Menacé sur X après la condamnation d’Erik Tegnér, le juge Youssef Badr dépose plainte à Bobigny
Le magistrat a subi une vague d'attaques racistes en ligne après avoir prononcé le 18 juin une peine de six mois avec sursis contre le directeur du média Frontières.
Le juge Youssef Badr, premier vice-président adjoint du tribunal judiciaire de Bobigny, a déposé plainte le 20 juin après des menaces racistes sur X. Il fait suite à la condamnation du polémiste d'extrême droite Erik Tegnér pour doxing d'avocats.
L’essentiel
- Plainte déposée le 20 juin 2026 : Le juge Youssef Badr saisit la justice après des menaces et insultes racistes sur X.
- Condamnation le 18 juin : Erik Tegnér, directeur du média Frontières, écope de six mois de prison avec sursis et 10 000 € d’amende pour divulgation de données personnelles d’avocats.
- Soutien officiel : Le garde des Sceaux Gérald Darmanin et la présidente du tribunal Anne Auclair-Rabinovitch condamnent fermement les attaques.
- Appel annoncé : La défense de Tegnér qualifie le jugement de politique et a fait appel.
Ce qui s’est passé
Le juge Youssef Badr, magistrat au tribunal judiciaire de Bobigny (Seine-Saint-Denis), a déposé plainte ce samedi 20 juin 2026. Il affirme avoir été la cible d’une vague de menaces et d’attaques racistes sur le réseau social X dans les heures suivant la condamnation d’Erik Tegnér, directeur du média d’extrême droite Frontières. Selon upday News, le magistrat a précisé qu’il poursuivrait « toutes les personnes ayant relayé de fausses informations ou proféré des menaces » à son encontre.
La condamnation d’Erik Tegnér
Le 18 juin, le tribunal correctionnel de Bobigny a condamné Erik Tegnér à six mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende pour divulgation malveillante de données personnelles. Il était jugé pour avoir publié en janvier 2025, dans un hors-série de Frontières, l’identité et la ville d’exercice d’avocats spécialisés en droit des étrangers, une pratique qualifiée de doxing.
La condamnation s’appuie sur la loi du 24 août 2021 dite « loi Samuel Paty », qui réprime la divulgation d’informations permettant d’identifier ou de localiser une personne dans le but de lui nuire. En plus de la peine principale, Erik Tegnér a été condamné à verser 2 000 euros de préjudice moral à chacun des dix avocats plaignants, d’après INFO.FR.
Les réactions officielles
Le soutien au juge Badr est venu rapidement des plus hautes instances. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a fermement condamné les attaques racistes et assuré le magistrat de son soutien, rapporte upday News. La présidente du tribunal judiciaire de Bobigny, Anne Auclair-Rabinovitch, a exprimé son indignation et annoncé le signalement systématique de tout propos intimidant à l’encontre des magistrats.
Le porte-parole de la Chancellerie, Sacha Straub-Kahn, a jugé inacceptable de « s’en prendre personnellement à un magistrat pour contester une décision de justice ». Du côté de la défense, l’avocat d’Erik Tegnér a qualifié le jugement de « procès politique » et annoncé son intention de faire appel, selon INFO.FR.
Contexte dans le département
Ce nouvel épisode judiciaire intervient alors que la Seine-Saint-Denis est placée en vigilance rouge canicule extrême depuis ce dimanche 21 juin à midi, avec des températures attendues jusqu’à 39°C. La ville de Bobigny a par ailleurs été marquée récemment par un incendie majeur dans un entrepôt de 4 000 m² qui a mobilisé 170 pompiers. Le département, l’un des plus jeunes et des plus précaires de France, concentre des tensions sociales et des enjeux sécuritaires qui donnent une résonance particulière à cette affaire de doxing visant des avocats en droit des étrangers.
Prochaine étape
L’appel d’Erik Tegnér devrait être examiné dans les prochains mois par la cour d’appel de Paris. De son côté, le juge Youssef Badr a prévenu qu’il ne laisserait aucune menace sans réponse judiciaire, annonçant le dépôt de plaintes systématiques pour chaque message identifié.