Montpellier : un troisième procès pour la tentative de meurtre de 2019 à L’Entrepôt
Après deux condamnations annulées pour vice de procédure, quatre accusés seront rejugés à Carcassonne dans les prochains mois.
La Cour de cassation a annulé le 15 avril 2026 les condamnations prononcées en appel contre quatre des cinq accusés dans l'affaire de l'agression au couteau devant la discothèque L'Entrepôt à Lattes. Un vice de procédure suffit. Un troisième procès aura lieu à Carcassonne, près de sept ans après les faits.
L’essentiel
- 30 août 2019 : un employé de nettoyage poignardé à la gorge devant la discothèque L’Entrepôt à Lattes, dans l’agglomération montpelliéraine.
- Deux procès déjà tenus : premier verdict à Montpellier le 30 mai 2024 (jusqu’à 20 ans de réclusion), second en appel à Perpignan au printemps 2025 (jusqu’à 19 ans, préméditation retenue).
- 15 avril 2026 : la Cour de cassation annule les condamnations de quatre accusés pour discordance entre la feuille des questions et l’arrêt rendu.
- Troisième procès à organiser à Carcassonne, date non fixée ; un sixième suspect reste en fuite depuis 2019.
Une agression filmée, une victime miraculeusement survivante
Il est environ 6 heures du matin, le 30 août 2019, devant la discothèque L’Entrepôt à Lattes, commune limitrophe de Montpellier. Un employé de nettoyage d’une quarantaine d’années est poignardé à la gorge. Selon Midi Libre et Montpellier-infos.fr, la scène dure vingt-six secondes, captées par une caméra de surveillance - images pixélisées, mais exploitables.
La thèse retenue par l’accusation : une expédition punitive. Un groupe de Parisiens en vacances dans la région aurait eu un différend avec les videurs de la boîte. Faute de les trouver, ils se seraient retournés contre le premier employé disponible. La victime, qui souffre d’un handicap, n’avait aucun lien avec les vigiles visés. Elle a survécu en plaquant une main sur sa plaie et en conduisant seule jusqu’à l’hôpital.
Deux procès, deux verdicts, aucun définitif
Le premier procès s’ouvre aux assises de l’Hérault, à Montpellier, le 30 mai 2024. Cinq accusés sont condamnés : 20 ans de réclusion pour l’auteur présumé du coup de couteau, 15 ans pour trois autres, 14 ans pour le dernier.
L’affaire est portée en appel. La cour d’assises des Pyrénées-Orientales, à Perpignan, rend son arrêt au printemps 2025. Les peines sont ajustées à la hausse pour certains - 19 ans pour l’accusé principal, 16 ans pour trois co-accusés, 10 ans ferme pour le cinquième - et la préméditation est désormais retenue.
Mais la défense se pourvoit en cassation. Le 15 avril 2026, la Cour de cassation tranche : les condamnations de quatre des cinq accusés sont annulées. Motif : une discordance formelle entre la feuille des questions soumise aux jurés - qui portait sur une tentative d’assassinat - et l’arrêt final, qui ne mentionnait qu’une tentative de meurtre. Un écart de qualification qui suffit à vicier la procédure.
« Un calvaire judiciaire » pour la victime
Me Anthony Chabert, avocat de la partie civile aux côtés de Me Sevenier, ne cache pas son amertume. « C’est un calvaire judiciaire. Humainement, c’est très difficile d’imposer un troisième procès à la victime, qui va devoir raconter une nouvelle fois ce qu’elle a subi. On a l’impression d’être dans un jour sans fin, sans parler des coûts et de la logistique qui sont très lourds pour la justice », déclare-t-il, cité par Midi Libre.
Du côté de la défense, le ton est différent. Me Laurent Pasquet-Marinacce et Me Youri Krassoulia, qui représentent l’accusé le plus lourdement condamné, se félicitent de la décision. Ils demandent également que les autorités recherchent activement un témoin clé en fuite depuis les faits - un sixième suspect dont le sort judiciaire reste entier.
Contexte dans l’Hérault
L’Hérault est le département le plus peuplé d’Occitanie, avec Montpellier comme préfecture et deuxième ville universitaire de France. Son tribunal judiciaire et sa cour d’assises traitent un volume d’affaires criminelles en constante progression, reflet d’une démographie dynamique mais aussi d’une pression judiciaire accrue sur les juridictions de la région.
Cette affaire illustre les limites de la chaîne pénale en cas de vice formel : deux verdicts rendus, deux années d’audience mobilisant jurés, avocats et experts, pour aboutir à une remise à zéro partielle. Le renvoi à Carcassonne - cour d’assises de l’Aude - est une pratique habituelle lorsque les affaires ont déjà épuisé les deux ressorts locaux (Hérault puis Pyrénées-Orientales). Pour les affaires impliquant des victimes directes, la multiplication des renvois est particulièrement éprouvante.
Cap sur Carcassonne, date inconnue
Le troisième procès se tiendra donc à la cour d’assises de l’Aude, à Carcassonne. Aucune date n’a été fixée à ce stade. Selon Midi Libre, les quatre accusés concernés par l’annulation devraient déposer des demandes de remise en liberté dans l’attente de l’audience. Le statut du cinquième accusé - dont la condamnation n’a pas été cassée - n’a pas été précisé dans les sources disponibles.
La question du sixième suspect, toujours en fuite depuis août 2019, reste posée. La défense réclame sa localisation avant le prochain procès. Ce type de dossier, où les conséquences humaines perdurent longtemps après les faits, rappelle que la justice criminelle ne se réduit pas au seul verdict.
La prochaine audience de renvoi devant la cour d’assises de Carcassonne donnera le coup d’envoi officiel de ce troisième acte, près de sept ans après les faits.