Matteo Jorgenson malade et masqué : le Tour vire au cauchemar
L'Américain lutte contre une maladie depuis plusieurs jours, isolé de ses coéquipiers par précaution
Masque sur le visage, voiture séparée, repas en solitaire Matteo Jorgenson termine 164e de l'étape 11. L'Américain de 27 ans se bat contre une maladie non identifiée qui le cloue loin de son niveau.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Matteo Jorgenson malade depuis plusieurs jours, isolé de ses coéquipiers Visma par précaution
- Termine 164e de l'étape 11, son pire classement en carrière, à 2'12" du vainqueur
- Chute la veille dans la descente du Puy Mary, perdant 13 minutes
- 27e au général, à plus de 45 minutes du maillot jaune Tadej Pogačar
- Avait terminé 8e du Tour de France 2024, cette édition vire au cauchemar
Le van s’arrête à l’écart du bus d’équipe. Matteo Jorgenson en descend seul, masque sur le nez, un bandage visible. Autour, ses coéquipiers Visma | Lease a Bike arrivent ensemble, rient, se tapent dans le dos. Lui reste à distance. Vichy, départ de la 11e étape - 15 juillet 2026. La consigne est claire: ne contaminer personne.
Marc Reef - directeur sportif, confirme que l’Américain de 27 ans se sent « un peu patraque ». Traduction: malade depuis plusieurs jours - suffisamment pour justifier l’isolement. « Nous le mettons à l’écart, principalement par précaution » - précise-t-il. La nature exacte de l’affection? « Difficile d’en dire plus ». Jorgenson mange seul, voyage seul, dort probablement seul. Jonas Vingegaard - son leader, porte lui aussi un masque pour éviter la contagion.
Le résultat suit. Sur l’étape 11, Jorgenson franchit la ligne 164e sur 174 coureurs - à 2 minutes et 12 secondes du vainqueur. Au général, il pointe désormais à la 27e place - à plus de 45 minutes du maillot jaune Tadej Pogačar. Loin, très loin de la 8e place qu’il avait décrochée sur le Tour 2024.
La chute, puis la fièvre
La veille, 14 juillet - Jorgenson avait chuté dans la descente du Puy Mary lors de la 10e étape. 13 minutes perdues. Une chute de plus dans une saison déjà marquée par une fracture de la clavicule en avril à l’Amstel Gold Race - qui l’avait privé des classiques ardennaises. Mais cette fois, ce n’est pas seulement le corps qui trinque. C’est l’organisme entier qui lâche.
« C’est un Tour de France difficile; je ne me souviens pas immédiatement d’une édition plus dure » - avait-il déclaré quelques jours plus tôt. La chaleur de la première semaine l’avait déjà mis à genoux. « La chaleur a un très mauvais effet sur moi ». Après avoir joué un rôle clé dans la victoire de son équipe lors du contre-la-montre par équipes de la première étape - il avait perdu pied. Trop chaud, trop dur, trop tôt.
Un corps qui refuse depuis des années
Ce n’est pas la première fois que le corps de Jorgenson le trahit. En 2021 - après Paris-Roubaix, il avait contracté une infection bactérienne grave. Problèmes d’estomac sévères, semaines d’arrêt. En 2019 - une grave blessure à la jambe. Début 2022 - une déchirure aux ischio-jambiers. Et maintenant, cette maladie fantôme sur le Tour 2026.
Ce passé médical chargé explique en partie la prudence extrême de Visma. Jorgenson n’est pas un coureur qui se plaint pour rien. Quand il parle de chaleur insupportable, quand il perd 13 minutes sur une chute, quand il termine 164e d’une étape, c’est que le réservoir est vide. Son historique de rechutes et d’infections graves impose à l’équipe une gestion précautionneuse: mieux vaut l’isoler maintenant que risquer une aggravation qui le sortirait définitivement du Tour.
Rester debout pour Vingegaard
« Nous verrons comment cela évolue » - conclut Marc Reef. Traduction: on ne sait pas s’il va tenir. Deux étapes faciles arrivent mercredi et jeudi, une fenêtre de récupération avant les Pyrénées. Mais pour l’instant, Jorgenson roule à vide. Son job: soutenir Jonas Vingegaard - deuxième au général à 3’36 » de Pogačar. Difficile d’aider quand on peine déjà à suivre le peloton.
La contradiction est là, brutale: Jorgenson est suffisamment malade pour justifier un isolement strict, mais pas assez pour abandonner. Il termine les étapes, avalant les kilomètres sans se plaindre publiquement, parce que Vingegaard a besoin de chaque coéquipier disponible dans la bataille pour le podium. Cette tension entre l’état réel du coureur et les impératifs tactiques de l’équipe illustre la logique implacable du Tour: on roule tant qu’on peut se tenir sur un vélo, même à vide, même masqué, même seul.
Aucun protocole officiel, des mesures à géométrie variable
L’image du coureur masqué, séparé de ses coéquipiers, rappelle une réalité que le cyclisme préfère oublier: la fragilité sanitaire du peloton. Pas de protocole officiel imposé par l’UCI, pas de test obligatoire, juste des mesures de bon sens prises par les équipes. Visma isole Jorgenson. D’autres formations laissent leurs malades rouler au contact. Arnaud De Lie avait manqué la présentation des équipes du Tour 2026 pour des problèmes d’estomac. Torstein Traeen - survivant du cancer, porte le maillot jaune sur ce même Tour. La maladie circule, invisible, dans un sport qui valorise la souffrance et punit la faiblesse.
L’UCI laisse chaque équipe gérer ses malades comme elle l’entend, sans directive commune. Le masque de Jorgenson et Vingegaard n’est qu’une initiative locale, pas une norme. Si un coureur contagieux décide de rouler sans précaution, rien ne l’en empêche.
Jorgenson roule. Il finit les étapes. Il ne se plaint pas publiquement. Mais les chiffres parlent: 164e - 27e - +45 minutes. Le van s’éloigne. Le masque reste en place. Le Tour continue.
Sources
Voir le détail de chaque fait sourcé (8)
« une maladie qui le touche depuis plusieurs jours »
cyclismactu.net ↗ ↩
« Cette situation compromet sa capacité à soutenir pleinement son leader Jonas Vingegaard, qui occupe la deuxième place au classement général. »
cyclingweekly.com ↗ ↩
« Il a ajouté que l'équipe le "mettait à l'écart, principalement par précaution", et qu'il était "difficile d'en dire plus sur cette [maladie]". »
idlprocycling.com ↗ ↩
« Jonas VINGEGAARD. + 3'36" »
cyclismactu.net ↗ ↩
« Il a terminé la 11e étape à la 164e position, à 2 minutes et 12 secondes du vainqueur d'étape, ce qui représente son plus mauvais classement dans une course professionnelle. »
escapecollective.com ↗ ↩
« Cette année 2026 a été difficile pour Jorgenson, marquée également par une fracture de la clavicule en avril et une épidémie de maladie au sein de son équipe en juin lors du Tour Auvergne-Rhône-Alpes. »
velo101.com ↗ ↩
« Plus tôt dans sa carrière, en 2021, il a contracté une infection bactérienne grave après Paris-Roubaix, attribuée à des "bactéries animales" dans son sang, provoquant de sévères problèmes d'estomac. »
procyclinguk.com ↗ ↩
« Il a également souffert d'une grave blessure à la jambe en 2019 et d'une déchirure aux ischio-jambiers début 2022. »
procyclinguk.com ↗ ↩
Sources
- Matteo Jorgenson loin de son niveau, malade depuis plusieurs jours
- Matteo Jorgenson fights through suspected illness in Tour de France
- Jorgenson battling illness and injury to stay in Tour
- Matteo Jorgenson is battling sickness, mainly as a precaution
- Matteo Jorgenson at the Tour de France 2026: role, form and tactical value
