Bauke Mollema propose six coureurs par équipe pour casser la domination d’UAE
L'ancien vainqueur du Lombardia suggère une réforme structurelle pour contrer la suprématie émiratie
Le Néerlandais de Lidl-Trek, qui termine sa carrière, veut réduire les effectifs sur le Tour de France pour affaiblir les équipes dominantes. Une proposition qui restera lettre morte.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Fragiliser la machine UAE
Réduire les effectifs priverait l'équipe émiratie de sa force collective, obligeant Pogačar à se défendre seul plus tôt dans la course.
Sécurité accrue dans le peloton
Un peloton plus réduit limiterait les chutes massives et fluidifierait la course, comme observé au Tour de Romandie 2026.
Forcer les outsiders à attaquer
Avec moins de contrôle possible, les équipes rivales devraient prendre des risques tactiques au lieu de subir le tempo d'UAE.
Résistance économique des équipes
Moins de coureurs signifie moins de sponsors visibles et fragilise les formations modestes qui vivent du Tour.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Bauke Mollema propose de passer à six coureurs par équipe sur les Grands Tours, contre huit actuellement.
- L'objectif affaiblir la domination d'UAE Team Emirates-XRG, qui a écrasé le Tour 2026 avec 6'26" d'avance et 832 750 € de primes.
- Le Néerlandais s'appuie sur l'expérience du Tour de Romandie, où un peloton réduit a éliminé les chutes.
- Pour Mollema, le vrai problème est la peur des équipes rivales de tout risquer face à UAE.
- L'UCI ne bougera pas réduire les effectifs fragilise l'économie des petites formations et bouleverse les équilibres.
Le guichet de la course est fermé. Bauke Mollema range son vélo, termine sa dernière saison - et lâche une proposition que personne n’attendait: six coureurs par équipe sur le Tour de France. Pas huit. Six.
Dans sa chronique pour le Dagblad van het Noorden - le Néerlandais de Lidl-Trek vise direct: la machine UAE Team Emirates-XRG, qui a écrasé le Tour 2026 avec une autorité glaçante. Cinq victoires pour Tadej Pogačar - six minutes et vingt-six secondes d’avance sur son dauphin Remco Evenepoel - six étapes remportées - deux hommes sur le podium final. Le compte est bon.
Mollema, vétéran de 23 départs de Grands Tours - ancien vainqueur du Lombardia - ne conteste pas la supériorité d’UAE. Il dit juste: si on réduit les effectifs, même la meilleure équipe craque. « Si trois ou quatre équipes décident de mener une guerre d’usure de loin, même l’équipe la plus forte peut craquer » - écrit-il.
L’argument sécurité d’abord. Au Tour de Romandie, le peloton tournait à une centaine de coureurs. Résultat: aucune chute. Les effectifs avaient déjà été réduits de neuf à huit coureurs en 2018 pour limiter les risques. Mollema va au bout de la logique: passez à six - la course sera plus fluide.
Ce que personne ne dit
La proposition cache un aveu embarrassant. « Le problème, ce n’est pas seulement UAE, c’est la peur de perdre des autres équipes qui les empêche de tenter le tout pour le tout » - analyse Mollema. Traduisez: les formations rivales jouent la sécurité, préservent leurs leaders, refusent de tout risquer. Résultat: UAE contrôle, impose son tempo, verrouille.
Les années 90 avaient vu l’équipe ONCE de Manolo Saiz bousculer Miguel Induráin à coups d’attaques collectives débridées. Aujourd’hui, personne n’ose. José Joaquín Rojas - directeur sportif chez Movistar, a critiqué le comportement ultra-conservateur d’UAE sur les étapes. Mais qui a tenté de les faire exploser de loin? Personne.
Le précédent historique
La comparaison avec le « SkyTrain » des années 2010 revient dans toutes les bouches. Comme l’US Postal de Lance Armstrong ou la Sky de Chris Froome - UAE a réponse à tout. Mais une question persiste: la réduction d’effectifs change-t-elle vraiment la donne?
En 2018, le passage de neuf à huit coureurs n’a pas empêché les grandes équipes de continuer à dominer les Grands Tours dans les années qui ont suivi. Preuve que le problème tactique dépasse la simple taille des effectifs: c’est la profondeur de banc, le budget, la science qui font la différence. Réduire à six coureurs fragiliserait certes les équipes fortes, mais sans garantie que les outsiders osent enfin attaquer.
L’édition 2026 a été la plus rapide de l’histoire: 43,227 km/h de moyenne. Une vitesse qui écrase les attaques isolées, favorise les trains collectifs, neutralise les coups de poker. Mollema le sait: pour ralentir cette machine, il faut la priver de carburant. Moins de coureurs, moins de contrôle.
Le coût économique d’une réforme
L’UCI ne bougera pas. Et pour cause: réduire les effectifs, c’est fragiliser l’économie du peloton. Moins de coureurs par équipe, c’est moins de maillots exposés aux caméras, moins de noms à vendre aux sponsors. Pour les formations modestes qui vivent du Tour, chaque coureur aligné représente un argument commercial face aux partenaires. Passer à six, c’est perdre deux contrats potentiels.
Le fossé économique se creuse déjà: UAE a engrangé 832 750 euros de primes pour l’équipe sur le seul Tour 2026, un trésor de guerre qui finance la profondeur de banc. Les petites équipes, elles, comptent sur la visibilité des trois semaines pour boucler leurs budgets. Réduire les effectifs concentrerait encore plus le pouvoir chez les équipes riches, capables d’aligner six coureurs d’élite là où les autres peineraient à compléter leur sélection. Une réforme de surface qui aggraverait les inégalités structurelles.
Les organisateurs d’ASO préfèrent un peloton fourni, un spectacle dense, des trains qui se forment. Un peloton réduit à six coureurs par équipe au lieu de huit, c’est moins de matière pour les images, moins de rebondissements possibles. L’économie du spectacle prime sur la réforme tactique.
La réforme qui ne viendra pas
Mollema termine sa carrière fin 2026. Il aura vu passer toutes les dominations, couru 23 Grands Tours - compris que les règles ne changent que sous la pression du scandale ou de l’ennui mortel. Pour l’instant, Pogačar gagne, les audiences tiennent, personne ne proteste vraiment.
Le Néerlandais range son vélo. Six coureurs ou huit, la proposition restera dans les colonnes d’un quotidien régional. Pogačar continuera de gagner. Les autres continueront de le regarder partir.
Sources
- Bauke Mollema proposes to reduce Tour team sizes to six riders
- La proposition de Bauke Mollema pour contrer la domination d'UAE
- Des équipes de seulement 6 coureurs : l'idée de Bauke Mollema
- Mollema advocates for six-rider Tour teams
- UAE écrase le Tour 2026
- Bauke Mollema pleit voor teams van zes renners
- Cut Grand Tour rosters to six riders
- UAE under criticism but riders fire back
- Bauke Mollema calls for six-rider teams
- Bauke Mollema oppert regelwijziging