Tour de France 2026 : Movistar accuse UAE de tuer le spectacle
José Joaquín Rojas dénonce les tactiques « insensées » de l'équipe de Pogačar sur l'étape 9
José Joaquín Rojas, directeur sportif de Movistar, brise l'omerta du peloton et dénonce publiquement les tactiques d'UAE Team Emirates lors de l'étape 9.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Tactiques de course controversées
L'UAE contrôle l'échappée de l'étape 9 sans enjeu stratégique, étouffant le spectacle et violant les codes tacites du peloton.
Omerta du peloton
85 % des directeurs sportifs partagent l'avis de Rojas, mais seul Movistar ose critiquer publiquement la domination d'UAE.
Spectacle en danger
Les baroudeurs n'ont plus d'espace, les échappées sont muselées, le Tour devient une procession contrôlée par une seule équipe.
Précédents de domination
Comparaisons avec US Postal et Team Sky : la puissance financière et sportive d'une équipe peut-elle tuer la compétition ?
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
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2020-2021
Pogačar domine
Tadej Pogačar remporte le Tour de France deux années de suite.
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2023-2025
UAE numéro un mondial
L'équipe UAE termine en tête du classement UCI World Tour trois saisons consécutives.
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2024-2025
Nouveau doublé Pogačar
Le Slovène remporte à nouveau le Tour en 2024 et 2025, établissant sa domination.
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12 juil. 2026
Étape 9 explosive
L'UAE contrôle l'échappée sans enjeu, déclenchant la colère de Movistar.
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13-14 juil. 2026
Rojas rompt l'omerta
Le directeur sportif Movistar dénonce publiquement les tactiques UAE lors de la journée de repos.
Première journée de repos du Tour de France 2026. José Joaquín Rojas - directeur sportif de Movistar, ne dort plus. L’étape 9 - Malemort-Ussel - dimanche 12 juillet - tourne en boucle dans sa tête. Il appelle les médias espagnols COPE et EFE. Il parle. Ce qu’il dit, 85 % de ses collègues pensent pareil. Lui le dit à voix haute.
« Ce que l’UAE a fait hier n’avait aucun sens ». Rojas ne mâche pas ses mots. L’étape file vers Ussel, 23 kilomètres de descente après le dernier col, aucune chance pour Tadej Pogačar de sprinter. L’échappée roule devant, Pablo Castrillo - coureur Movistar, y figure. Derrière, l’UAE contrôle. Collé au train. Écart minimal. Mathieu van der Poel gagne l’étape, mais le peloton a couru pour rien. « Je ne comprenais rien à ce que faisait l’UAE ».
« Des règles non écrites que tout le monde respecte »
Rojas ne parle pas que pour Movistar. Il parle au nom du peloton. « Je discute avec 85 % des directeurs d’équipe, et ils ressentent tous la même chose ». L’accusation est lourde: UAE Team Emirates XRG viole les « règles non écrites » du cyclisme. Ces codes tacites qui régissent la course depuis des décennies. Tu ne contrôles pas quand tu n’as rien à gagner. Tu laisses respirer l’échappée si elle ne menace pas le maillot jaune. Tu ne tues pas la course par principe.
Pablo Castrillo - le coureur Movistar coincé dans l’échappée muselée, confirme: « Je ne comprends pas la décision d’UAE Emirates-XRG; ça n’a aucun sens qu’ils n’aient pas donné plus d’espace à l’échappée. » L’équipe émiratie qualifie sa stratégie de « suffocante » et « insensée ».
Le silence assourdissant des autres directeurs
Le chiffre de 85 % provient des entretiens de Rojas avec COPE et EFE. Il affirme avoir discuté avec la quasi-totalité de ses pairs lors de la journée de repos. Tous pensent pareil. Mais seul Movistar prend la parole. Les autres? Ils ne parlent pas non plus. Ils se taisent. Par peur de représailles? Par calcul politique? Parce qu’ils espèrent un jour bénéficier de la même domination?
Ce mutisme collectif transforme la colère partagée en omerta. Les sponsors d’UAE pèsent lourd dans le cyclisme mondial. L’équipe émiratie finance des courses, des équipes continentales, des centres de formation. Critiquer UAE, c’est risquer de fermer des portes. Rojas brise ce code du silence, mais il le paie déjà: son équipe a perdu Cian Uijtdebroeks en début de course, malade. Movistar ne peut plus jouer le classement général. Il n’a plus rien à perdre.
Ce que personne ne dit: Pogačar collectionne, le peloton subit
Tadej Pogačar porte le maillot jaune avec 3’36 » d’avance sur Jonas Vingegaard et 4’06 » sur Remco Evenepoel. Il a déjà gagné deux étapes - les étapes 3 et 6. Rojas prédit qu’il en gagnera six sur ce Tour. L’équipe UAE a terminé numéro un du classement UCI World Tour trois saisons de suite - 2023, 2024, 2025. Pogačar a remporté le Tour en 2020, 2021, 2024 et 2025. La machine écrase. Le problème n’est pas la domination. Le problème, c’est la méthode.
174 coureurs sont encore en course. La plupart roulent pour rien. Pas d’échappée possible. Pas de coup d’éclat. Pas de place pour les baroudeurs. L’UAE contrôle tout, même quand ça ne sert à rien. Rojas: « L’UAE peut faire ce qu’elle veut, c’est comme ça dans le cyclisme, mais il y a aussi des règles non écrites qui doivent être respectées. »
UAE se défend: deux versions contradictoires
Florian Vermeersch - coureur UAE, répond aux critiques. Son équipe n’a pas à justifier son niveau. N’importe quelle autre formation dans la même situation agirait pareil. Fatalisme assumé: c’est la loi du plus fort, point final.
Mais Tim Wellens - autre coureur UAE, raconte une version différente. La formation était prête à lâcher l’échappée, affirme-t-il. Lui et Felix Großschartner se sentaient forts. L’équipe pensait à un sprint réduit avec Isaac del Toro. Le classement par équipes comptait aussi, même si secondaire.
Les deux discours ne tiennent pas ensemble. Soit UAE assume de tout contrôler par principe, soit elle avait des raisons tactiques précises. Vermeersch défend une posture idéologique, Wellens cherche une justification stratégique. L’incohérence révèle l’embarras. L’explication ne convainc personne. Les mots de Rojas restent: « déraisonnables ».
La tension ne date pas d’hier. En 2026, une polémique avait déjà éclaté: Jan Christen - coureur UAE, chute, s’accroche à la voiture de son directeur sportif pour revenir dans le peloton. Pénalité jugée trop clémente par le reste du peloton.
US Postal, Team Sky: quand la puissance tue le spectacle
Le cyclisme a connu d’autres périodes de domination totale. US Postal dans les années 2000, Team Sky dans les années 2010. Les comparaisons fusent. Mais la critique de Rojas va plus loin: ce n’est pas la victoire qui pose problème, c’est la manière.
On se souvient de Team Sky contrôlant des échappées pendant des étapes entières, écart plafonné, aucune attaque possible. Le public siffle parfois. L’équipe gagne, mais le Tour s’ennuie.
US Postal pratiquait la même stratégie: échappée sous contrôle absolu, aucun concurrent autorisé à s’échapper. La puissance financière et médicale de l’équipe transformait la course en procession. Les méthodes différaient, le résultat était identique: le spectacle mourait.
L’UAE 2026 reprend ce schéma. Mais avec une nuance: le règlement UCI n’interdit rien. Les règles non écrites, elles, disent autre chose. Contrôler une étape qu’on ne peut pas gagner. Étouffer une échappée qui ne menace personne. Transformer le Tour en procession.
La domination qui tue le spectacle
Movistar a perdu Cian Uijtdebroeks en début de course, malade. L’équipe a dû revoir ses ambitions. Elle ne peut plus jouer le classement général. Reste la chasse aux étapes, les coups d’éclat. Mais l’UAE ferme toutes les portes. Rojas et ses 85 % de collègues silencieux regardent le Tour s’éteindre, étape après étape.
Pogačar écrase. Le peloton respire mal. Rojas a parlé. Les autres directeurs sportifs, eux, restent muets. Pour combien de temps?
