Maes condamné à 7 ans ferme au Maroc : le rappeur piégé par un kidnapping raté

Le tribunal de Tanger a condamné le rappeur français Walid Georgey pour avoir commandité l'enlèvement et la torture d'une connaissance

Maes condamné à 7 ans ferme au Maroc : le rappeur piégé par un kidnapping raté
Le rappeur français Maes en concert avant son arrestation au Maroc Nathalie Rousselin / INFO.FR

Le verdict est tombé mardi 25 novembre 2025 au soir. Maes, de son vrai nom Walid Georgey, 30 ans, a été condamné à 7 ans de prison ferme par la Cour d'appel de Tanger. Le rappeur français d'origine marocaine, figure du rap de Sevran, était jugé pour avoir orchestré un projet d'enlèvement, de séquestration et de torture visant un homme avec qui il était en conflit financier. Une opération criminelle déjouée in extremis par la police marocaine à Marrakech, qui marque un nouveau tournant dans les liaisons dangereuses entre le rap français et le grand banditisme.

L'essentiel

  • Maes a été condamné le 25 novembre 2025 à 7 ans de prison ferme par la Cour d'appel de Tanger pour avoir commandité un enlèvement, une séquestration et une torture
  • Le rappeur avait contacté le chef d'une bande criminelle de Fès pour kidnapper une personne avec qui il était en conflit financier sur des revenus de concerts
  • L'opération a été déjouée in extremis par la police marocaine à Marrakech, alors que les agresseurs interceptaient leur cible
  • Maes est également soupçonné par la justice française d'avoir commandité des assassinats dans les fusillades de mai 2024 à Sevran et Aulnay-sous-Bois qui ont fait plusieurs morts
  • Le Maroc n'extradant pas ses ressortissants, les enquêteurs français ont peu de chances de pouvoir interroger Maes sur les affaires criminelles qui le visent en France

C’est une chute vertigineuse pour l’une des figures montantes du rap français. Mardi 25 novembre 2025 au soir, la Cour d’appel de Tanger a prononcé une condamnation sans appel : 7 ans de prison ferme pour Walid Georgey, alias Maes. Selon Bladi.net, le rappeur était poursuivi pour son implication dans une affaire criminelle liée à un règlement de comptes. L’artiste, qui résidait à Dubaï depuis deux ans, avait été arrêté à l’aéroport Mohammed V de Casablanca à son arrivée en jet privé, faisant l’objet d’un avis de recherche.

Un plan criminel digne d’un scénario noir

Les faits reprochés à Maes relèvent du grand banditisme. D’après l’enquête judiciaire marocaine, la justice lui reproche d’avoir commandité une opération punitive contre une connaissance avec qui il était en conflit financier concernant des revenus de concerts. Le rappeur aurait contacté le chef d’une bande criminelle basée à Fès pour élaborer un plan visant à kidnapper, séquestrer et torturer cette personne à Marrakech, en attendant son arrivée au Maroc.

L’opération, planifiée lors d’une réunion à Tanger, devait se dérouler dans la ville ocre. Mais les services de police marocains ont déjoué le kidnapping in extremis, alors que les agresseurs interceptaient leur cible à la descente de son véhicule. Comme le rapporte Generations, un kidnapping qui n’a finalement pas eu lieu grâce à l’intervention des forces de l’ordre.

Des complices lourdement sanctionnés

Le tribunal de Tanger n’a pas fait preuve de clémence envers l’ensemble des accusés. Selon Bladi.net, Mourad L., un autre accusé clé, a écopé de 10 ans de prison, soit une peine plus lourde que celle du commanditaire présumé. Quatre autres membres de la bande ont été condamnés à 5 ans ferme, tandis que quatre accusés poursuivis en liberté ont reçu des peines d’un an.

L’enquête de la Brigade nationale de la police judiciaire a révélé des détails glaçants sur le profil des exécutants. L’un des principaux accusés, propriétaire d’un café à chicha, servait d’intermédiaire pour des barons de la drogue et possédait dans son téléphone des photos d’armes et de grandes quantités de haschich. Les charges retenues contre les accusés étaient particulièrement graves : « constitution d’une bande criminelle », « tentative de meurtre volontaire » et « enlèvement et séquestration ».

Un rappeur déjà dans le viseur de la justice française

Cette condamnation marocaine intervient alors que Maes fait l’objet de soupçons bien plus graves en France. Comme l’a révélé Le HuffPost fin octobre 2025, le rappeur est suspecté par la justice française d’avoir commandité des assassinats. Le livre-enquête « L’Empire, enquête au cœur du rap français », publié le 29 octobre 2025 chez Flammarion par les journalistes Simon Piel, Paul Deutschmann et Joan Tilouine, a mis en lumière ces soupçons accablants.

Selon France Inter, les enquêteurs de la police judiciaire et de la brigade criminelle estiment avoir de nombreux indices graves et concordants sur l’implication de Maes dans les fusillades de mai 2024 à Sevran et Aulnay-sous-Bois, qui avaient fait plusieurs morts. Ils soupçonnent le rappeur, originaire de Seine-Saint-Denis, d’avoir contacté des tueurs à gages sur des messageries cryptées pour « prendre sa revanche dans son quartier de Sevran ».

« C’est un de ceux qui, dans cet univers du rap, a peut-être probablement franchi la ligne rouge », selon Joan Tilouine, co-auteur de l’enquête, interrogé par France Inter.

Une fuite de Dubaï vers le Maroc

Le parcours de Maes ces derniers mois ressemble à une cavale. En début d’année 2025, les enquêteurs français ont tenté d’interpeller le rappeur de 30 ans à Dubaï, où il résidait depuis deux ans avec sa famille. Mais selon Libération, deux jours avant l’opération prévue, visiblement informé qu’une notice rouge d’Interpol avait été émise contre lui, Maes s’est enfui au Maroc le 18 janvier 2025, pays dont il possède également la nationalité.

C’est à son arrivée à l’aéroport Mohammed V de Casablanca, en jet privé, que le rappeur a été interpellé par les autorités marocaines. Un coup dur pour les enquêteurs français : le Maroc n’extrade pas ses ressortissants, même avec la double nationalité. Les enquêteurs de la police judiciaire parisienne estiment ainsi qu’ils ont peu de chances de pouvoir interroger Maes sur les affaires criminelles qui le visent en France.

Les millions du rap détournés par le crime organisé

L’affaire Maes illustre une réalité de plus en plus documentée : la porosité entre l’industrie du rap français et le grand banditisme. Comme l’explique Joan Tilouine dans son interview à France Inter, le rap représente aujourd’hui le secteur le plus lucratif de l’industrie musicale française, avec des dizaines de millions d’euros déversés par les majors.

« Ces liens sont rendus possibles par le laissez-faire des majors, des grandes sociétés de distribution de la musique, qui versent des millions d’euros à des sociétés liées à des grandes figures de la grande criminalité », affirme le journaliste d’investigation Joan Tilouine.

Ce flux d’argent attise les convoitises. Selon Le HuffPost, on n’est plus seulement sur du racket ou de l’extorsion : les organisations criminelles se positionnent désormais sur les contrats avec les majors, se mettent comme coproducteurs et créent des structures financières sophistiquées pour blanchir l’argent.

Un passé judiciaire déjà chargé

La condamnation marocaine s’ajoute à un casier judiciaire déjà conséquent. En octobre 2023, la justice française avait émis un mandat d’arrêt contre Maes après qu’il ne s’est pas présenté à son procès pour « violences en réunion », concernant des coups de poing qu’il avait assenés en 2018 à la sortie d’un studio d’enregistrement. Selon Libération, le rappeur avait été condamné en son absence le 5 juin 2024 à 10 mois de prison et 10 000 euros d’amende.

Dans une interview accordée à Legend en février 2023, Maes expliquait avoir été contraint de quitter la France pour s’établir aux Émirats arabes unis avec sa famille pour échapper à des tentatives de racket et des menaces. Il racontait avoir quitté Sevran après que des véhicules de son clip ont été brûlés par des « jaloux de sa cité » qui auraient voulu l’agresser. Une version qui contraste singulièrement avec les accusations portées aujourd’hui contre lui.

Avec cette condamnation à 7 ans de prison ferme au Maroc, Maes rejoint la liste des rappeurs français rattrapés par la justice. Une trajectoire qui interroge sur les dérives d’une industrie musicale où les frontières entre art, business et criminalité semblent de plus en plus floues. Reste à savoir si la justice française parviendra un jour à juger le rappeur pour les affaires criminelles qui le visent en Seine-Saint-Denis, ou si sa double nationalité lui permettra d’échapper définitivement aux enquêteurs parisiens.

Sources

  • Bladi.net (26 novembre 2025)
  • Generations (26 novembre 2025)
  • Le HuffPost (30 octobre 2025)
  • France Inter (30 octobre 2025)
  • Libération (22 janvier 2025)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.