Manche : 130 jours pour un cardiologue, 90 pour un ophtalmo, les délais s’envolent
Une étude Doctolib-Fondation Jean-Jaurès publiée le 19 mai 2026 place la Manche parmi les départements les plus en tension pour l'accès aux spécialistes.
Cardiologue, ophtalmologue, psychiatre les délais d'attente pour obtenir un rendez-vous en Manche dépassent largement les moyennes nationales, selon l'étude « Cartes de France 2026 de l'accès aux soins » publiée le 19 mai 2026. Derrière les chiffres, un déficit structurel de près de 200 spécialistes que la CPAM locale peine à combler.
Cardiologue, ophtalmologue, psychiatre : les délais d’attente pour obtenir un rendez-vous en Manche dépassent largement les moyennes nationales, selon l’étude « Cartes de France 2026 de l’accès aux soins » publiée le 19 mai 2026. Derrière les chiffres, un déficit structurel de près de 200 spécialistes que la CPAM locale peine à combler.
L’essentiel
- Cardiologie : 130 jours de délai médian en Manche, contre 42 jours au niveau national - une dégradation de +45 jours entre 2023 et 2025.
- Ophtalmologie : 90 jours d’attente en Manche, contre 21 jours nationalement.
- Psychiatrie : 35 jours en Manche, contre 15 jours au niveau national.
- Déficit : environ 200 spécialistes manquants dans le département fin 2025, selon la CPAM de la Manche.
- Source : étude Doctolib - Fondation Jean-Jaurès, basée sur 80 000 praticiens et 234 millions de consultations en 2025.
Des chiffres trois fois au-dessus de la moyenne nationale
L’étude « Cartes de France 2026 de l’accès aux soins », publiée conjointement par Doctolib et la Fondation Jean-Jaurès le 19 mai 2026, s’appuie sur les données de plus de 80 000 praticiens libéraux et 234 millions de consultations réalisées en 2025. Pour la Manche, les résultats sont sans ambiguïté.
Le délai médian pour consulter un cardiologue atteint 130 jours, soit plus de trois fois la moyenne nationale fixée à 42 jours. Entre 2023 et 2025, ce délai s’est encore allongé de 45 jours, selon actu.fr qui cite l’étude. Pour un ophtalmologue, il faut patienter 90 jours en Manche, contre 21 jours en France. En psychiatrie, le délai médian s’établit à 35 jours, plus du double de la moyenne nationale de 15 jours.
Conséquences concrètes pour les patients
Ces délais ont des effets directs sur la prise en charge. Un patient manchois suspecté de troubles cardiaques attend plus de quatre mois avant de voir un spécialiste. En cardiologie, ce type de retard peut retarder le diagnostic d’une arythmie ou d’une insuffisance coronarienne.
En ophtalmologie, un délai de trois mois peut compromettre le suivi d’un glaucome ou d’une dégénérescence maculaire liée à l’âge. En santé mentale, trente-cinq jours d’attente pour un premier rendez-vous psychiatrique représentent un obstacle réel pour des patients en situation de crise.
Ces délais alimentent aussi une pression supplémentaire sur les urgences hospitalières et sur les médecins généralistes du département, déjà en nombre insuffisant. Le renoncement aux soins reste une conséquence documentée dans les zones de désert médical.
200 spécialistes manquants, un déficit structurel
Le manque de médecins spécialistes dans la Manche n’est pas nouveau. Fin 2025, la CPAM de la Manche estimait à environ 200 le nombre de spécialistes manquants dans le département, selon Ouest-France. Philippe Decaen, directeur de la CPAM, reconnaît une légère amélioration côté médecine générale : « Ça s’améliore doucement, mais cela va dans le bon sens. »
Le département comptait 319 médecins généralistes fin 2025, contre 310 en 2022, avec +4 installations nettes en 2025. Un progrès insuffisant : pour atteindre la densité nationale, il faudrait encore 59 généralistes supplémentaires, toujours selon Philippe Decaen.
Du côté des spécialistes, aucune amélioration significative n’est signalée. Le déséquilibre reste massif.
Contexte dans la Manche
La Manche est un département rural de Normandie, avec environ 495 000 habitants répartis sur un vaste territoire. Sa densité médicale figure parmi les plus basses de la région. Le vieillissement de la population - et donc une demande accrue en cardiologie, ophtalmologie et psychiatrie - amplifie les tensions sur une offre déjà réduite.
La question de l’accès aux soins est récurrente dans le débat local. À Carentan, un pôle France Santé a récemment été labellisé pour tenter de rapprocher l’offre médicale des habitants des zones les plus isolées. Sébastien Lecornu, ancien ministre et figure politique du département, a signalé cette initiative sur X :
Ces efforts restent ponctuels face à l’ampleur du déficit. La Manche n’est pas le seul département normand concerné : l’étude Doctolib-Fondation Jean-Jaurès souligne des tensions similaires dans les zones rurales de toute la région.
Une méthode d’enquête solide, mais des limites à noter
L’étude se base exclusivement sur les praticiens référencés sur Doctolib. Les spécialistes qui ne passent pas par cette plateforme - notamment ceux exerçant uniquement à l’hôpital public - ne sont pas comptabilisés. Les délais réels pour accéder à un cardiologue ou un ophtalmologue via le secteur hospitalier peuvent donc différer. La CPAM de la Manche n’a pas encore publié de données comparatives sur ce point.
Malgré cette réserve méthodologique, l’ordre de grandeur reste significatif : avec 80 000 praticiens et 234 millions de consultations analysées, l’étude constitue à ce jour la cartographie la plus exhaustive de l’accès aux soins en France.
La prochaine mise à jour des indicateurs de la CPAM de la Manche est attendue au second semestre 2026. Elle permettra de mesurer si les installations récentes commencent à peser sur les délais d’attente.
Sources
- actu.fr : Cardiologue, ophtalmo, psychiatre : les délais d'attente explosent dans la Manche
- ICI (France Télévisions) : Médecin généraliste, pédiatre, dermatologue : découvrez les délais de rendez-vous dans votre département
- Ouest-France Santé : Il manque 200 spécialistes. Dans la Manche, la densité médicale est toujours en souffrance, malgré un léger mieux