Arnaud Wajdzik (Ouest-France) : portrait d’un mauvais journaliste
Arnaud Wajdzik (Ouest-France) a publié à mon sujet des affirmations fausses et non sourcées. Je réponds point par point, pièces à l'appui : casier vierge, erreur de droit, homonymies.
Le 17 juin 2026, l’agence API (Ouest-France) a publié un article signé Arnaud Wajdzik, cosigné par Yasmine Mousset, cheffe d’édition à Ouest-France (Orne), et Nicolas Goinard, journaliste à Ouest-France (Laval), me visant ainsi que des sociétés que je dirige ou aurais dirigées. Je conteste formellement plusieurs de ses affirmations, que je tiens pour fausses, non sourcées et non vérifiées. Une plainte pour diffamation est en préparation contre les trois auteurs et Ouest-France. Le jugement, une fois rendu, sera publié sur cette page. Les éventuelles indemnités perçues seront intégralement reversées à des associations mancelles.
Sur son profil LinkedIn, Arnaud Wajdzik se présente comme « Journaliste · Investigation », « ex-dirigeant API news », et se dit « convaincu que le journalisme a encore de beaux jours, en particulier sur smartphone ». C’est à l’aune de cette ambition affichée, celle d’un spécialiste revendiqué de l’investigation, qu’il faut lire ce qui suit.
1. Une « perquisition », « 110 000 € dans un faux plafond » et des « armes de guerre » qui n’existent pas
L’article l’écrit noir sur blanc : « Les perquisitions de cette période donnent le ton : les enquêteurs retrouvent 110 000 euros dissimulés dans un faux plafond […] ainsi que des armes de guerre […] ». Or il n’y a jamais eu de perquisition me concernant : ni dans les locaux de mon entreprise, ni à mon domicile. Jamais de somme de 110 000 € découverte, jamais d’arme. Aucune source, aucune référence de procédure, aucun lien de vérification n’accompagne ces affirmations. Je les conteste intégralement.
2. Une condamnation « confirmée en appel »… en réalité infirmée
L’article présente une condamnation prononcée en 2014 (trente mois dont dix-huit avec sursis, interdiction de gérer dix ans) « confirmée » par la cour d’appel en 2015. Cette présentation est inexacte : la décision a été infirmée en appel, infirmation plaidée par Maître Yves Guibert, avocat aujourd’hui à la retraite. Là encore, aucune pièce ni référence de jugement n’est produite.
3. « Fraude au leasing » : une accusation jamais jugée
L’article m’impute une « fraude au leasing » qui aurait fait des « victimes en série ». Or je n’ai jamais été poursuivi, mis en examen ni condamné pour de tels faits. Aucune juridiction n’a été saisie, aucune plainte instruite n’est citée, et l’article ne produit ni nom de victime, ni référence de procédure, ni décision de justice permettant d’étayer cette accusation. Affirmer une fraude « en série » suppose des plaignants identifiés, une enquête et un jugement : rien de tout cela n’est documenté ni sourcé.
4. Le « faux avis de décès » est en réalité le décès bien réel d’un homonyme
Le fichier des décès de l’INSEE recense le décès, le 19 avril 2026, d’un Anthony Jérôme Goujon, né le 2 juillet 1992 à Autun (source INSEE, fichier 2026-m04, ligne n°36715). Mon deuxième prénom n’est pas Jérôme ; je ne suis né ni ce jour-là, ni à Autun. Le journaliste a donc confondu le décès réel d’un autre homme, portant les mêmes nom et prénom, avec un prétendu « faux avis de décès » me concernant.

L’erreur est d’autant plus difficile à excuser qu’elle était évitable en quelques minutes. Le fichier des décès de l’INSEE est public et librement consultable : il suffisait de comparer trois données élémentaires (le deuxième prénom, la date et le lieu de naissance) pour constater qu’il s’agit de deux personnes distinctes. En cas de doute, l’acte de décès est lui aussi un document public, que toute rédaction peut se procurer auprès de la mairie concernée. Aucune de ces vérifications de base, à la portée d’un stagiaire de première semaine, n’a manifestement été effectuée. Publier, sous la signature de Ouest-France, qu’une personne aurait organisé un « faux avis de décès » sans même avoir vérifié son état civil, c’est manquer à l’obligation la plus élémentaire du métier : vérifier les faits avant de les affirmer.
5. Les sociétés britanniques : une attribution fondée sur une simple homonymie
Le registre des sociétés britannique (Companies House) ne publie ni le jour de naissance ni le lieu de naissance des dirigeants. Un nom, un prénom et un mois/année de naissance ne suffisent pas à identifier une personne avec certitude : plusieurs individus partagent ces mêmes éléments. M’attribuer ces sociétés sur cette seule base n’a rien d’une démarche rigoureuse.

6. Le casier B3, et une erreur de droit assumée
Pour répondre aux accusations d’« interdiction de gérer », je lui ai transmis mon bulletin n° 3 (B3), vierge et vérifiable en ligne. Sa réponse, par écrit : « en l’état il s’agit du B3, il ne contient pas les interdictions de gérer. Moi je m’y connais un peu en droit. 😊 » Le sourire ajouté en fin de phrase en dit long sur le ton employé : il sous-entend que je chercherais à me défausser, tandis que mon interlocuteur, lui, maîtriserait parfaitement le sujet et viendrait de me prendre en défaut. Sauf que l’affirmation est, elle, juridiquement fausse.

C’est inexact. L’article 777 du Code de procédure pénale prévoit l’inscription au bulletin n° 3 :
- des peines privatives de liberté fermes supérieures à deux ans (1°) ;
- des interdictions, déchéances ou incapacités prononcées sans sursis au titre des articles 131-6 à 131-11 du code pénal, pendant toute leur durée (3°).
Une interdiction de gérer figurerait donc bien au B3. Un casier B3 vierge atteste précisément de l’absence d’une telle mesure. Affirmer le contraire, en se prévalant d’une compétence juridique, est une erreur factuelle.
7. Résidence fiscale : une pièce retournée à contresens
Je suis résident fiscal en France et dépends du service des impôts du Mans. Je lui ai communiqué mon avis d’imposition (de l’ordre de 350 000 € déclarés sur le dernier exercice). Cette pièce, qui établit ma domiciliation fiscale française, a été présentée comme une preuve de « revenus britanniques » : ce qu’un avis d’imposition français ne peut établir, les dividendes de source étrangère n’y figurant pas de cette manière.
Deux précisions techniques achèvent de désamorcer cette lecture. D’une part, un contribuable qui réside hors de France ne dépend pas du service des impôts du Mans, mais du Service des impôts des particuliers non-résidents, à Noisy-le-Grand : le simple rattachement de mon dossier au Mans atteste de ma résidence fiscale en France. D’autre part, les revenus d’un gérant d’une société établie à l’étranger ne seraient pas imposables en France ; or mon avis fait précisément apparaître des « revenus des associés et gérants » imposés en France, ce qui correspond à une activité française, et non à de prétendus revenus britanniques.


8. Au-delà de mon cas : un examen de sa méthode
Un courriel qui m’a été adressé par erreur, destiné à sa cosignataire, indiquait par ailleurs que la publication était déjà arrêtée (« je pense qu’on va pouvoir publier, on a assez d’éléments confondants »), avant même la fin des échanges. J’ai donc voulu mesurer la rigueur de ce travail à plus grande échelle.

Ce courriel est éclairant à un autre titre : la cosignataire y valide et endosse la décision de publier. La responsabilité de cet article n’incombe donc pas au seul auteur principal, mais engage pleinement ses deux cosignataires, Yasmine Mousset, cheffe d’édition à Ouest-France (Orne), et Nicolas Goinard, journaliste à Ouest-France (Laval), qui l’ont relu et approuvé. En sa qualité de cheffe d’édition, Yasmine Mousset assume une responsabilité éditoriale directe sur cette publication. info.fr prépare une enquête plus approfondie sur leurs propres publications.
Ce point mérite d’être souligné. Le rôle d’une cheffe d’édition est précisément de relire, de contrôler et de valider un article avant sa parution : elle est le dernier filtre avant publication. Valider un texte qui accuse une personne d’avoir organisé un « faux avis de décès », alors que la confusion avec un homonyme se levait en consultant un simple fichier public, c’est faillir au cœur même de cette fonction. La responsabilité de Yasmine Mousset n’est donc pas secondaire : elle se situe exactement là où le contrôle éditorial est censé s’exercer. Quand le dernier rempart laisse passer une accusation aussi grave que vérifiable, ce n’est plus une erreur isolée d’un auteur, c’est une défaillance de la chaîne éditoriale.

Nous avons passé en revue 53 de ses articles récents pour l’agence API, soit 262 affirmations factuelles vérifiées une à une. Il en ressort moins un problème d’exactitude qu’un problème d’indépendance et de positionnement.
- Des déplacements sur invitation. Dans son édito « L’économie bretonne doit s’ouvrir au monde », une note de la rédaction reconnaît que l’équipe a participé à un voyage sur invitation. Couvrir favorablement des acteurs économiques après un déplacement qu’ils financent pose une question d’indépendance que la déontologie journalistique encadre strictement.
- La frontière brouillée entre information et promotion. Plusieurs publications ne sont pas des articles mais la promotion de son propre média : « Un guide incontournable pour détecter du réseau », « API fait peau neuve avec une info business plus percutante que jamais », « API change de look ». Le vocabulaire publicitaire (« incontournable », « plus percutante que jamais ») est présenté sous une forme rédactionnelle.
- Des titres qui glissent du fait vers l’intention. Le titre « Pour verdir son image, TotalEnergies sort ses cahiers de l’énergie » prête au groupe une motivation (le greenwashing) que le corps de l’article n’établit jamais comme un fait.
- Une production largement tournée vers les cercles dirigeants. L’essentiel du corpus gravite autour du Medef, des CCI, des banques régionales et des dirigeants, presque toujours sous un angle institutionnel et rarement critique : une ligne de journalisme de proximité avec les décideurs économiques de l’Ouest, davantage relais que contre-pouvoir.
Cet examen ne conteste ni le droit d’enquêter, ni celui d’éditorialiser. Il documente en revanche, pièces à l’appui, des affirmations fausses, des accusations non sourcées et une erreur de droit, dans un article à charge.
Une précision s’impose. Tout média a le droit d’enquêter, de se tromper, puis de publier un démenti ou un rectificatif : l’erreur de bonne foi fait partie de la vie d’une rédaction, et la liberté d’expression comme la liberté de la presse sont des principes que je défends sans réserve. Mais l’accumulation, dans un même article, d’affirmations inventées, de pièces retournées à contresens et d’une erreur de droit assumée ne relève plus de l’erreur de bonne foi. C’est la raison pour laquelle une assignation devant le tribunal est en préparation, avec mes avocats parisiens, contre les trois auteurs et contre Ouest-France.
Il y a enfin une ironie qu’on ne peut passer sous silence. Ce même article reproche à info.fr de recourir à l’intelligence artificielle et de relayer de prétendues fausses informations. Or ce sont ses auteurs qui, ici, ont relayé des affirmations fausses et invérifiées, là où une simple vérification (le fichier public de l’INSEE, le texte de l’article 777 du Code de procédure pénale, un registre d’entreprise consultable en ligne) suffisait à les écarter. Sur ce dossier précis, le travail aurait sans doute été plus rigoureux s’il avait été confié à une intelligence artificielle correctement utilisée.
Pages professionnelles de l’auteur : Ouest-France · agence API.