l’Alliance des industriels des solutions électriques et numériques du bâtiment (Ignes) a passé au crible près de 9 millions d’indicateurs de confort d’été issus de la base DPE de l’Ademe. Résultat: un tiers des logements classés A ou B sont jugés insuffisamment adaptés aux fortes chaleurs. Un logement sur deux analysé pourrait être considéré comme une « bouilloire thermique ».
Les chiffres sont brutaux. 31 % des logements classés A sont jugés insuffisants en confort d’été. Cette proportion s’explique quasi exclusivement par l’insuffisance de protections solaires extérieures: 94 % des cas. Un logement sur deux est mal équipé en protections solaires pour les baies sud, est et ouest. Seuls 5 % des logements sont dotés d’un brasseur d’air.
Tom Sarrebourse - pose le cadre: un logement est directement considéré comme insuffisant du point de vue du confort d’été si ses parois vitrées orientées au sud, à l’est et à l’ouest ne possèdent pas de protections solaires. Le DPE note la performance énergétique hivernale. Il ne mesure pas la capacité d’un logement à rester vivable quand le mercure explose.
70 % de la chaleur entre par les fenêtres
Le rayonnement solaire à travers les fenêtres représente environ 70 % de la chaleur qui pénètre dans un logement. Sans protection extérieure, le vitrage laisse entrer l’énergie. L’isolation empêche ensuite la chaleur de sortir. Le piège se referme. La nuit, les murs restituent ce qu’ils ont accumulé. La température intérieure ne redescend pas.
Les protections solaires extérieures bloquent jusqu’à 90 % de la chaleur avant qu’elle n’atteigne le vitrage. Elles permettent une baisse de la température intérieure de 4°C à 10°C pendant une vague de chaleur. Volets roulants, stores à lamelles, brise-soleil: des dispositifs simples, mais absents de la moitié des logements français. 84 % des maisons comportent une toiture isolée - 81 % sont traversantes - mais les fenêtres restent nues face au soleil.
Ce que le DPE ne dit pas
Depuis juillet 2021 - le DPE intègre un indicateur de confort d’été sous forme de pictogramme. Un smiley. Trois niveaux: bon, moyen, insuffisant. Mais cet indicateur n’apparaît pas dans les annonces immobilières. Il figure sur le diagnostic complet, celui que peu de locataires ou d’acheteurs consultent avant de signer. 9 logements sur 10 ont un confort d’été jugé moyen ou insuffisant. Seulement 1 sur 10 est considéré comme bon.
Une proposition de loi déposée en juillet 2025 vise à rendre l’affichage de cet indicateur obligatoire dans les annonces. Le texte attend. En attendant, les locataires découvrent le problème au premier été. Trop tard.
Le paradoxe est complet: les logements les mieux isolés pour l’hiver deviennent des fours l’été. 30 % des logements classés A au DPE pourraient souffrir d’une surchauffe importante. La performance énergétique mesure la consommation de chauffage, pas la température supportable en août. Le référentiel réglementaire optimise un critère unique: les kilowattheures. Il ignore le vivant.
L’angle mort des rénovations énergétiques
Les aides publiques à la rénovation ciblent l’isolation et le chauffage. MaPrimeRénov’ finance les murs, les combles, les fenêtres. Les protections solaires extérieures ne figurent pas dans les postes prioritaires. Les artisans posent de la laine de verre, remplacent les huisseries, installent des pompes à chaleur. Personne ne parle des volets.
Résultat: des chantiers qui améliorent le bilan carbone mais dégradent le confort estival. Le propriétaire obtient son étiquette B, le locataire hérite d’un sauna. Les diagnostiqueurs mesurent ce que la réglementation leur demande de mesurer. Le reste n’existe pas.
L’étude Pouget Consultants / Ignes appelle à revoir l’indicateur de confort d’été du DPE. Trop sommaire, trop binaire, trop invisible. Le bâtiment français s’adapte au froid du passé, pas aux canicules du présent. Les normes vieillissent moins vite que le climat.
► Lire aussi: Canicules: pourquoi la France n'est pas préparée aux 50°C
Sources
- Le confort d'été dans le DPE - Technic Baie
- Logements isolés pour l'hiver mais étouffants l'été - Connaissance des Énergies
- Logements bien classés au DPE mais étouffants en canicule - Batinfo
- Canicule : des logements étouffants malgré un bon DPE - Sud Ouest
- Canicule et DPE A : quand l'isolation piège la chaleur - Effy
- L'importance des protections solaires - Verano