Chaque jour, 12 millions de colis en provenance de Chine transitent par les douanes européennes, soit 4,4 milliards par an. Face à cet afflux qui a triplé en deux ans et menace la souveraineté économique du continent, les ministres des finances des vingt-sept États membres de l'Union européenne ont approuvé le 13 novembre 2025 à Bruxelles la suppression de l'exonération des droits de douane pour les colis de moins de 150 euros. Cette décision, portée par la France, cible directement les géants chinois de l'e-commerce comme Temu, Shein et AliExpress, et entrera en vigueur le 1er juillet 2026.
L'essentiel
- 12 millions de colis chinois arrivent quotidiennement dans l'UE, soit 4,4 milliards par an, un volume qui a triplé entre 2023 et 2025
- Les ministres des finances des 27 États membres ont approuvé le 13 novembre 2025 la suppression de l'exonération des droits de douane pour les colis de moins de 150 euros
- La mesure entrera en vigueur le 1er juillet 2026, soit deux ans avant la date initialement prévue dans la réforme de l'union douanière (mi-2028)
- Les plateformes Temu, Shein et AliExpress sont directement visées par cette décision qui met fin à une faille réglementaire exploitée massivement
- En France, les consommateurs devront payer la TVA à 20%, les droits de douane européens et l'écotaxe textile sur leurs commandes chinoises
Les chiffres donnent le vertige. Selon PhonAndroid, 12 millions de colis venus d’Asie arrivent quotidiennement dans l’Union européenne, profitant d’une faille réglementaire vieille de plusieurs décennies : l’exonération totale des droits de douane pour tout envoi d’une valeur inférieure à 150 euros. Cette mesure, initialement conçue pour faciliter les échanges de particuliers, s’est transformée en autoroute commerciale pour les plateformes chinoises qui ont vu leur activité exploser ces dernières années.
Le 13 novembre 2025, lors d’une réunion décisive à Bruxelles, les ministres des finances des vingt-sept États membres ont tranché. L’accord de principe a été approuvé à l’unanimité, avec une adoption formelle prévue pour le 12 décembre 2025. La mesure entrera effectivement en vigueur le 1er juillet 2026, soit près de deux ans avant la date initialement prévue dans la réforme de l’union douanière qui était fixée à mi-2028.
Un engorgement des douanes qui a triplé en deux ans
L’urgence de la situation a précipité les débats. Les douanes des aéroports européens croulent littéralement sous les volumes. D’après les données révélées par plusieurs sources, le flux de petits colis a triplé entre 2023 et 2025, passant de quelques millions à ces 12 millions quotidiens qui représentent un défi logistique et sécuritaire majeur.
Cette explosion s’explique par le modèle économique des plateformes chinoises. Temu, Shein et AliExpress ont bâti leur succès sur une stratégie simple : proposer des produits à prix cassés, expédiés directement depuis la Chine en petits colis individuels pour rester sous le seuil des 150 euros. Chaque commande devient ainsi invisible fiscalement, créant une concurrence déloyale avec les commerçants européens qui, eux, doivent s’acquitter de la TVA et des droits de douane.
Une menace pour la souveraineté économique européenne
Au-delà de l’aspect fiscal, c’est la question de la souveraineté économique qui inquiète Bruxelles. La croissance démesurée de ces plateformes met en péril des pans entiers du commerce européen. Les détaillants locaux ne peuvent rivaliser avec des prix défiant toute concurrence, souvent obtenus au détriment des normes sociales et environnementales.
Mais il y a plus grave encore. Comme le rapporte PhonAndroid, certains produits vendus par ces plateformes posent de sérieux problèmes de sécurité. Shein a ainsi été épinglé pour avoir commercialisé des poupées à caractère pédopornographique et même des armes de catégorie 1, ce qui a conduit la France à menacer le site de suspension il y a quelques semaines.
Un dispositif fiscal renforcé pour les consommateurs français
Pour les consommateurs français, la facture va s’alourdir significativement. En plus de la suppression de l’exonération des droits de douane européens, la France appliquera une fiscalité spécifique. Selon les informations disponibles, plusieurs taxes s’empileront désormais sur chaque commande venue de Chine.
D’abord, la TVA française au taux standard de 20% sera systématiquement appliquée. Ensuite, les droits de douane européens classiques s’ajouteront, variant selon la nature des produits. Enfin, une écotaxe spécifique sur le textile, déjà en vigueur depuis avril 2024, continuera de s’appliquer pour lutter contre la fast fashion.
« L’objectif est de cautériser la plaie », explique un observateur du secteur cité par PhonAndroid, tout en reconnaissant que ces taxes ne règleront pas tous les problèmes.
Les stratégies de contournement déjà à l’œuvre
Les plateformes chinoises ne comptent pas se laisser faire sans réagir. Les observateurs anticipent déjà plusieurs stratégies de contournement. La plus évidente consiste à regrouper davantage d’articles par colis pour maximiser la valeur tout en restant sous le seuil des 150 euros, transformant ainsi la contrainte en optimisation logistique.
D’autres pistes sont envisageables : l’implantation d’entrepôts en Europe pour expédier depuis le territoire communautaire, la création de filiales européennes pour échapper au statut d’importateur extra-communautaire, ou encore la modification des prix affichés pour intégrer les nouvelles taxes tout en préservant l’attractivité commerciale.
Un mouvement de taxation plus large en Europe
Cette décision s’inscrit dans un mouvement général de durcissement fiscal en Europe. Parallèlement, la France a fait approuver en octobre 2025 par la commission des finances de l’Assemblée nationale une augmentation spectaculaire de la taxe GAFAM, qui passerait de 3% à 15% si le budget 2026 est adopté. Comme le rapporte Frandroid, cette mesure vise les géants américains dont le chiffre d’affaires mondial dépasse 2 milliards d’euros.
Le député Renaissance Denis Masséglia a résumé l’esprit de ces réformes par une formule simple :
« Ils font leurs profits ici, ils paieront ici. »
Cette philosophie reflète une volonté politique claire de rééquilibrer les rapports de force économiques entre l’Europe et les géants du numérique, qu’ils soient américains ou chinois. Il s’agit, selon les termes employés dans l’amendement sur la taxe GAFAM, d’un acte de souveraineté fiscale destiné également à répondre aux tarifs douaniers décidés par les États-Unis à l’encontre de produits français.
Des précédents qui questionnent l’efficacité réelle
L’histoire récente invite toutefois à la prudence sur l’efficacité de ces mesures. Lors de l’instauration de la première taxe GAFA à 3% en 2019, les géants du numérique avaient largement répercuté ce coût sur leurs clients français. Une situation qui pourrait se reproduire avec cette nouvelle vague de taxation.
Pour les colis chinois, la question reste ouverte : les consommateurs accepteront-ils de payer plus cher, ou se tourneront-ils vers d’autres alternatives ? Les plateformes parviendront-elles à absorber une partie des surcoûts pour préserver leur compétitivité ? L’Union européenne réussira-t-elle à contrôler efficacement les millions de colis quotidiens et à faire respecter cette nouvelle réglementation ?
Une chose est certaine : à partir du 1er juillet 2026, commander sur Temu, Shein ou AliExpress ne sera plus la bonne affaire fiscale qu’elle était jusqu’ici. Reste à savoir si cette révolution tarifaire suffira à inverser la tendance et à protéger le commerce européen face à la déferlante des petits colis chinois.
Sources
- PhonAndroid (13 novembre 2025)
- Frandroid (23 octobre 2025)
- Commission européenne (novembre 2025)