Maire de Tréogan mis en examen pour viols et abus de faiblesse : en détention provisoire
Matthis Ternel, 27 ans, élu en mars 2026, soupçonné de diriger un groupe sectaire depuis le Var et incarcéré à Saint-Brieuc.
Matthis Ternel, maire de Tréogan (Côtes-d'Armor) depuis mars 2026, a été mis en examen le 2 mai pour viols, abus de faiblesse et dérives sectaires. Interpellé le 28 avril à son domicile, il est maintenu en détention provisoire à la maison d'arrêt de Saint-Brieuc. L'enquête est pilotée par le parquet de Toulon.
Matthis Ternel, maire de Tréogan (Côtes-d’Armor) depuis mars 2026, a été mis en examen le 2 mai pour viols, abus de faiblesse et dérives sectaires. Interpellé le 28 avril à son domicile, il est maintenu en détention provisoire à la maison d’arrêt de Saint-Brieuc. L’enquête est pilotée par le parquet de Toulon.
L’essentiel
- Interpellation : Matthis Ternel, 27 ans, arrêté le 28 avril 2026 à son domicile de Tréogan par la section de recherches de la gendarmerie de Marseille.
- Mise en examen : Le 2 mai 2026, pour abus de faiblesse sur six jeunes femmes (2017-2026), menaces de mort, chantage, viols et agressions sexuelles sur une plaignante mineure (17 à 20 ans, 2022-2025).
- Détention provisoire : Placé à la maison d’arrêt de Saint-Brieuc le 30 avril 2026, maintenu après mise en examen.
- Enquête : Ouverte en décembre 2025 par le parquet de Toulon, après une première plainte déposée en Mayenne dès octobre 2022.
- Victimes identifiées : Au moins six jeunes femmes sur le territoire national, selon France 3 Bretagne.
Élu à 63 % dans un village de 108 habitants
Tréogan est une commune rurale du centre-Bretagne. Selon l’INSEE, elle compte entre 101 et 108 habitants sur 7,14 km², soit une densité de 14,1 habitants par km². Matthis Ternel y avait été élu sans étiquette en mars 2026, obtenant 46 voix contre 27 à son adversaire. Ingénieur de formation, récemment arrivé dans le village, il était perçu comme discret par les habitants. Aucune activité professionnelle n’était identifiée à son nom au registre officiel, selon Le Télégramme.
Sa candidature à la mairie d’une si petite commune, quelques semaines seulement après son installation, n’avait pas suscité de méfiance particulière. Le choc a été d’autant plus brutal pour les habitants lorsque la gendarmerie s’est présentée à son domicile le 28 avril.
Un groupe sectaire structuré depuis le Var
Selon le procureur de la République de Toulon, Raphaël Balland, cité par Ouest-France et La Montagne, Matthis Ternel aurait dirigé un groupe sectaire depuis le sud de la France - dans la région d’Hyères (Var) - via un réseau social ciblant des personnes se décrivant comme à haut potentiel intellectuel. Les membres du groupe devaient, selon le procureur, reconnaître le mis en examen comme « l’absolu » et « le divin ».
Le groupe fonctionnait de façon hiérarchique. Les six jeunes femmes visées par les charges d’abus de faiblesse auraient subi une emprise psychologique progressive, accompagnée d’exigences de dévotion totale et de contributions financières. L’une d’elles aurait reçu des menaces de mort si elle tentait de quitter le groupe. Deux autres auraient été victimes de chantage, selon la mise en examen.
Des viols sur une plaignante mineure entre 2022 et 2025
Les faits les plus graves concernent une plaignante qui était mineure au moment des premiers actes reprochés. Âgée de 17 à 20 ans entre 2022 et 2025, elle est visée par les chefs de viols et agressions sexuelles dans la mise en examen du 2 mai 2026, selon Le Monde et Franceinfo.
C’est une autre jeune femme, étudiante de 21 ans, qui avait déposé la première plainte en octobre 2022 en Mayenne, accusant Matthis Ternel de l’avoir menacée de mort si elle quittait son groupe. Cette plainte initiale n’avait pas donné lieu à une enquête immédiate. Le parquet de Toulon n’a ouvert une information judiciaire qu’en décembre 2025, après identification de plusieurs victimes potentielles.
Enquête confiée à Marseille, procédure pilotée depuis Toulon
L’affaire est géographiquement éclatée : les faits présumés ont été commis depuis le Var, les victimes sont dispersées sur le territoire national, et le mis en examen est incarcéré à Saint-Brieuc. La section de recherches de la gendarmerie de Marseille conduit les investigations sous l’autorité du parquet de Toulon, selon France 3 Bretagne.
Cinq autres victimes potentielles ont été identifiées en dehors de la plaignante initiale. L’instruction se poursuit devant le juge de Toulon. Aucune date d’audience n’a été annoncée à ce stade, selon Nice-Matin et Libération.
Cette affaire de violences sexuelles impliquant un professionnel en position d’autorité illustre la diversité des contextes dans lesquels des mis en cause occupent des fonctions publiques ou de confiance.
Contexte dans les Côtes-d’Armor
Tréogan se situe dans le centre des Côtes-d’Armor, dans le territoire du Kreiz-Breizh. La commune appartient à la communauté de communes du Kreiz-Breizh, un espace rural peu dense. Avec 108 habitants, elle figure parmi les plus petites communes du département, qui en compte 372 au total. Le conseil municipal de Tréogan se compose d’un nombre réduit d’élus ; la fonction de maire y est exercée bénévolement, comme dans la quasi-totalité des petites communes rurales françaises.
L’affaire Ternel dépasse largement les frontières du département. Elle s’inscrit dans un contexte national documenté par Mediapart : au moins 13 maires français auraient été élus en 2026 malgré des mises en cause ou des condamnations pour violences sexistes et sexuelles. L’enquête du média indépendant, publiée début avril 2026, pointait déjà les failles du système de contrôle des candidatures aux élections municipales.
Dans le cas de Matthis Ternel, la première plainte datait d’octobre 2022 - soit près de trois ans et demi avant son élection à Tréogan en mars 2026. Aucun mécanisme légal n’a empêché sa candidature : à cette date, il n’avait fait l’objet d’aucune condamnation, ni d’aucune mise en examen. L’enquête judiciaire n’a été formellement ouverte qu’en décembre 2025.
Un profil qui interroge les habitants
Selon Le Télégramme et TF1 Info, les habitants de Tréogan décrivent un homme « venu de nulle part », sans attaches familiales connues dans le village, qui s’était présenté aux élections peu après son installation. Sa discrétion avait été relevée sans qu’elle éveille de suspicion particulière dans une commune habituée aux difficultés de recrutement d’élus bénévoles.
La question de la gestion de la commune se pose désormais en pratique : le maire étant en détention provisoire, c’est le premier adjoint qui assure la continuité des fonctions municipales. La mairie de Tréogan n’a pas communiqué publiquement sur la situation à ce stade.
L’affaire illustre aussi les ressorts des dérives sectaires en ligne. Le groupe ciblait explicitement des personnes se présentant comme à haut potentiel intellectuel - un profil qui peut faciliter l’intégration dans des structures à emprise, selon les spécialistes des phénomènes sectaires. La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) n’a pas encore commenté ce dossier spécifique.
Pour mémoire, le chantage et les menaces de mort constituent des infractions distinctes qui peuvent être retenues parallèlement aux viols dans un même dossier pénal.
Prochaines étapes : instruction en cours à Toulon
Matthis Ternel reste en détention provisoire à la maison d’arrêt de Saint-Brieuc. L’instruction judiciaire se poursuit devant le juge de Toulon, avec de possibles auditions supplémentaires des victimes. Aucun calendrier précis n’a été communiqué par le parquet.
Sources
- Le Monde : Un maire des Côtes-d'Armor, soupçonné de pratiques sectaires, mis en examen pour « abus de faiblesse » et viols
- Ouest-France : Soupçonné de viols et dérives sectaires, le maire de Tréogan, en Côtes-d'Armor, mis en examen et maintenu en détention
- France 3 Bretagne : Maire de Tréogan mis en examen et incarcéré : il est soupçonné de dérives sectaires, de viols et d'abus de faiblesse
- Mediapart : Au moins treize maires mis en cause ou condamnés pour des violences sexistes et sexuelles ont été élus