Maripasoula : le calvaire des habitants face aux vols annulés et aux listes d’attente
Dans la plus grande commune de France, la desserte aérienne chaotique isole les résidents. Témoignages d'un abandon vécu au quotidien.
À Maripasoula, les habitants dénoncent une situation intenable. Annulations de vols répétées, listes d'attente interminables et silence des compagnies aériennes transforment chaque déplacement en parcours du combattant. La CTG annonce des projets d'amélioration, sans calendrier précis.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Maripasoula, plus grande commune de France, subit des annulations fréquentes de vols et des listes d'attente interminables
- Un résident a attendu trois jours pour un vol, avec 75 € de frais supplémentaires et une nuit d'hôtel
- La CTG a consacré 13,5 millions d'euros au transport aérien de passagers en 2025, pour plus de 60 000 passagers entre juillet 2025 et juillet 2026
- Les compagnies Guyane Express Fly et Van Air n'ont pas répondu aux sollicitations des journalistes
- Des projets d'ouverture nocturne des aérodromes sont annoncés par la CTG, sans calendrier précis
À Maripasoula, commune la plus vaste de France située en zone isolée de Guyane, la desserte aérienne tourne au cauchemar. Annulations fréquentes, listes d’attente saturées et silence des compagnies Guyane Express Fly et Van Air : les habitants se sentent abandonnés.
Attendre des jours pour un vol
Alain, résident dont le prénom a été modifié, a patienté trois jours pour obtenir un vol. Il a dû acheter un billet « open », le montant à débourser pour un excédent de bagages n’est pas uniformément de 75 € supplémentaires et payer une nuit d’hôtel. « On ne sait jamais si on va partir », confie-t-il à La 1ère.
Arnaud Ablanc, entrepreneur local, décrit un rituel épuisant : se présenter dès 6 h du matin à l’aéroport pour s’inscrire en liste d’attente, parfois plusieurs jours consécutifs. « On nous a complètement lâché ! », dénonce-t-il. Pour lui, c’est une atteinte à la liberté de circulation.
Le silence des compagnies
Guyane Express Fly et Van Air, les deux compagnies qui desservent Maripasoula, n’ont pas répondu aux sollicitations des journalistes de La 1ère. Ce mutisme aggrave le sentiment d’isolement des habitants, privés d’explications sur les annulations et les retards.
Van Air, compagnie tchèque, a pourtant débuté ses rotations vers Maripasoula le 29 août 2025, selon Radio Péyi. Son arrivée avait été retardée par des obstacles administratifs avec la Collectivité Territoriale de Guyane (CTG), qui réclamait des procédures opérationnelles d’accueil et un planning transmis. L’ouverture du ciel guyanais à Van Air visait à pallier les carences après la faillite d’Air Guyane, mais la coordination reste fragile.
La CTG annonce des projets
Chester Léonce, vice-président de la CTG, indique que des projets sont en cours pour ouvrir les aérodromes de nuit et permettre l’accueil d’appareils de type ATR. L’objectif : augmenter le nombre de rotations et de passagers. Aucun calendrier précis n’a été communiqué.
Le budget 2025 de la CTG pour le transport aérien n’est pas publiquement chiffré à 13,5 millions d’euros pour les passagers et 2,5 millions pour le fret. Entre juillet 2025 et juillet 2026, moins de 60 000 passagers ont emprunté ces liaisons, selon la CTG. Un trajet aller-retour Cayenne-Maripasoula ne coûte pas entre 450 et 500 €, subventionné à 80 % par la collectivité.
Contexte dans la Guyane
Maripasoula est la plus grande commune de France par sa superficie, située dans une zone très isolée accessible principalement par voie aérienne, rappelle La 1ère Franceinfo. Cette enclave géographique rend la population particulièrement vulnérable aux défaillances de la desserte aérienne.
La Guyane, département ultramarin français, compte plusieurs communes de l’intérieur dont l’accès dépend entièrement de l’avion ou de la pirogue. La fiabilité du transport aérien y conditionne l’accès aux services essentiels : santé, éducation, commerce. Les habitants de Maripasoula vivent cette instabilité comme une rupture de la continuité territoriale, notion pourtant garantie par l’État.
Un isolement qui pèse
Pour les résidents, chaque déplacement devient un pari. Les billets « open » permettent de voyager sans date fixe, mais leur coût s’ajoute aux frais d’attente. Les habitants dénoncent un système qui les prive de mobilité et entrave leur vie professionnelle et familiale.
La situation actuelle contraste avec l’ambition affichée lors de l’ouverture à la concurrence. La multiplication des acteurs devait améliorer le service. Sur le terrain, les habitants ne constatent aucune amélioration. Les projets d’infrastructures de la CTG tardent à se concrétiser, et les compagnies restent silencieuses.
Les habitants de Maripasoula attendent des engagements concrets et un calendrier précis pour sortir de cette impasse. En attendant, les listes d’attente s’allongent à l’aéroport.