Montargis : deux cérémonies parallèles pour l’Appel du 18 juin, Jean-Pierre Door face à la mairie RN
L'ancien député LR organise son hommage à 11h30, tandis que la municipalité RN tiendra le sien à 18h le même jour, place du 18 juin.
À Montargis, le 18 juin 2026 sera marqué par deux commémorations distinctes de l'Appel du 18 juin 1940. L'ancien maire et député LR Jean-Pierre Door organise sa propre cérémonie à 11h30, refusant de participer à celle de la mairie RN prévue à 18h.
L’essentiel
- Fait 1 : Jean-Pierre Door (84 ans), ancien maire et député LR, organise sa cérémonie le 18 juin 2026 à 11h30, place du 18 juin à Montargis.
- Fait 2 : La mairie RN de Côme Dunis, élue en mars 2026, tient sa propre commémoration à 18h au même lieu.
- Fait 3 : Le monument commémoratif a été érigé en 1984 sous le mandat du maire gaulliste Michel Brisson.
- Fait 4 : Door refuse de participer à la cérémonie municipale, estimant que le RN ne peut s’approprier l’héritage gaulliste.
- Fait 5 : Le maire RN dénonce un « groupuscule d’anciens élus » et défend une cérémonie d’union nationale.
Une scission mémorielle
Le 18 juin 2026 restera dans les annales montargoises. Pour la première fois, deux cérémonies distinctes commémorent l’Appel du 18 juin 1940 sur la place du même nom. D’un côté, Jean-Pierre Door, ancien maire et député LR de la ville, âgé de 84 ans et membre de l’amicale parlementaire gaulliste, organise son hommage à 11h30. De l’autre, la municipalité dirigée par le maire RN Côme Dunis, élu en mars 2026, tient sa propre cérémonie à 18h.
Contacté par nos confrères de France 3 Régions, Jean-Pierre Door explique sa décision : « Le général de Gaulle se retourne dans sa tombe. » Il refuse catégoriquement de participer à la cérémonie municipale, affirmant que l’Appel du 18 juin appartient à la « famille gaulliste » et que le Rassemblement national, en raison des origines historiques du parti, ne peut se l’approprier.
Les arguments de l’ancien élu
Jean-Pierre Door rappelle que « depuis que j’ai été élu, on a fait l’appel du 18 juin ». Le monument commémoratif a été érigé en 1984 sous la mandature de l’ancien maire gaulliste Michel Brisson, ce qui, selon lui, ancre cette mémoire dans un camp politique précis. Dans son argumentation, il évoque les origines du Front national, parti fondé en 1972, qui a compté parmi ses fondateurs d’anciens collaborateurs et membres de la Waffen SS (Pierre Bousquet, Léon Gaultier) ainsi qu’un ancien de l’OAS (Roger Holeindre). Il mentionne également l’attentat manqué contre de Gaulle en 1962 perpétré par un membre de l’OAS, précisant que ce n’est pas lié à Jean-Marie Le Pen mais à d’autres personnalités de l’extrême droite.
« Ce monument a été construit par et pour les gaullistes. Le RN n’a aucun titre à s’en prévaloir », déclare-t-il dans les colonnes d’ici.fr. Sa cérémonie matinale se veut un contre-feu symbolique, destiné à préserver ce qu’il considère comme un héritage intouchable.
La réponse de la mairie RN
De son côté, Côme Dunis, maire RN de Montargis, défend la cérémonie municipale comme un moment d’union nationale, sans étiquette politique. Il a répondu aux critiques en accusant un « groupuscule d’anciens élus » de ne pas respecter le suffrage universel. « Je rappelle que nous avons été élus démocratiquement en mars dernier. Cette commémoration est ouverte à tous les Montargois, sans exclusive », a-t-il déclaré, selon France 3 Régions.
La mairie insiste sur le caractère républicain de l’événement, en invitant la population à se rassembler à 18h. Pour l’équipe municipale, la tentative d’appropriation de l’héritage gaulliste par Door est une manœuvre politique visant à diviser.
Contexte dans le Loiret
Montargis, sous-préfecture du Loiret forte d’environ 15 000 habitants, a été conquise par le Rassemblement national aux élections municipales de mars 2026. Ce basculement politique a créé des tensions avec les anciens élus locaux, longtemps dominés par la droite gaulliste. Le département du Loiret, traditionnellement ancré à droite, a vu plusieurs de ses communes passer sous contrôle RN lors du dernier scrutin, dont Montargis est le symbole le plus marquant. Ce conflit mémoriel illustre la recomposition politique en cours, où les symboles républicains deviennent des terrains d’affrontement.
Historique des commémorations à Montargis
Depuis l’érection du monument en 1984, les commémorations de l’Appel du 18 juin à Montargis étaient organisées sans heurts majeurs, alternant entre les mains des différents maires successifs. Jean-Pierre Door, qui a dirigé la ville de 1995 à 2014, présidait traditionnellement la cérémonie. La victoire de Côme Dunis a rompu cette continuité. Door avait déjà exprimé son opposition frontale à toute reprise de cette mémoire par le RN, comme il l’a réaffirmé à plusieurs reprises dans la presse locale.
Il n’est pas le seul à s’être ému de la situation : à Auxerre, le préfet Pascal Jan a présidé la cérémonie officielle, rappelant le caractère républicain de cette date. Dans un registre différent, le calendrier 2026 des jours fériés montre que le 18 juin n’est pas férié, mais reste un moment clé du calendrier mémoriel.
Prochaine étape
Les deux cérémonies se sont déroulées le 18 juin. Si le maire RN a maintenu son rendez-vous en fin de journée, l’initiative de Jean-Pierre Door a attiré une partie des anciens élus et des habitants attachés à la tradition gaulliste. À l’avenir, la question de la présidence des commémorations nationales à Montargis risque de rester un sujet sensible, tant que la mémoire de la France libre restera un marqueur politique dans cette ville du Loiret.
Sources
- ici.fr : Appel du 18 juin 1940 : face à la cérémonie de la mairie RN, Jean-Pierre Door organise son propre hommage à Montargis
- France 3 Régions : Le général de Gaulle se retourne dans sa tombe" : face au RN, l'ancien maire de Montargis commémore l'appel du 18 juin de son côté
- Magcentre : Jean-Pierre Door refuse de laisser le RN s'approprier l'héritage gaulliste
- Wikipédia : Jean-Pierre Door