Loi Yadan : dans l’Oise, les militants pro-palestiniens craignaient pour leurs droits
Retirée le 16 avril, la proposition de loi sur l'antisémitisme avait suscité une vive inquiétude dans le département, notamment au sein de l'association Creil Palestine.
La proposition de loi Yadan a été retirée de l'ordre du jour de l'Assemblée nationale le 16 avril 2026, après une opposition massive. Dans l'Oise, le texte avait cristallisé des tensions entre associations pro-palestiniennes et représentants de la communauté juive. Un projet de loi gouvernemental est attendu fin juin.
La question s’était posée directement dans les milieux militants de l’Oise : « Demain, est-ce qu’on sera hors-la-loi en manifestant ? » C’est en ces termes que des membres de l’association Creil Palestine ont exprimé leurs craintes à France 3, après l’adoption en commission de la proposition de loi Yadan le 20 janvier 2026. Le texte, déposé le 19 novembre 2024 par la députée Caroline Yadan (Ensemble pour la République), visait à pénaliser la provocation implicite au terrorisme, la banalisation d’actes terroristes et les appels à la destruction d’un État reconnu par la France.
Une loi jugée dangereuse pour les libertés
Pour Creil Palestine, le risque était concret : que des slogans ou des rassemblements de solidarité avec les Palestiniens tombent sous le coup de la nouvelle loi. L’association maintient ses activités malgré ce contexte. Elle organise les 3 et 4 mai 2026 le « Printemps de la Palestine », journées de rencontres et d’échanges culturels, selon France 3.
Le débat a dépassé les seules associations locales. Sur X, plusieurs voix politiques ont exprimé des réserves sur le fond du texte.
Le Crif Oise défend le texte, chiffres à l’appui
Du côté du Crif Oise, la position est inverse. Bernard Zanzouri, délégué départemental, a soutenu la nécessité d’adapter la loi aux formes actuelles de l’antisémitisme. Il cite les témoignages de victimes frappées ou insultées « aux cris de : Free Palestine », rapporte France 3. Pour lui, le texte répondait à une réalité documentée.
Les chiffres du ministère de l’Intérieur confirment un niveau préoccupant : 1 320 actes antisémites ont été recensés en France en 2025, en baisse de 16 % par rapport à 2024 (1 570 actes), mais à un niveau historiquement élevé sur vingt-cinq ans, représentant 53 % des actes antireligieux. La hausse avait été amorcée après l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, avec 1 676 actes recensés en 2023, soit une augmentation de 280 % par rapport à 2022, selon la Dilcrah.
Un retrait sous pression, une suite annoncée
Le 16 avril 2026, les députés macronistes ont finalement retiré la proposition de loi de l’ordre du jour, face à l’obstruction parlementaire de la gauche et à une pétition ayant recueilli plus de 700 000 signatures sur le site de l’Assemblée nationale - la deuxième plus signée de son histoire, selon Le Monde. La commission des lois avait pourtant rejeté cette pétition le 15 avril pour redondance avec des dispositions existantes.
Le gouvernement a pris un engagement en contrepartie : présenter un projet de loi gouvernemental contre l’antisémitisme en Conseil des ministres fin juin 2026, avec un examen au Sénat prévu à partir du 22 juin, selon l’Assemblée nationale. Le débat est donc reporté, pas clos.
Prochaine étape : le projet de loi gouvernemental doit être présenté en Conseil des ministres fin juin 2026. Dans l’Oise, l’association Creil Palestine tiendra son « Printemps de la Palestine » les 3 et 4 mai, premier test local de la liberté de manifester dans ce contexte.
Sources
- France 3 Hauts-de-France : Proposition de loi Yadan, une opposition marquée dans l'Oise
- 20 Minutes : Antisémitisme : les députés macronistes retirent la proposition de loi Yadan
- Ministère de l'Intérieur : Actes antireligieux - Tendances 2025
- Le Monde : Antisémitisme : contestée, la proposition de loi Yadan arrive à l'Assemblée