Marseille : destruction symbolique de 200 000 contrefaçons, 18 personnes jugées le 22 juin
Les autorités ont mis en scène l’écrasement d’un échantillon des saisies record du Marché du Soleil, place forte de la contrefaçon fermée depuis février.
Jeudi 18 juin, à la caserne des douanes de la Joliette, un camion déchiqueteur a broyé quelques centaines d’articles saisis au Marché du Soleil. Une opération symbolique précédant le procès de 18 prévenus, lundi 22 juin, pour trafic en bande organisée.
L’essentiel
- 206 054 marchandises contrefaisantes saisies en février 2026 au Marché du Soleil, valeur estimée 42 millions d’euros.
- 18 personnes poursuivies pour détention, production, vente en bande organisée, blanchiment et corruption. Procès le 22 juin.
- Fermeture administrative du marché pour six mois, fondée sur la loi narcotrafic du 13 juin 2025, confirmée par le tribunal administratif.
- 15 machines à coudre et 2 presses à floquer saisies affectées à la réinsertion des détenus via l’ATIGIP.
- 1 milliard d’euros de taxes perdues chaque année, 38 000 emplois détruits selon l’UNIFAB.
Ce qui s’est passé
Jeudi 18 juin, peu avant 10 heures, un camion déchiqueteur a broyé une partie des marchandises saisies depuis février au Marché du Soleil, à Marseille. L’opération, organisée à la caserne des douanes de la Joliette, était symbolique : seuls quelques centaines d’articles ont été détruits, les 350 palettes stockées devant être traitées ultérieurement.
Étaient présents le procureur de la République Nicolas Bessone, la préfète déléguée Corinne Simon, les douanes, l’Union des fabricants (UNIFAB) et l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC). Delphine Sarfati-Sobreira, directrice générale d’UNIFAB, a rappelé que la contrefaçon coûte chaque année un milliard d’euros de taxes à l’État et détruit 38 000 emplois en France (source : France 3 Provence-Alpes).
Les produits détruits comprenaient des vêtements, des sacs de luxe, des baskets et des étiquettes prêtes à être cousues. S’y ajoutaient 15 machines à coudre et 2 presses à floquer, qui, elles, ont été confiées à l’ATIGIP pour fournir un travail légal aux détenus.
Une fermeture inédite fondée sur la loi narcotrafic
Le Marché du Soleil, qui existait depuis quarante ans, a été fermé administrativement le 30 janvier 2026 pour une durée de six mois. Le préfet des Bouches-du-Rhône a pris cette décision en application de l’article L.333-2 du Code de la sécurité intérieure, issu de la loi narcotrafic du 13 juin 2025. Le tribunal administratif de Marseille a confirmé la fermeture le 8 avril 2026 (source : France 3 Provence-Alpes).
La saisie record de 206 054 marchandises, estimée à 42 millions d’euros, avait été réalisée début février lors d’une vaste opération des douanes et de la police. Le procureur Nicolas Bessone a qualifié le lieu de « centre français de la marchandise contrefaisante » (source : Marsactu).
D’autres affaires judiciaires récentes illustrent la lutte contre la criminalité dans le pays, comme l’incendie volontaire à Créteil ou la condamnation des incendiaires de poubelles à Périgueux.
Les 18 prévenus devant la justice
Lundi 22 juin, 18 personnes seront jugées devant le tribunal correctionnel de Marseille. Elles sont poursuivies pour détention, production et vente de contrefaçons en bande organisée, blanchiment et corruption. Les chefs d’accusation couvrent l’ensemble de la chaîne : importation, fabrication sur place, revente à la sauvette.
L’enquête, menée par la direction régionale des douanes de Marseille, a permis d’identifier un réseau structuré qui opérait depuis plusieurs années au Marché du Soleil. Les prévenus encourent jusqu’à dix ans d’emprisonnement et 750 000 euros d’amende.
Contexte dans les Bouches-du-Rhône
Le département des Bouches-du-Rhône, et particulièrement Marseille, concentre une part importante du trafic de contrefaçon en France. Selon l’UNIFAB, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur est la deuxième zone de vente illicite après l’Île-de-France. Le Marché du Soleil, situé dans le 14e arrondissement, était devenu un lieu emblématique de ce commerce parallèle, attirant des clients de toute la métropole.
La fermeture administrative, une première pour un marché de cette ampleur, est présentée par les autorités comme un test de la loi narcotrafic. Le procureur Bessone a indiqué que ce type d’outil pourrait être utilisé à l’avenir contre d’autres marchés ou commerces impliqués dans des activités illicites (source : Le Figaro).
L’économie marseillaise, marquée par un taux de chômage supérieur à la moyenne nationale, est fragilisée par ces réseaux qui échappent à toute fiscalité. La destruction de jeudi a aussi visé à envoyer un message aux contrevenants : l’État entend récupérer les avoirs criminels.
Prochaine étape : le procès du 22 juin
L’audience est prévue pour durer plusieurs jours. En cas de condamnation, les peines devraient être prononcées avant la fin du mois. Le parquet de Marseille a requis une attention particulière sur les infractions de blanchiment, qui permettent de saisir les biens acquis grâce au trafic.
Les 15 machines à coudre et 2 presses, affectées à l’ATIGIP, seront installées dans des ateliers pénitentiaires où des détenus seront formés à la confection légale. Une petite victoire pour l’AGRASC, qui reverse chaque année des millions d’euros aux caisses de l’État.
Sources
- AGRASC : Non à la contrefaçon, oui à l'affectation
- France 3 Provence-Alpes : Une économie parallèle qu'on ne peut plus laisser prospérer
- Marsactu : Marché du Soleil : les autorités mettent en scène la destruction des articles contrefaits
- Le Figaro : La grande destruction des saisies du marché du Soleil