Mark Carney scelle à Ankara le réarmement canadien et un virage stratégique
Le Premier ministre canadien a franchi à Ankara le seuil des 2 % du PIB en défense et lancé une banque militaire multilatérale, première visite officielle au sommet turc depuis 2015
Mark Carney a profité du Sommet de l'OTAN à Ankara (6-8 juillet) pour officialiser la bascule budgétaire canadienne 2 % du PIB consacrés à la défense, une première depuis la chute du Mur de Berlin. Entre négociations commerciales avec Erdoğan et partenariat satellitaire pour l'Arctique, Ottawa redessine son positionnement stratégique.
L’essentiel
- Budget historique : le Canada atteint 2 % de son PIB en dépenses de défense, une première depuis 1989
- Banque militaire : création de la DSRB (Banque pour la défense, la sécurité et la résilience) avec dix-huit pays alliés
- Première visite : Mark Carney est le premier Premier ministre canadien à se rendre en Turquie depuis 11 ans
- Arctique sécurisé : accord de principe avec Telesat pour un réseau satellitaire militaire Lightspeed
Un seuil franchi après 35 ans
Le chiffre marque une rupture. Pour la première fois depuis la chute du Mur de Berlin, Ottawa consacre 2 % de son PIB à la défense, selon le ministère de la Défense nationale. Mark Carney a présenté cette bascule budgétaire lors du Sommet de l’OTAN à Ankara, qui s’est tenu du 7 au 8 juillet. Face aux journalistes, le Premier ministre a reconnu la pression américaine : les alliés augmentent leurs dépenses parce que Donald Trump a gagné l’argument sur le partage du fardeau, a-t-il déclaré selon The Canadian Press.
Cette hausse se traduit par des engagements concrets. Le Canada a annoncé la livraison de munitions et de véhicules blindés à l’Ukraine, poursuivant l’assistance militaire amorcée en 2022. Un contrat avec le constructeur naval allemand TKMS prévoit l’acquisition de 12 sous-marins, renforçant la capacité de surveillance des eaux arctiques.
Une banque pour mutualiser les budgets de défense
Mark Carney a dévoilé à Ankara la création de la Banque pour la défense, la sécurité et la résilience (DSRB), soutenue par huit pays partenaires dont le Danemark, la Finlande, l’Allemagne et les Pays-Bas, selon Breaking Defense. L’institution vise à financer des projets de défense commune et à mutualiser les achats d’équipements entre alliés. Le Premier ministre a rencontré le Secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte ainsi que le président ukrainien pour coordonner cette initiative, selon le Bureau du Premier ministre.
Cette structure financière inédite répond à une volonté d’optimiser les dépenses militaires au sein de l’Alliance. Elle permettra notamment de financer des programmes conjoints de recherche et développement, ainsi que des acquisitions groupées de matériel.
Premier déplacement officiel en Turquie depuis 2015
La visite de Mark Carney à Ankara revêt une dimension symbolique : c’est la première fois qu’un Premier ministre canadien se rend en Turquie depuis 11 ans, selon l’agence Anadolu. Les relations bilatérales avaient été mises sous tension par le dossier arménien et les divergences sur la Syrie. Le déplacement marque un réchauffement pragmatique.
Mark Carney et le président Recep Tayyip Erdoğan ont convenu du lancement de négociations pour un accord de libre-échange bilatéral, selon le Bureau du Premier ministre. Les deux dirigeants ont également évoqué la coopération industrielle dans le secteur aérospatial et la défense. La Turquie fabrique des drones Bayraktar et cherche à diversifier ses partenaires technologiques au sein de l’OTAN.
L’Arctique au cœur de la stratégie canadienne
Le Premier ministre a scellé un accord de principe avec Telesat pour utiliser le réseau satellitaire Lightspeed afin de sécuriser les communications militaires en Arctique, selon le Bureau du Premier ministre. Ce partenariat répond à l’intensification de la présence russe et chinoise dans la région. Les satellites en orbite basse permettront une couverture permanente des zones arctiques, jusqu’alors mal desservies.
Le réseau Lightspeed, développé par l’entreprise canadienne Telesat, doit être opérationnel d’ici 2027. Il complètera les capacités de surveillance terrestres et maritimes déployées par les Forces armées canadiennes dans le Grand Nord. La fonte des glaces ouvre de nouvelles routes maritimes et intensifie les enjeux de souveraineté sur le passage du Nord-Ouest.
Contexte au Canada
Le réarmement canadien s’inscrit dans un contexte de pressions croissantes au sein de l’Alliance atlantique. Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, les États-Unis exigent que les alliés européens et le Canada respectent l’objectif des 2 % du PIB fixé en 2014. Ottawa avait longtemps stagné autour de 1,4 %, suscitant des critiques de Washington.
Le Canada compte 39 millions d’habitants et dispose de la neuvième économie mondiale. Son armée compte environ 68 000 militaires actifs. Le pays partage avec les États-Unis la responsabilité de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord via le NORAD (Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord), créé en 1958. Le gouvernement Carney, élu en octobre 2025, a fait du réinvestissement militaire une priorité, arguant de la menace russe en Arctique et de l’instabilité géopolitique mondiale.
Prochaines étapes diplomatiques
Mark Carney doit poursuivre sa tournée européenne avec des étapes prévues à Bruxelles et Berlin pour finaliser les modalités opérationnelles de la DSRB. Les négociations commerciales avec la Turquie entreront dans une phase technique dès septembre. Côté militaire, les premiers sous-marins commandés à TKMS ne seront livrés qu’à partir de 2030, selon les estimations du constructeur.