MaPrimeRénov’ 2026 : 3,6 milliards mais 83 000 dossiers en souffrance

Le gouvernement rouvre les aides à la rénovation énergétique avec un budget en baisse de 500 millions d'euros, alors que des dizaines de milliers de ménages attendent encore le traitement de leur dossier 2025.

MaPrimeRénov' 2026 : 3,6 milliards mais 83 000 dossiers en souffrance
Photo : MaPrimeRénov' 2026 : 3,6 milliards mais 83 000 dossiers en souffrance Illustration Alexandre Mercier / INFO.FR

83 000 dossiers bloqués, des délais dépassant 12 mois : MaPrimeRénov' rouvre avec 3,6 Mds€, mais loin des objectifs climatiques.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • 83 000 dossiers MaPrimeRénov' restaient en attente de traitement lors de la réouverture du dispositif début février 2026, intégrés dans les objectifs 2026.
  • La France vise 8,8 millions de pompes à chaleur installées d'ici 2030 (PPE3), contre environ 1,5 million aujourd'hui.
  • Après la réforme du DPE de 2025, 400 000 logements sont sortis des catégories F et G, réduisant mécaniquement le nombre de passoires thermiques.
  • Le gouvernement vise 2 millions de logements construits ou rénovés d'ici 2030, mais les moyens alloués à MaPrimeRénov' restent deux fois inférieurs à la trajectoire de la SNBC.

Marie C. a déposé son dossier de rénovation d’ampleur en janvier 2025, accompagné d’un Mon Accompagnateur Rénov’. Plus d’un an après, elle attend toujours. « Je viens de recevoir un mail m’indiquant qu’ils en sont à regarder les dossiers déposés en août 2024. Je suis à bout et tout le monde s’en fout », témoigne-t-elle auprès d’Ouest-France. Son cas n’est pas isolé : 83 000 ménages partagent cette situation, prisonniers d’un système d’aides à la rénovation énergétique qui promet beaucoup et délivre lentement.

LES ENJEUX
Budget en recul
L'enveloppe de l'Anah perd 500 millions d'euros par rapport à 2025, à 4,4 milliards.
Retard administratif massif
83 000 dossiers déposés en 2025 n'ont toujours pas été traités au moment de la réouverture.
Objectif climatique lointain
L'objectif de 120 000 rénovations globales en 2026 reste deux fois inférieur aux 250 000 prévus par la SNBC.
3,9 millions de passoires
12,7 % des résidences principales restent classées F ou G malgré les interdictions de location.

Un dispositif suspendu, rouvert, suspendu, rouvert

Le ministre du Logement Vincent Jeanbrun avait juré de mettre fin au « stop and go » qui « perturbe tout l’écosystème ». La promesse n’a pas résisté à l’épreuve budgétaire. MaPrimeRénov’ a été suspendue au 1er janvier 2026, faute de budget voté, après avoir déjà connu deux interruptions en 2025 : une première en début d’année, une seconde entre juin et septembre pour cause de fraudes massives.

MaPrimeRénov', la valse des interruptions

    L'essentiel

    • Janvier 2025 Première suspension, reprise partielle au printemps
    • Juin-septembre 2025 Deuxième suspension pour lutter contre les fraudes
    • 1er janvier 2026 Troisième suspension, faute de budget voté
    • Février 2026 Vincent Jeanbrun annonce la réouverture dès promulgation du budget

    La réouverture, annoncée début février 2026, est conditionnée à la promulgation du budget. Le dispositif disposera de 3,6 milliards d'euros, incluant les certificats d'économie d'énergie (CEE) financés par les fournisseurs d'énergie. Le budget total de l'Anah atteint 4,4 milliards d'euros, soit 500 millions de moins qu'en 2025.

    -500 M€La baisse du budget de l'Anah entre 2025 et 2026, alors que 3,9 millions de résidences principales restent des passoires thermiques

    120 000 rénovations globales : ambition réelle ou habillage comptable ?

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    Le gouvernement affiche un objectif de 270 000 opérations pour 2026 : 150 000 travaux isolés (pompes à chaleur, fenêtres) et 120 000 rénovations globales, dont 68 000 en copropriété et 52 000 en logements individuels. La progression est réelle par rapport aux années précédentes : 70 000 rénovations globales en 2023, 91 000 en 2024, 100 000 en 2025.

    Mais un détail change la lecture de ces chiffres. Les 83 000 dossiers en souffrance de 2025 sont intégrés dans les objectifs 2026. Effy, acteur spécialisé dans la rénovation énergétique, dénonce un « tour de passe-passe » comptable. Surtout, la stratégie nationale bas carbone (SNBC) prévoit 250 000 rénovations globales par an d'ici 2035 pour tenir les engagements climatiques de la France. L'objectif 2026, même atteint, resterait deux fois inférieur à cette trajectoire. « 4,4 milliards d'euros dans le contexte actuel, c'est énorme. Peut-être pas assez pour tenir le rythme initialement envisagé, mais on est déjà au maximum des capacités financières de l'État », reconnaît une source proche du dossier citée par TF1 Info.

    Les nouvelles règles du jeu : moins d'aides, plus de conditions

    La version 2026 de MaPrimeRénov' durcit sensiblement les conditions d'accès. La priorité est donnée aux rénovations globales permettant un gain d'au moins deux classes sur le diagnostic de performance énergétique (DPE). Les plafonds de travaux sont fixés à 30 000 euros pour un gain de deux classes et 40 000 euros pour trois classes. Le bonus « sortie de passoire thermique », qui encourageait les propriétaires de logements F et G à engager des travaux, disparaît.

    Les passoires thermiques en France (2026)

    • 3,9 millions de résidences principales classées F ou G (12,7 % du parc total de 30,9 M)
    • 5,4 millions de logements au total incluant résidences secondaires et vacants (14,4 % du parc)
    • 453 000 logements G encore proposés à la location malgré l'interdiction depuis janvier 2025
    • 327 000 logements sortis des catégories F-G en un an (dont 38 % via réforme du calcul DPE)
    • 700 000 logements supplémentaires pourraient sortir de la catégorie passoire avec la réforme DPE 2026
    • 40 000 € : coût moyen d'une rénovation d'un logement classé G (Fnaim)

Les taux de prise en charge évoluent aussi : 45 % pour les revenus intermédiaires, seulement 10 % pour les ménages aisés. À partir de 2027, les propriétaires de maisons individuelles classées F ou G ne pourront plus accéder aux aides « par geste », c’est-à-dire pour des travaux ponctuels. Ils devront s’engager dans une rénovation globale ou renoncer au soutien public.

Ces restrictions interviennent alors que 453 000 logements classés G restent proposés à la location, plus d’un an après l’entrée en vigueur de l’interdiction au 1er janvier 2025.

Le parcours du combattant des ménages

Derrière les milliards et les objectifs, la réalité administrative reste un obstacle majeur. Clémentine, qui a tenté de combiner aides nationales, aides régionales et prêt à taux zéro, résume : « C’est un enfer administratif. Je ne le conseillerai à personne ! » Mickaël, lui, voit son dossier bloqué depuis des mois pour une raison absurde : un numéro de téléphone qui ne concorde pas entre le devis et la facture de l’artisan. « J’ai passé des dizaines d’appels, mon interlocuteur me donne raison à chaque fois mais derrière rien n’avance. »

Un sentiment d’impuissance partagé par des milliers de ménages français, pris en étau entre des exigences documentaires toujours plus précises et des délais de traitement qui s’allongent. Des chantiers repoussés, des artisans qui renoncent à travailler avec MaPrimeRénov’, et des ménages modestes qui abandonnent leur projet de rénovation, faute de pouvoir avancer les fonds dans l’attente du remboursement.

Infographie INFO.FR
Infographie INFO.FR

Des enjeux colossaux pour la transition énergétique française

Derrière ces témoignages se joue une bataille d’une tout autre ampleur. Le plan du Premier ministre Sébastien Lecornu, présenté le 23 janvier 2026 à Rosny-sous-Bois, vise 2 millions de logements construits ou réhabilités d’ici 2030. La troisième Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE 3), dévoilée le 12 février 2026, place la décarbonation du bâtiment au coeur de la stratégie climatique nationale. L’un de ses piliers : 8,8 millions de pompes à chaleur d’ici 2030, contre environ 1,5 million aujourd’hui.

Un objectif qui implique de multiplier le rythme annuel d’installation, de former des dizaines de milliers de techniciens, et de fluidifier radicalement les circuits d’aide. Or, pour l’instant, le compte n’y est pas. Les professionnels du secteur tirent la sonnette d’alarme : tant que l’expérience utilisateur restera aussi dégradée, les objectifs climatiques resteront lettre morte.

Sources

Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.

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