Mayotte : les tours d’eau vont se durcir dès les prochaines semaines
La retenue de Dzoumogné à 70% de capacité et un déficit de 500 000 m³ contraignent les autorités à intensifier les restrictions
Le Comité de suivi de la ressource en eau, réuni le 6 mai 2026, a acté un renforcement des tours d'eau à Mayotte dès les prochaines semaines. La saison des pluies 2025-2026 s'est achevée avec un déficit de 10% des précipitations, pour la deuxième année consécutive. Mamoudzou et le nord de l'île sont en première ligne.
Le Comité de suivi de la ressource en eau (CSRE) s’est réuni le 6 mai 2026 pour tirer le bilan de la saison des pluies 2025-2026. Verdict : les ressources n’ont pas été suffisamment rechargées. Des coupures plus sévères sont annoncées jusqu’à la prochaine saison des pluies, affectant en priorité les communes du nord de l’île, dont Mamoudzou.
L’essentiel
- Déficit pluviométrique : -10% de précipitations sur la saison 2025-2026, deuxième année consécutive déficitaire
- Retenue de Dzoumogné : à 70% de sa capacité, soit un manque de 500 000 m³ pour couvrir la saison sèche 2026
- Tours d’eau : renforcement acté par le CSRE lors de sa réunion du 6 mai 2026, coupures plus sévères dès les prochaines semaines
- Population : 329 208 habitants au 1er janvier 2025, croissance de 4% par an - pression en hausse constante sur le réseau
- Mesure d’urgence : distribution de 10 cuves de récupération d’eau de pluie prévue dans les prochains jours
Le CSRE du 6 mai acte le durcissement
La préfecture de Mayotte a réuni le CSRE mercredi 6 mai 2026 pour évaluer l’état des ressources en eau à l’issue de la saison humide. Le communiqué officiel est sans ambiguïté : «Cette situation n’a pas permis une recharge complète des ressources.» Le renforcement des tours d’eau est acté. Il doit entrer en vigueur dans les prochaines semaines et durer jusqu’aux prochaines pluies, attendues en fin d’année.
Les tours d’eau - système de distribution alternée par secteurs, déjà en place depuis plusieurs années - vont donc s’intensifier. Le rythme précis par commune n’a pas encore été détaillé publiquement à ce stade.
Dzoumogné à 70% : un manque de 500 000 m³
La retenue collinaire de Dzoumogné, principal réservoir de l’île, affiche 70% de sa capacité à l’issue de la saison des pluies. Selon Franceinfo La1ere et Le Journal de Mayotte, ce niveau représente un déficit de 500 000 m³ par rapport au remplissage nécessaire pour traverser sereinement la saison sèche 2026.
La saison 2025-2026 a enregistré un déficit global de 10% des précipitations - résultat qualifié de « proche de la normale » mais insuffisant après une première année déjà déficitaire. Deux saisons consécutives sous les besoins : les stocks n’ont pas pu se reconstituer.
À cette équation s’ajoute une demande en hausse. La consommation d’eau progresse de 4% par an sur l’île, à un rythme calqué sur la croissance démographique. Les 80 à 90 litres par habitant et par jour consommés en moyenne représentent déjà deux fois moins que la moyenne nationale - mais le réseau, dimensionné initialement pour 150 000 habitants, doit désormais alimenter plus de 320 000 personnes, selon les données INSEE et France 1ère.
Mamoudzou et le nord de l’île en première ligne
Les communes du nord de Mayotte sont les plus exposées aux restrictions actuelles et à venir, selon Gazeti et Franceinfo La1ere. Mamoudzou, capitale administrative et ville la plus peuplée de l’île, figure parmi les zones directement concernées.
En réponse immédiate, dix cuves destinées à la récupération d’eau de pluie doivent être distribuées dans les prochains jours dans les secteurs affectés. Une mesure d’appoint, présentée comme un palliatif partiel face à l’ampleur du déficit.
Selon un compte relayé sur X, le passage des tours d’eau d’un jour sur deux à un jour sur trois pourrait être envisagé début juillet 2026, en lien avec la pression démographique. Cette information, issue d’une source unique non officielle, n’a pas été confirmée à ce stade par la préfecture.
Contexte dans le département de Mayotte (976)
Mayotte connaît une crise hydrique récurrente depuis 2017. L’épisode le plus grave reste celui de 2023 : sécheresse la plus importante depuis 1997, tours d’eau à un jour sur trois pendant plusieurs mois, ruptures d’approvisionnement dans de nombreux quartiers. La situation de 2026 est jugée moins critique, mais les coupures intermittentes n’ont jamais vraiment cessé entre-temps.
Le département compte 329 208 habitants au 1er janvier 2025, selon l’INSEE, avec une fécondité de 3,6 enfants par femme et une croissance annuelle de 4%. Ce dynamisme démographique exceptionnel dépasse structurellement la capacité du réseau existant, conçu pour une île deux fois moins peuplée. Les infrastructures de production - canalisations, retenues, stations de traitement - n’ont pas suivi ce rythme.
Des projets sont en cours pour sortir du régime de coupures intermittentes : l’usine de dessalement d’Ironi Bé et de nouveaux forages sont évoqués comme solutions structurelles d’ici fin 2026. Leurs délais de mise en service exacts n’ont pas été précisés par les autorités à ce stade. Pour en comprendre les enjeux sanitaires comparables dans d’autres territoires ultramarins, les conditions d’accès aux soins restent sous pression dans plusieurs départements et régions d’outre-mer.
Un réseau sous-dimensionné face à une population croissante
Le problème mahorais n’est pas uniquement climatique. Le réseau de distribution a été conçu pour une population de 150 000 habitants. Il en dessert plus du double aujourd’hui. Les pertes en ligne restent élevées. Le taux de raccordement à l’assainissement demeure faible. La stratégie quinquennale de l’État, présentée ces dernières années, prévoit des investissements massifs - mais les délais de réalisation excèdent le calendrier des besoins immédiats.
La consommation moyenne de 80 à 90 litres par habitant et par jour illustre à la fois les restrictions subies et les efforts d’adaptation des habitants. En métropole, la moyenne dépasse 150 litres. Cet écart traduit une contrainte durable, pas une sobriété volontaire.
La question de la gestion des ressources naturelles sous pression se pose avec une acuité particulière dans les territoires où infrastructure et démographie évoluent à des rythmes incompatibles.
Prochaines étapes
Le calendrier précis du renforcement des tours d’eau par commune doit être communiqué par les autorités dans les prochains jours. La distribution des dix cuves de récupération constitue la première mesure concrète annoncée. Le CSRE devrait se réunir à nouveau pour ajuster les restrictions en fonction de l’évolution du niveau des retenues au fil de la saison sèche.
Sources
- Préfecture de Mayotte : Comité de suivi de la ressource en eau (CSRE) du 6 mai 2026
- Franceinfo La1ère : Les tours d'eau à Mayotte vont se durcir dans les prochaines semaines
- Le Journal de Mayotte : Les tours d'eau seront renforcés dans les prochaines semaines
- Gazeti : Mayotte replonge dans la crise de l'eau : des coupures plus sévères annoncées