Loup en Corrèze : Carduelis dénonce la « fable de l’importation » évoquée par Pascal Coste
L'association naturaliste qualifie de « fable » les propos du président du Département, qui avait suggéré une importation artificielle du loup sur le plateau de Millevaches.
Lors de la séance plénière du 26 juin, Pascal Coste a évoqué l'hypothèse d'une importation artificielle du loup en Corrèze. L'association Carduelis a immédiatement réagi, dénonçant une « fable » et rappelant la dispersion naturelle documentée depuis 2017.
L’essentiel
- 26 juin 2026 : Pascal Coste, président du Conseil départemental de la Corrèze, évoque une importation artificielle du loup en séance plénière.
- 27 juin 2026 : L’association Carduelis qualifie ces propos de « fable de la réintroduction » et rappelle la dispersion naturelle du loup depuis 2017.
- Données OFB : Les suivis de l’Office français de la biodiversité ne mentionnent aucune réintroduction, seulement des indices de présence naturelle.
- Chiffres-clés : 211 attaques de loup recensées depuis janvier 2025 dans le département ; une première meute observée en mars 2025.
Les propos contestés
Le vendredi 26 juin 2026, lors de la séance plénière du Conseil départemental de la Corrèze, Pascal Coste a évoqué l’hypothèse d’une importation artificielle du loup sur le plateau de Millevaches. Selon La Montagne, le président du Département a laissé entendre que l’animal aurait pu être introduit volontairement, une thèse qui contredit les observations scientifiques établies.
Dès le lendemain, samedi 27 juin, l’association naturaliste Carduelis a fermement réagi dans un communiqué. Elle qualifie ces déclarations de « fable de la réintroduction » et les juge « totalement infondées ». L’association rappelle que la dispersion géographique du loup est documentée naturellement depuis 2017 en Corrèze, et que « les indices de présence sont régulièrement relevés par l’Office français de la biodiversité (OFB) sans aucune mention de réintroduction ».
La controverse sur l’origine du loup
Les propos de Pascal Coste relancent un débat récurrent sur la présence du loup en Limousin. L’association Carduelis, basée sur le plateau de Millevaches, défend une position fondée sur des données scientifiques. Elle souligne que le loup a naturellement recolonisé le massif central depuis la fin des années 1990, et que sa présence en Corrèze est attestée par des indices de prédation et des observations visuelles depuis plusieurs années.
Les données publiées par la préfecture de la Corrèze, issues du réseau Loup-Lynx de l’OFB, confirment une progression régulière de l’espèce sur le département. Aucun de ces documents officiels ne mentionne une opération de réintroduction. « L’idée d’un ensemencement artificiel est une rumeur qui circule dans les milieux agricoles, mais elle ne repose sur aucun fait », explique un membre de Carduelis interrogé par La Montagne.
Cette controverse intervient dans un contexte déjà tendu. Depuis janvier 2025, la Corrèze a enregistré 211 attaques de loup sur des troupeaux, selon un bilan de la Direction départementale des territoires (DDT). Le préfet a autorisé des tirs de défense pour les éleveurs, qualifiant la situation de « dramatique » dans un entretien au Parisien. En mars 2025, une première meute de loups a été officiellement observée en Limousin, une « observation exceptionnelle en France » selon les naturalistes. En août 2025, des naissances de louveteaux ont été confirmées sur le plateau de Millevaches, signe d’une installation durable.
Contexte dans le département de la Corrèze
La Corrèze, département rural du Massif central marqué par l’élevage bovin et ovin, est au cœur d’une opposition croissante entre défenseurs de la biodiversité et monde agricole. Avec une densité de 42 habitants au km², le plateau de Millevaches constitue un réservoir de biodiversité classé parc naturel régional depuis 2004. La présence du loup y est devenue un sujet politique sensible.
En mai 2025, plusieurs communes du département ont été classées en « cercle 1 » - zone de forte présence de loups - ce qui a renforcé les mesures de protection des troupeaux. Une cellule de veille loup a été mise en place par la préfecture, avec des arrêtés définissant des zones de prédation. Pascal Coste, en parallèle, a critiqué les services de l’État déclarant « On veut un scalp de loup », selon La Montagne, reflétant le conflit entre politique locale et gestion environnementale nationale.
L’association Carduelis, qui milite pour une coexistence loup-élevage, propose des solutions de protection (chiens Patou, clôtures électrifiées, aides financières) et s’oppose à l’abattage systématique. Elle rappelle que le loup est une espèce strictement protégée au niveau européen.
Des tensions qui persistent
Ce n’est pas la première fois que la question du loup provoque des remous dans le département. En novembre 2025, la Coordination rurale a appelé les maires à retirer leurs communes du Parc naturel régional de Millevaches, dénonçant la gestion du loup. Le PNR a alors dénoncé une « méthode outrancière de désinformation ». Plus récemment, des documentaires sur le loup ont été censurés localement en Creuse, région voisine, par des maires en mai 2026, avant que la justice n’annule cette décision.
L’épisode du 26 juin risque d’attiser encore les tensions. Pour l’instant, Pascal Coste n’a pas réagi aux critiques de Carduelis. L’association, de son côté, promet de « continuer à informer sur la réalité de la présence naturelle du loup » et appelle à « un débat apaisé fondé sur les faits ». La prochaine étape pourrait être la présentation, en juillet, du plan loup départemental actualisé par la préfecture.