Maroc : patrimoine en hausse, endettement record des ménages en 2025
Le 13ème rapport sur la stabilité financière révèle une consolidation contrastée croissance soutenue et inflation maîtrisée, mais dette des ménages à son plus haut niveau depuis 2012.
Les ménages marocains affichent un patrimoine financier de 1.192 milliards de dirhams en 2025, porté par une croissance de 4,9 % et une inflation limitée à 0,8 %. Mais l'endettement atteint 456 milliards de dirhams, soit 27 % du PIB, avec un taux de défaut à 10,3 %, selon le rapport annuel publié conjointement par Bank Al-Maghrib, l'ACAPS et l'AMMC.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Le patrimoine financier des ménages marocains a atteint 1.192 milliards de dirhams en 2025, soutenu par une croissance de 4,9 % et une inflation de 0,8 %.
- L'endettement des ménages a bondi à 456 milliards de dirhams, soit 27 % du PIB, sa plus forte hausse depuis 2012.
- Le taux de défaut des ménages s'élève à 10,3 %, révélant des fragilités malgré les aides publiques.
- 1,47 million de foyers ont bénéficié de 18,2 milliards de dirhams via le programme de soutien social direct en 2025.
Le Maroc présente un bilan économique en demi-teinte pour 2025. D’un côté, le patrimoine financier des ménages progresse, soutenu par une croissance robuste et une inflation maîtrisée. De l’autre, l’endettement des foyers explose, atteignant son plus haut niveau depuis plus d’une décennie. Ce paradoxe transparaît dans le 13ème rapport annuel sur la stabilité financière, publié ce lundi par Bank Al-Maghrib, l’Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale (ACAPS) et l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC).
Un patrimoine financier consolidé à 1.192 milliards de dirhams
Les ménages marocains ont vu leur patrimoine financier atteindre 1.192 milliards de dirhams en 2025, selon le rapport des trois autorités de régulation. Cette progression s’inscrit dans un contexte économique favorable : la croissance nationale a atteint 4,9 %, portée par le redressement du secteur agricole et la vigueur des activités non agricoles, d’après les données de Bank Al-Maghrib et du Haut-Commissariat au Plan.
L’inflation, qui avait pesé sur le pouvoir d’achat les années précédentes, a nettement reflué. Elle s’est limitée à 0,8 % en moyenne annuelle, marquant un retour à la stabilité des prix. Cette accalmie a permis aux ménages de reconstituer une partie de leur épargne et de maintenir leur consommation.
Endettement record à 456 milliards de dirhams
Mais ce tableau s’assombrit lorsqu’on examine l’endettement des ménages. Celui-ci a bondi à 456 milliards de dirhams, soit 27 % du PIB, enregistrant sa plus forte progression depuis 2012. Cette hausse est principalement tirée par les crédits à l’habitat et les prêts à la consommation, dans un contexte où de nombreux foyers ont recouru à l’emprunt pour financer leur logement ou faire face aux dépenses courantes.
Le taux de défaut des ménages demeure élevé à 10,3 %, signe que près d’un emprunteur sur dix peine à honorer ses échéances. Cette fragilité financière touche particulièrement les classes moyennes et les ménages à revenus modestes, malgré les dispositifs de soutien mis en place par les pouvoirs publics.
1,47 million de ménages bénéficiaires du soutien social direct
Pour amortir les difficultés, le Maroc a déployé en 2025 un programme massif de soutien social direct. Près de 1,47 million de foyers ont reçu des aides financières, pour un montant total de 18,2 milliards de dirhams, selon l’Agence nationale du soutien social. Ces transferts visent à compenser la pression sur les budgets des ménages et à réduire les inégalités.
Toutefois, l’ampleur de ces dispositifs souligne l’écart persistant entre les indicateurs macroéconomiques positifs et le ressenti quotidien des citoyens, confrontés à des défis structurels en matière d’emploi, de coût de la vie et d’accès au logement.
Contexte au Maroc : entre résilience et fragilités sociales
Le Maroc, pays de 38,7 millions d’habitants situé à la croisée de l’Afrique et de l’Europe, affiche une économie diversifiée où cohabitent agriculture, industrie, tourisme et services. Rabat, la capitale administrative, centralise les décisions économiques et financières. Le secteur bancaire marocain, supervisé par Bank Al-Maghrib, est considéré comme l’un des plus solides du continent, avec une présence régionale en Afrique de l’Ouest.
Pourtant, les inégalités demeurent marquées. Selon les dernières données disponibles, le taux de chômage urbain dépasse 16 %, et les jeunes diplômés peinent à trouver des emplois stables. Le logement reste un poste de dépense majeur, particulièrement dans les grandes villes comme Casablanca et Rabat, où les prix ont progressé ces dernières années.
Un équilibre fragile pour 2026
Les autorités marocaines devront conjuguer soutien à la consommation et maîtrise de l’endettement dans les mois à venir. Bank Al-Maghrib surveille de près l’évolution du crédit aux particuliers, tandis que le gouvernement poursuit ses réformes sociales. La prochaine étape sera l’extension du système de couverture sociale, qui vise à inclure davantage de travailleurs informels et de populations vulnérables.
Le défi reste de traduire la croissance macroéconomique en amélioration concrète du quotidien des ménages, dans un contexte où la pression démographique et les tensions géopolitiques régionales compliquent la donne.