Mort au commissariat du XXe : 1h35 entre l’interpellation et le décès

Un homme interpellé pour avoir roulé un joint est décédé d'un arrêt cardiaque dans les locaux de police après usage d'un pistolet à impulsion électrique

Mort au commissariat du XXe : 1h35 entre l’interpellation et le décès
Façade du commissariat du XXe arrondissement de Paris en plein jour Nathalie Rousselin / INFO.FR

Dans la nuit du mercredi 15 au jeudi 16 janvier 2026, un homme est décédé au commissariat du XXe arrondissement de Paris, 1h35 après son interpellation pour détention de cannabis. Contrôlé par la brigade spécialisée de terrain de Belleville vers 22h45 alors qu'il roulait un joint sur la voie publique, l'individu a fait un arrêt cardiaque fatal vers 00h20 alors qu'il attendait son transfert à l'hôpital. Le parquet de Paris a ouvert une enquête confiée à l'IGPN pour déterminer les causes exactes de ce décès qui intervient après l'usage d'un pistolet à impulsion électrique lors de l'interpellation.

L'essentiel

  • Un homme de 22h45 à 00h20, soit 1h35 entre son interpellation pour avoir roulé un joint et son décès par arrêt cardiaque au commissariat du XXe arrondissement de Paris
  • Usage d'un pistolet à impulsion électrique en mode contact sur la cheville après deux chutes au sol lors de la résistance aux palpations de sécurité
  • Découverte de matière brunâtre s'apparentant à du cannabis et de faux documents administratifs sur l'interpellé lors de la fouille
  • Dépistage d'alcoolémie négatif écartant l'hypothèse d'une intoxication alcoolique, l'homme attendait son transfert à l'hôpital pour une plaie à l'arcade
  • Enquête en recherche des causes de la mort confiée à l'IGPN avec autopsie à l'Institut médico-légal pour déterminer le lien entre l'interpellation et le décès

À 22h45 précises ce mercredi 15 janvier, une patrouille de la brigade spécialisée de terrain (BTC) de Belleville repère un homme en train de confectionner un joint de cannabis dans le XXe arrondissement de Paris. Une scène banale qui va basculer en drame en l’espace de 95 minutes. Selon Le Parisien, les policiers l’ont contrôlé alors

« qu’ils l’ont vu rouler un joint de cannabis »

, détaille le parquet de Paris dans son communiqué.

Une interpellation qui dégénère en chute au sol

L’intervention de routine se complique rapidement. Au moment d’être soumis à une palpation de sécurité, l’homme refuse de coopérer. Le parquet de Paris précise dans sa communication que les forces de l’ordre ont été confrontées à une situation de résistance.

« Indiquant avoir été confrontés au refus de se soumettre aux palpations, les policiers ont procédé à l’interpellation du suspect, qui a chuté au sol, entraînant deux policiers dans sa chute à deux reprises »

, détaille le communiqué officiel relayé par Le Parisien.

Face à cette résistance physique et aux chutes répétées, les policiers décident d’utiliser un pistolet à impulsion électrique (PIE). L’arme est déployée « en mode contact » sur la cheville de l’individu pour permettre sa maîtrise. Cette technique, encadrée par des protocoles stricts, consiste à appliquer directement l’appareil sur le corps sans tirer de projectile. Une fois neutralisé, l’homme est fouillé : les policiers découvrent sur lui

« la matière brunâtre s’apparentant à du cannabis »

ainsi que de faux documents administratifs, selon les éléments communiqués par le parquet.

Une blessure à l’arcade qui alerte les enquêteurs

Conduit au commissariat du XXe arrondissement, l’interpellé présente une plaie visible à l’arcade sourcilière. Cette blessure, probablement consécutive aux chutes survenues lors de l’interpellation, incite l’officier de police judiciaire de permanence à ordonner son transport vers un établissement hospitalier pour examen médical. Une décision conforme aux procédures qui imposent un contrôle médical systématique en cas de blessure apparente lors d’une garde à vue.

En attendant l’arrivée des secours devant assurer ce transfert, l’homme est installé sur un banc dans les locaux du commissariat. C’est à ce moment précis, alors que rien ne laissait présager l’issue fatale, que la situation bascule brutalement. L’individu se met soudainement à convulser avant de perdre connaissance sous les yeux des policiers présents. La chronologie établie par Le Parisien montre que les faits se sont enchaînés en quelques secondes.

Tentatives de réanimation infructueuses

Face à l’urgence vitale, les policiers présents dans le commissariat réagissent immédiatement en pratiquant un massage cardiaque sur l’homme inconscient. Les sapeurs-pompiers, alertés en urgence, arrivent rapidement sur place et prennent le relais des manœuvres de réanimation cardio-pulmonaire. Malgré tous les efforts déployés et l’enchaînement des protocoles de secours, rien n’y fait. À 00h20 précises dans la nuit du jeudi 16 janvier, soit exactement 1 heure et 35 minutes après l’interpellation initiale, le décès de l’homme est officiellement constaté.

Le dépistage d’alcoolémie pratiqué sur la victime s’est révélé négatif, écartant ainsi l’hypothèse d’une intoxication alcoolique aiguë comme facteur déclenchant. Cette information, communiquée par les autorités judiciaires, oriente les investigations vers d’autres pistes : pathologie cardiaque préexistante, réaction au stress de l’interpellation, conséquences de l’usage du pistolet à impulsion électrique, ou combinaison de plusieurs facteurs.

L’IGPN saisie pour faire la lumière sur les circonstances

La procureure de la République de permanence criminelle près du tribunal judiciaire de Paris s’est immédiatement déplacée sur les lieux du drame, accompagnée des enquêteurs de l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN), surnommée « la police des polices ». Les policiers de la BTC directement impliqués dans l’interpellation ont été auditionnés dès le jeudi 16 janvier au matin pour reconstituer précisément le déroulé des événements.

« En l’état des éléments connus, une enquête en recherche des causes de la mort a été ouverte » et confiée à l’IGPN, précise le ministère public dans son communiqué. Cette procédure, systématique lorsqu’un décès survient dans un contexte d’intervention policière, vise à établir les responsabilités éventuelles et à déterminer si les protocoles ont été respectés. Un certificat médical avec obstacle médico-légal a été rédigé et le corps a été transporté à l’Institut médico-légal de Paris.

Une autopsie pour établir les causes exactes du décès

L’autopsie, pratiquée à l’Institut médico-légal, constitue désormais l’élément central de l’enquête. Les médlégistes devront déterminer si l’arrêt cardiaque résulte d’une pathologie préexistante non diagnostiquée, des conditions de l’interpellation, de l’usage du pistolet à impulsion électrique, ou d’une combinaison de facteurs. Les résultats toxicologiques complémentaires, notamment concernant la présence éventuelle de stupéfiants dans l’organisme, seront également déterminants.

Ce décès intervient dans un contexte de vigilance accrue sur les conditions d’interpellation et l’usage des armes intermédiaires par les forces de l’ordre. Si les pistolets à impulsion électrique sont considérés comme des outils de maîtrise moins létaux que les armes à feu, plusieurs rapports médicaux internationaux ont documenté des cas d’arrêts cardiaques survenus après leur utilisation, particulièrement chez des personnes présentant des fragilités cardiaques. L’enquête de l’IGPN devra établir si le protocole d’usage du PIE a été respecté et si les policiers pouvaient avoir connaissance d’une éventuelle fragilité de la victime. Les conclusions de cette investigation, attendues dans les prochaines semaines, détermineront les suites judiciaires éventuelles de cette affaire qui relance le débat sur l’encadrement des techniques d’interpellation.

Sources

  • Le Parisien (15 janvier 2026)
  • Parquet de Paris (15 janvier 2026)
  • TF1 Info (15 janvier 2026)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.