Mana : les déchets agricoles transformés en engrais pour relancer les sols
Dans l'ouest guyanais, des fermiers misent sur le compostage pour réduire leurs coûts et restaurer des terres épuisées.
À Mana, commune de l'ouest guyanais, des agriculteurs recyclent leurs déchets végétaux en amendements organiques. Une pratique qui s'inscrit dans un mouvement plus large de restauration des anciens polders rizicoles, abandonnés dans les années 2000.
Les résidus d’abattis, les débris de plantes, les restes de récoltes : à Mana, ce qui finissait jusqu’ici en bordure de champ commence à alimenter des tas de compost. Selon le Parc Amazonien de Guyane, ce procédé permet de transformer les biodéchets agricoles en amendements capables d’améliorer la fertilité des sols acides, typiques du territoire guyanais. Résultat attendu : moins d’engrais chimiques importés, moins de charges pour des exploitations souvent fragiles.
L’enjeu est réel. En Guyane, l’agriculture n’occupe que 3,5 % de l’espace territorial, pour 5 983 exploitations recensées en 2010, rappelle le Parc Amazonien. La dépendance aux intrants importés pèse sur les marges. Le recyclage local des déchets organiques apparaît comme un levier concret pour alléger cette pression.
Un territoire avec une mémoire rizicole
Mana n’est pas novice en matière de gestion des sous-produits agricoles. Dans les polders développés dans les années 1980 pour la riziculture - environ 5 000 hectares à leur apogée - , la paille de riz était déjà recyclée en fourrage pour le bétail ou laissée à se décomposer pour enrichir les sols, toujours selon le Parc Amazonien. La riziculture a culminé à 5 800 hectares en 1996 avant d’être abandonnée dans les années 2000, en raison d’attaques de ravageurs et d’érosion côtière, selon Géoconfluences.
Ces anciens polders font aujourd’hui l’objet d’un projet de restauration. Une convention de six ans a été signée le 4 février 2025 en mairie de Mana, réunissant le Conservatoire du littoral, le GEPOG, l’OFB, la mairie et le Parc naturel régional de Guyane, selon Franceinfo La 1ère. L’objectif : remettre en état ces zones humides tout en y développant des activités économiques durables - agriculture, écotourisme - notamment pour les jeunes fermiers accompagnés par le GDA de Mana.
Une dynamique portée à l’échelle régionale
La démarche dépasse Mana. En 2024, la Chambre d’agriculture de Guyane a organisé une collecte de déchets agricoles - emballages phytosanitaires, sacs d’engrais vides - pour en organiser le recyclage à l’échelle du département. Et en avril 2026, la Collectivité Territoriale de Guyane a mis en avant des essais agroécologiques sans pesticides menés à Cacao, selon sa page Facebook officielle.
Le mouvement est progressif. Les outils existent, les partenariats aussi. Reste à structurer les usages et à consolider les financements, notamment via l’OFB, pour que ces pratiques s’ancrent durablement dans le quotidien des exploitants de l’ouest guyanais.
Prochaine étape : selon Franceinfo La 1ère, les partenaires du projet de Mana doivent désormais organiser les usages existants sur les anciens polders - pêche, ornithologie - et mobiliser les financements OFB pour lancer les premières actions de restauration concrètes.