Marseille 11e/12e : le maire RN accueille Éclats de Femmes, l’ancien maire LR dénonce un « parachutage »
Le conseil de secteur a voté le 23 juin un partenariat avec l'association proche de la galaxie Stérin. Sylvain Souvestre critique le refus d'expliquer la convention.
La mairie RN des 11e et 12e arrondissements de Marseille a voté, le 23 juin, l'accueil de l'association Éclats de Femmes dans ses locaux. L'ancien maire LR Sylvain Souvestre dénonce une opération de communication et un contournement des règles de la commande publique.
L’essentiel
- Fait 1 : Le 23 juin 2026, le conseil de secteur des 11e et 12e arrondissements de Marseille vote un partenariat avec l’association Éclats de Femmes.
- Fait 2 : Éclats de Femmes, fondée en octobre 2024, est liée au collectif Nemesis et à la « galaxie Stérin ».
- Fait 3 : Sylvain Souvestre, ancien maire LR du secteur, reproche au maire RN Olivier Rioult de refuser de s’expliquer sur la convention.
- Fait 4 : Olivier Rioult assure que le partenariat se fait « sans contrepartie financière », contrairement aux subventions aux associations locales selon lui.
- Fait 5 : Le maire RN n’a pas pu saisir la Chambre régionale des comptes comme il l’avait promis après son élection.
Une convention votée le 23 juin
Le conseil de secteur des 11e et 12e arrondissements de Marseille a approuvé, mardi 23 juin 2026, une convention de partenariat avec l’association Éclats de Femmes. Cette structure, fondée en octobre 2024 par Claire Geronimi - victime de viol et vice-présidente nationale de l’UDR, soutenue par l’homme d’affaires Pierre-Édouard Stérin - propose des permanences d’aide aux victimes d’agressions sexuelles. Selon Marsactu, qui a révélé l’information, la mairie de secteur met à disposition des locaux municipaux pour ces permanences.
Sur X, le journaliste Yves Souben a relayé la déclaration du maire RN Olivier Rioult : « Nous allons travailler sans contrepartie financière, contrairement aux associations politisées financées par la mairie centrale. » Le maire élu en avril 2026 insiste sur le caractère bénévole du partenariat, sans transfert de fonds publics.
Une association dans la « galaxie Stérin »
Éclats de Femmes est régulièrement rattachée, par ses détracteurs, à la mouvance identitaire du collectif Nemesis, et plus largement à la « galaxie Stérin », du nom du milliardaire catholique conservateur. Le collectif Nemesis et Éclats de Femmes ont été exclus de la marche du 8 mars 2026 pour les droits des femmes à Paris, en raison de leurs positions jugées proches du fémonationalisme. L’association a obtenu la reconnaissance d’intérêt général en 2025, ce qui lui permet de recevoir des dons défiscalisés.
Interrogée par Marsactu, la mairie de secteur n’a pas précisé les critères ayant conduit à choisir Éclats de Femmes plutôt que des associations locales d’aide aux victimes, comme le Zonta Club Marseille Provence ou l’AVAD (Aide aux victimes et à la délinquance).
Les critiques de l’ancien maire LR
Sylvain Souvestre, ancien maire LR des 11e et 12e arrondissements (2020-2026), a vivement réagi sur X. Il dénonce un « parachutage » d’une association parisienne et un refus de son successeur de répondre à ses questions sur les conditions de la convention.
Dans un long fil, l’élu d’opposition liste plusieurs points d’alerte : le lien politique de la présidente de l’association avec l’UDR (parti d’Éric Ciotti allié au RN), l’absence de mise en concurrence pour l’utilisation des locaux municipaux, et le risque de détournement de ces locaux à des fins de communication politique. « Le maire de secteur RN du 11/12 refuse donc de s’expliquer… Déontologiquement cela pose de vraies questions », écrit-il.
Selon Sylvain Souvestre, ce partenariat pourrait contrevenir aux règles de la commande publique, même en l’absence de flux financier direct, car la mise à disposition de biens publics constitue une prestation évaluable. Il appelle la mairie centrale de Marseille à se saisir du dossier.
Contexte dans les Bouches-du-Rhône
Les mairies de secteur à Marseille disposent de compétences limitées : gestion de proximité (espaces verts, écoles, équipements de quartier). Les subventions et partenariats avec des associations relèvent habituellement de la mairie centrale ou de la Métropole Aix-Marseille-Provence. Le choix d’Olivier Rioult d’accueillir Éclats de Femmes dans ses propres locaux interroge sur le périmètre de ses prérogatives. Dans un département marqué par une forte politisation - la ville de Marseille a vu alterner mairies PS, LR puis divers droite - , ce nouvel épisode illustre les tensions entre le secteur RN et l’exécutif municipal central dirigé par Benoît Payan (DVG).
À l’échelle des Bouches-du-Rhône, plusieurs collectivités ont récemment fait l’objet de contrôles de la Chambre régionale des comptes pour des conventions d’occupation du domaine public. Le maire Rioult avait lui-même promis, lors de sa campagne, de saisir la CRC pour vérifier la gestion de son prédécesseur. Mais selon Marsactu, il n’a pas donné suite à cet engagement.
Le maire RN reste silencieux
Contacté par Marsactu et La Marseillaise, Olivier Rioult n’a pas souhaité apporter d’éléments complémentaires sur les modalités de la convention. La mairie de secteur n’a pas communiqué de texte officiel ni d’avenant au public. Le maire RN se contente de renvoyer à sa déclaration lors du conseil de secteur : un partenariat « utile aux femmes victimes de violences » et « sans argent public ». L’absence de précisions alimente les soupçons de ses opposants, qui réclament la publication de la convention et un débat public sur le choix de cette association.
Prochaine étape : la prochaine réunion du conseil de secteur, prévue en septembre 2026, où une motion d’opposition pourrait être déposée pour demander un rapport détaillé.