Metz : une étudiante de 18 ans dénonce du racisme à Saint-Étienne de la Miséricorde, enquête PJ ouverte
Anaïs, exclue fin novembre 2025, a déposé plainte pour discrimination en février 2026 l'académie de Nancy-Metz indique que les faits ne sont pas établis à ce stade.
Une étudiante de 18 ans, scolarisée en BTS à l'établissement privé catholique Saint-Étienne de la Miséricorde à Metz, dénonce trois mois de harcèlement raciste avant d'être exclue. Plainte déposée, enquête judiciaire ouverte, interpellation parlementaire l'affaire a désormais franchi plusieurs enceintes officielles.
L’essentiel
- Faits allégués : propos discriminatoires, retrait de table et chaise, remarque d’un surveillant sur les « cales négrières » - de septembre à fin novembre 2025 selon la jeune femme.
- Exclusion : l’établissement a mis fin au contrat de scolarité par courrier, invoquant des propos de la mère sur les réseaux sociaux ; la mention « virée » est apparue sur Parcoursup.
- Procédure judiciaire : deux mains courantes puis une plainte pour discrimination déposée en février 2026 ; enquête ouverte par la police judiciaire de Metz.
- Position officielle : l’académie de Nancy-Metz indique, après examen, que les faits de discrimination ne sont pas établis à ce stade.
- Interpellation parlementaire : le député Davy Rimane a posé une question au gouvernement le 11 février 2026 (question n°1291) ; le ministre Édouard Geffray a répondu en affirmant la fermeté de l’État contre le racisme en milieu scolaire.
Trois mois de scolarité, puis l’exclusion
Anaïs - le prénom a été rendu public par l’intéressée elle-même dans les médias - s’est inscrite en septembre 2025 au BTS Collaborateur Juriste Notarial de l’établissement privé catholique Saint-Étienne de la Miséricorde, rue des Récollets à Metz. Elle y sera scolarisée moins de trois mois.
Selon son témoignage, recueilli par ICI Lorraine (France Bleu), elle était la seule élève racisée de sa classe. Elle décrit plusieurs incidents : des propos sur les idées de Marine Le Pen formulés en la regardant, le retrait de sa table et de sa chaise par une cadre de l’établissement lors d’un contrôle, l’obligeant à rester debout pendant que ses camarades s’installaient. « Toutes les filles blanches ont pu s’asseoir où elles voulaient. Pas moi », rapporte-t-elle. Elle évoque également la remarque d’un surveillant - « vous avez l’habitude d’être entassée » - qu’elle interprète comme une référence aux cales négrières.
Fin novembre 2025, l’établissement lui notifie par courrier la fin de son contrat de scolarité. Motif invoqué : des propos jugés menaçants, diffamatoires et d’intimidation publiés par sa mère sur les réseaux sociaux. Anaïs découvre son exclusion via Pronote. Sur Parcoursup, la mention « virée » apparaît dans son dossier, selon ses déclarations reprises par plusieurs médias dont Konbini.
Plainte pour discrimination, enquête de la PJ de Metz
Avant de porter plainte, Anaïs a déposé deux mains courantes. En février 2026, elle formalise une plainte pour discrimination. Une enquête judiciaire est désormais menée par la police judiciaire de Metz, confirmée par ICI Lorraine.
Le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) accompagne la jeune femme dans ses démarches. Anne Féray, présidente du MRAP à Metz, souligne la rareté des dépôts de plainte dans ce type d’affaires : selon des enquêtes citées par l’association, seulement 1 % des victimes de discrimination franchissent ce pas. Elle juge par ailleurs « choquant » que l’exclusion ait été motivée par les actes de la mère et non par des faits propres à l’étudiante.
L’académie de Nancy-Metz et le ministre interpellés
Le 11 février 2026, le député Davy Rimane (GDR, Guyane) a posé une question au gouvernement à l’Assemblée nationale (question n°1291), citant nommément le cas d’Anaïs. Il a demandé quelles enquêtes et sanctions l’exécutif entendait diligenter face au racisme en milieu scolaire.
Le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a répondu en réaffirmant la « fermeté » de l’État : exclusion pour les élèves auteurs de faits racistes, radiation pour le personnel concerné, et possibilité d’ouvrir des enquêtes administratives. Il n’a pas détaillé de mesure spécifique à l’établissement messin.
L’académie de Nancy-Metz, de son côté, a examiné le dossier à la suite de cette interpellation parlementaire. Sa conclusion, à ce stade : les faits de discrimination ne sont pas établis. Plusieurs procédures judiciaires suivent leur cours, précise-t-elle. La Direction Diocésaine de l’Enseignement Catholique de Moselle (DDEC) n’a pas souhaité commenter, invoquant les obligations de confidentialité liées aux procédures en cours.
Contexte dans la Moselle
L’établissement Saint-Étienne de la Miséricorde appartient à l’Ensemble scolaire Saint-Étienne, l’un des principaux réseaux d’enseignement privé catholique de Metz. Il accueille environ 1 750 élèves et étudiants, de la maternelle au supérieur, avec 200 enseignants et personnels. L’ensemble affiche un taux de réussite aux examens de 97 % selon son site officiel. Le site La Miséricorde, dont le bâtiment date de 1965, est historiquement lié à une fondation remontant à 1883, sous l’Annexion allemande.
En Moselle, les affaires de discrimination en milieu scolaire restent peu médiatisées. Ce dossier sort de l’ordinaire par la conjonction d’une dimension judiciaire - enquête PJ formellement ouverte - et d’une interpellation directe au Parlement. Le MRAP local souligne que la quasi-totalité des signalements ne donnent lieu à aucune suite formelle, faute de dépôt de plainte. Dans un département de 1,04 million d’habitants (données INSEE), les associations antiracistes restent peu nombreuses et les recours judiciaires pour discrimination scolaire demeurent exceptionnels.
À l’échelle nationale, les autorités préfectorales de Moselle n’ont pas pris position publiquement sur cette affaire spécifique.
Ce que disent les parties, ce qui reste à établir
Les faits allégués reposent, à ce stade, sur le seul témoignage d’Anaïs et de sa mère, relayé par ICI Lorraine et Konbini. L’établissement ne s’est pas exprimé publiquement au-delà du courrier d’exclusion dont la teneur a été rapportée par les médias. L’académie de Nancy-Metz conteste que la discrimination soit établie. La police judiciaire de Metz conduit ses investigations ; aucune mise en examen ni aucun renvoi en jugement n’ont été annoncés à ce jour.
Le MRAP précise accompagner Anaïs sur le plan juridique et associatif. La jeune femme a témoigné également auprès de Konbini dans le cadre d’un format « Speech » consacré aux récits de discrimination scolaire.
L’enquête judiciaire confiée à la PJ de Metz déterminera si les faits rapportés sont constitutifs d’une infraction pénale ; ses conclusions conditionneront la suite des procédures, y compris d’éventuelles suites administratives pour l’établissement.
Sources
- ICI Lorraine / France Bleu : "Toutes les filles blanches ont pu s'asseoir, pas moi" : Anaïs, victime de racisme dans une école privée de Metz
- Assemblée nationale : Question n°1291 : Lutte contre le racisme en milieu scolaire (Davy Rimane, 11 février 2026)
- Konbini : Speech : j'ai été victime de racisme à l'école
- Le Républicain Lorrain : Metz : La Miséricorde sur le chemin de Saint-Étienne

