Travel ban, missiles filmés : Ghennam convoquée à Dubaï

Bloquée aux Émirats depuis dix mois pour une bagarre, l'influenceuse a diffusé des images de missiles iraniens à 3 millions d'abonnés avant d'être convoquée par la police.

Travel ban, missiles filmés : Ghennam convoquée à Dubaï
Travel ban, missiles filmés : Ghennam convoquée à Dubaï Photo de Maeva Ghennam pour INFO.FR

Le 28 février 2026, des missiles iraniens traversent le ciel de Dubaï. Maeva Ghennam, 28 ans, star de téléréalité installée aux Émirats depuis 2024, sort son téléphone et filme. Les vidéos partent aussitôt sur Snapchat et Instagram, devant trois à quatre millions d'abonnés. Quelques jours plus tard, la police de Dubaï la convoque. Un tweet évoque une "arrestation", les sources disponibles ne confirment qu'une convocation. La nuance est importante. Ce qui l'est tout autant : l'influenceuse était déjà sous travel ban, bloquée aux Émirats pour une affaire bien antérieure au conflit.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Le 28 février 2026, Maeva Ghennam filme des missiles iraniens depuis son appartement de Dubaï et diffuse les images sur Snapchat et Instagram devant plusieurs millions d'abonnés.
  • Dans la vidéo Snapchat du 28 février, selon CNews et Midi Libre, elle déclare conserver son passeport dans son soutien-gorge et réclame son rapatriement par la France.
  • L'influenceuse est sous travel ban depuis environ dix mois, à la suite d'une altercation avec son ex-partenaire — les sources divergent sur le genre de celui-ci : CNews parle d'une ex-compagne, La Dépêche du Midi d'un ex-compagnon.
  • La police de Dubaï la convoque après la diffusion massive des vidéos ; certaines publications évoquent une arrestation, mais les sources disponibles ne confirment qu'une convocation.
  • Le Quotidien du Pharmacien suggère que le travel ban avait été 'jusqu'à peu' en vigueur avant son procès parisien du 10 octobre 2025 pour pratique commerciale trompeuse, la chronologie exacte restant à préciser.
  • Pascal Praud prend sa défense sur CNews le 5 mars 2026, invoquant notamment le Carême.
  • Selon CNews, environ 5 000 Français avaient demandé à quitter les Émirats arabes unis début mars 2026.

Ce samedi soir du 28 février 2026, depuis son appartement de Dubaï, Maeva Ghennam pointe sa caméra vers le ciel. On entend sa voix, sans filtre : « Oh p****in, les missiles, regardez de chez moi ! » La vidéo part immédiatement sur Snapchat. Dans cette même vidéo, selon CNews et Midi Libre, elle déclare conserver son passeport dans son soutien-gorge et réclame son rapatriement : « Je suis ressortissante française, j’espère que la France va me protéger. » Puis une autre vidéo sur Instagram, plus posée, plus angoissée. « Je ne vous mens pas, j’ai la boule au ventre. J’ai peur. » Selon CNews, les frappes américano-israéliennes sur l’Iran du même jour avaient déclenché une riposte iranienne ciblant notamment les pays du Golfe disposant de bases militaires américaines, dont les Émirats arabes unis.

Sauf que Maeva Ghennam ne peut pas partir. Pas à cause des missiles. À cause d’une bagarre.

Un travel ban qui précède le conflit de dix mois

Depuis environ dix mois au moment des faits, selon La Dépêche du Midi, l’influenceuse est mise en cause dans une altercation avec son ex-partenaire lors d’une soirée à Dubaï, intégralement captée par les caméras de surveillance, les sources divergent sur ce point : CNews parle d’une « ex-compagne » tandis que La Dépêche du Midi évoque un « ex-compagnon ». Convoquée par la police émiratie, elle fait l’objet d’un travel ban, une interdiction de quitter le territoire prononcée dans l’attente de la conclusion de la procédure. Elle l’admet elle-même, sans détour : « Même si le gouvernement français décidait de rapatrier ses ressortissants, je ne pourrais pas quitter Dubaï à cause de mon travel ban. Je suis bloquée. »

Ce travel ban avait déjà eu des conséquences concrètes bien avant les missiles. Selon Le Quotidien du Pharmacien, Maeva Ghennam était absente de son procès à Paris le 10 octobre 2025, poursuivie pour pratique commerciale trompeuse. La source suggère toutefois que le travel ban avait été « jusqu’à peu » en vigueur, laissant entendre que sa situation avait pu évoluer avant de se durcir à nouveau, la chronologie exacte du lien entre cette interdiction et son absence au procès mériterait vérification.

Filmer un missile à Dubaï : un geste banal aux conséquences juridiques non négligeables

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C’est là que le dossier prend une dimension que la plupart des médias français ont esquivée. Après la diffusion massive des vidéos, La Dépêche du Midi indique que la police de Dubaï a convoqué Maeva Ghennam, les autorités n’ayant « visiblement pas apprécié » qu’elle diffuse en masse des images de l’attaque à destination de ses trois millions d’abonnés. Certaines publications sur les réseaux sociaux parlent d' »arrestation ». Les sources disponibles ne confirment qu’une convocation. Nuance de taille dans un pays où les deux situations n’ont pas du tout les mêmes conséquences.

Aucun média français n’a, à notre connaissance, précisé sous quel texte de loi précis elle a été convoquée, ni quelle peine maximale elle encourt. C’est pourtant la question centrale. Et personne ne semble la poser.

À l’issue de cette convocation, Maeva Ghennam a changé de ton de manière spectaculaire. Elle affirme n’avoir subi « aucune pression du gouvernement » et explique qu’il « ne faut pas raconter n’importe quoi car il est interdit d’inventer des choses », selon La Dépêche du Midi. On appréciera la cohérence : quelques jours plus tôt, elle criait sa peur en direct devant des millions de personnes.

Pascal Praud, allié inattendu

Le 5 mars 2026, sur le plateau de L’Heure des pros, selon La Dépêche du Midi, Pascal Praud prend la défense de l’influenceuse dans ce qui constitue sans doute l’alliance la plus improbable de ce début d’année. L’animateur de CNews, habituellement peu enclin à l’indulgence, lâche : « Alors effectivement, c’était une influenceuse qui n’aimait pas la France, qui expliquait qu’elle était Algérienne et maintenant elle demande que la France intervienne. Ça fait un peu sourire. Il ne faut pas avoir de joie mauvaise, jamais. Il faut l’aider si on peut l’aider ! Il faut lui pardonner ses bêtises parce que c’est Carême. » Le Carême comme argument diplomatique, du coup, c’est une première.

Ce que cette affaire dit de Dubaï, au-delà du cas Ghennam

Au fil des mois, Dubaï a construit son image de paradis fiscal et médiatique pour influenceurs français en rupture avec l’Hexagone. Maeva Ghennam elle-même expliquait en novembre 2020 sur Snapchat, relayé par La Dépêche du Midi, avoir quitté la France pour « vivre normalement, sans avoir peur qu’on me vole ». Six ans plus tard, elle se retrouve bloquée dans cette même ville, sous missiles, avec un passeport dans son soutien-gorge et deux procédures judiciaires en cours.

La question que personne ne pose vraiment : combien de ressortissants français sont actuellement sous travel ban aux Émirats arabes unis, et quelles voies de recours consulaires existent concrètement ? Le Quai d’Orsay n’a, à ce stade, fait aucune déclaration publique sur le cas Ghennam ni sur la situation plus large des Français bloqués aux EAU dans le contexte du conflit. Ce silence interroge, d’autant que CNews signalait début mars qu’environ 5 000 Français avaient demandé à quitter le territoire émirati.

En marge de la trajectoire personnelle de Maeva Ghennam, cette affaire met en lumière un angle mort : des milliers de Français expatriés dans un pays dont le cadre juridique, notamment en matière de diffusion d’images en temps de conflit, reste largement méconnu du grand public. Et des influenceurs qui ont construit leur image sur la transparence en direct, sans mesurer que cette même transparence peut, dans certaines juridictions, se retourner contre eux.

Sources

Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.

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