Maroc : le journaliste Ali Lmrabet libéré après trois jours de garde à vue
Le journaliste franco-marocain, arrêté le 12 juillet à Tanger, a été remis en liberté à Casablanca ce 15 juillet en attendant les conclusions de l'enquête pour diffamation.
Ali Lmrabet, 66 ans, figure critique du régime marocain, a été libéré le 15 juillet après trois jours de garde à vue. Interpellé à son retour d'Espagne, il est poursuivi pour diffamation et diffusion de fausses informations. L'enquête se poursuit.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Ali Lmrabet, 66 ans, a été interpellé le 12 juillet 2026 à l'aéroport de Tanger et transféré à Casablanca.
- Il a été remis en liberté le 15 juillet après trois jours de garde à vue, l'enquête pour diffamation se poursuit.
- Reporters sans frontières, le CPJ et la FIJ ont appelé à sa libération immédiate.
- Le journaliste avait été interdit d'exercer au Maroc entre 2005 et 2015 pour diffamation.
- Le Maroc occupe la 144e place mondiale pour la liberté de la presse selon RSF.
Le journaliste franco-marocain Ali Lmrabet a été remis en liberté ce mercredi 15 juillet à Casablanca après trois jours de garde à vue, selon le parquet près le tribunal correctionnel de la ville. L’interpellation, survenue le 12 juillet à l’aéroport de Tanger, a suscité de vives réactions internationales et ravivé les débats sur la liberté de la presse au Maroc.
Arrestation à Tanger après plusieurs années d’absence
Ali Lmrabet, 66 ans, résidant à Barcelone, a été interpellé à son arrivée à l’aéroport de Tanger sur la base de plusieurs avis de recherche. Les chefs d’accusation retenus : diffusion de fausses informations, atteinte aux institutions, et propos diffamatoires à l’encontre de personnes et d’institutions, selon le parquet. Après son interpellation, le journaliste a été transféré à la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) de Casablanca pour les besoins de l’enquête.
Deux ordinateurs, une clé USB et un téléphone portable ont été saisis lors de son arrestation. Le matériel lui a été restitué lors de sa libération, précise Médias24.
Libération après examen du dossier
Le parquet a annoncé la remise en liberté d’Ali Lmrabet après audition et examen des éléments du dossier. L’enquête se poursuit toutefois, dans l’attente de conclusions et d’expertises techniques concernant les faits reprochés, indique le communiqué officiel relayé par Le1.ma et TelQuel.
La libération intervient après une garde à vue prolongée de 24 heures. Le journaliste reste sous le coup de la procédure judiciaire, sans date d’audience connue à ce stade.
Réactions internationales et appels à la libération
L’arrestation d’Ali Lmrabet a provoqué une mobilisation rapide des organisations de défense de la presse. Reporters sans frontières (RSF), le Committee to Protect Journalists (CPJ) et la Fédération internationale des journalistes (FIJ) ont appelé à sa libération immédiate, dénonçant une atteinte à la liberté d’expression.
Le CPJ a publié un communiqué exprimant son inquiétude face à cette arrestation, soulignant l’historique de poursuites judiciaires visant le journaliste. La FIJ a rappelé que les accusations pour diffamation sont souvent utilisées pour museler les voix critiques dans plusieurs pays.
Le cas Lmrabet résonne particulièrement en France, où la protection des journalistes et la liberté de la presse sont des sujets sensibles. L’arrestation d’un binational franco-marocain pour des propos critiques pose la question de la sécurité des journalistes exerçant depuis l’étranger.
Un parcours marqué par les démêlés judiciaires
Ali Lmrabet n’en est pas à son premier conflit avec les autorités marocaines. En 2003, il avait été condamné à une peine de prison pour outrage au roi, selon L’Orient-Le Jour. Entre 2005 et 2015, il s’est vu interdire d’exercer le journalisme pendant dix ans pour diffamation.
Après cette interdiction, le journaliste a poursuivi son activité depuis l’Espagne, où il réside. Il s’est imposé comme une voix critique du régime, notamment via les réseaux sociaux et des tribunes dans la presse internationale. Son retour au Maroc, après plusieurs années d’absence, marque un tournant dans sa relation avec son pays d’origine.
Contexte au Maroc : liberté de la presse sous pression
Le Maroc occupe la 120e place sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse 2025 établi par RSF. L’organisation pointe régulièrement les poursuites judiciaires, les intimidations et les restrictions visant les journalistes critiques dans le royaume.
Plusieurs affaires récentes ont alimenté les critiques internationales. Les accusations de diffamation et de diffusion de fausses informations sont des leviers juridiques fréquemment mobilisés contre les voix dissidentes, selon les ONG. Le cas Lmrabet s’inscrit dans une série de tensions entre les autorités et les médias indépendants.
Pour la France, le Maroc reste un partenaire stratégique en Afrique du Nord, mais les questions de droits humains et de liberté d’expression demeurent des sujets de friction diplomatique.
La suite de l’affaire reste incertaine
L’enquête en cours devrait déterminer si des charges formelles seront retenues contre Ali Lmrabet. Aucun calendrier judiciaire n’a été communiqué par le parquet de Casablanca. Les expertises techniques sur le matériel saisi pourraient jouer un rôle clé dans la suite de la procédure.
Les organisations de défense de la presse restent mobilisées et surveillent de près l’évolution du dossier. La libération du journaliste ne clôt pas le débat sur la liberté d’expression au Maroc, qui continue de diviser opinion publique et autorités.