Marseille : le Marché du Soleil menacé de fermeture définitive après le réquisitoire
Le procureur Nicolas Bessone a requis la fermeture définitive du marché, temple de la contrefaçon à Marseille, à l'issue d'un procès de grande ampleur ouvert le 22 juin.
Le Marché du Soleil, institution marseillaise du bazar populaire, risque la fermeture définitive. Le procureur a requis cette peine radicale le 23 juin, au deuxième jour du procès de dix-huit prévenus jugés pour contrefaçon en bande organisée et corruption.
L’essentiel
- Fait 1 : Fermeture administrative de six mois ordonnée par le préfet le 30 janvier 2026, validée en référé le 10 avril.
- Fait 2 : Saisie record de 206 054 contrefaçons (42 M€) en février, détruites en partie le 18 juin.
- Fait 3 : Le procureur a requis la fermeture définitive le 23 juin 2026 lors du procès de 18 prévenus.
Le Marché du Soleil, vaste bazar couvert du centre-ville de Marseille, est au cœur d’un procès hors norme. Ouvert le lundi 22 juin 2026 devant le tribunal correctionnel de Marseille, il oppose le parquet à 18 prévenus - propriétaire, commerçants et agents publics - accusés d’avoir transformé le lieu en plaque tournante de la contrefaçon à grande échelle.
Deux ans d’enquête préfectorale
L’affaire s’inscrit dans le prolongement d’une enquête administrative menée par la préfecture des Bouches-du-Rhône. Le préfet Jacques Witkowski a ordonné le 30 janvier 2026 la fermeture administrative temporaire du marché pour une durée de six mois, conformément à l’article L. 3332-15 du code de la santé publique. La société propriétaire AMG Promotion a contesté cette décision devant le tribunal administratif de Marseille, qui a rejeté son recours en référé le 10 avril 2026, validant ainsi la mesure.
Selon le rapport d’enquête préfectoral, deux tiers des 182 boxes du marché abriteraient des activités illégales, principalement la vente de contrefaçons de marques de luxe. Les douanes ont mené une opération d’envergure début février 2026 : sur 182 boxes du marché, environ 121 abriteraient des activités illégales. Les agents ont saisi 206 054 articles contrefaits, pour une valeur estimée à 42 millions d’euros, un record dans la région.
Le 18 juin, une partie de ces marchandises a été détruite publiquement à la caserne de la Joliette à Marseille, en présence des autorités douanières.
Des saisies records et une destruction publique
Les douaniers ont saisi des milliers de vêtements, accessoires, chaussures et maroquinerie contrefaisant des marques comme Louis Vuitton, Gucci ou Nike. L’estimation de 42 millions d’euros correspond à la valeur neuve des articles authentiques. Les contrevenants risquent des peines correctionnelles pouvant aller jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 750 000 euros d’amende.
La destruction du stock a eu lieu le 18 juin à la caserne de la Joliette, sous la supervision des douanes. Les images diffusées par les médias locaux montrent des montagnes de vêtements et d’accessoires broyés dans des compacteurs.
Le procès : 18 prévenus à la barre
Le procès ouvert le 22 juin 2026 devant la 5e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Marseille a débuté par l’audition du propriétaire, Georges Dahan, 81 ans. Selon le média Maritima, il a plaidé le « dépassement » face à l’essor de la fraude, affirmant ne pas avoir pu contrôler l’ampleur du trafic. Il est poursuivi pour contrefaçon en bande organisée, blanchiment et extorsion.
Parmi les autres prévenus figurent trois policiers municipaux et une fonctionnaire de la préfecture, accusés de corruption passive et de complicité. Selon les sources judiciaires, ils auraient moyennant des sommes d’argent fermé les yeux sur les activités illicites ou facilité l’installation de commerçants irréguliers.
Le procureur Nicolas Bessone a requis, le 23 juin, la fermeture définitive du Marché du Soleil. Dans son réquisitoire, il a qualifié le lieu de « temple de la contrefaçon » et estimé que la seule fermeture administrative était insuffisante. Le parquet a également demandé la confiscation du bâtiment appartenant à AMG Promotion, une procédure exceptionnelle.
Contexte dans les Bouches-du-Rhône
Les Bouches-du-Rhône comptent 2,1 millions d’habitants et Marseille en est la préfecture. Le Marché du Soleil, installé dans le quartier Belsunce depuis 1974, est un lieu emblématique du commerce populaire marseillais, connu pour ses produits à bas prix. Mais il est aussi régulièrement pointé du doigt pour la vente d’articles contrefaits.
Cette affaire intervient dans un contexte de lutte renforcée contre la contrefaçon dans la métropole marseillaise. En 2024, les douanes locales avaient déjà saisi plus de 120 000 articles contrefaits, mais jamais avec une telle ampleur. La procédure en cours pourrait faire jurisprudence pour d’autres marchés similaires dans la région.
Prochaines étapes
Le procès doit se poursuivre jusqu’à la fin de la semaine. Les plaidoiries de la défense sont attendues pour les 25 et 26 juin. Le tribunal mettra ensuite son jugement en délibéré. Si la fermeture définitive est prononcée, le Marché du Soleil sera définitivement vidé de ses commerces. Les bâtiments pourraient être confisqués et revendus.