Nanterre : un avocat d’affaires mis en examen et écroué pour une escroquerie de 2 millions d’euros
Xavier C., avocat d'affaires parisien, a été placé en détention provisoire le 25 juin, soupçonné d'escroquerie en bande organisée et blanchiment aggravé. Le préjudice dépasse les 2 millions d'euros.
Le tribunal judiciaire de Nanterre a mis en examen un avocat d'affaires de 50 ans pour escroquerie en bande organisée et blanchiment aggravé. Placé en détention provisoire, il est soupçonné d'avoir orchestré une fraude de plus de 2 millions d'euros au préjudice de proches et de clients. L'affaire, révélée fin 2025, a pris une tournure tragique avec le suicide de l'une de ses victimes.
L’essentiel
- Fait 1 : Xavier C., avocat d’affaires, a été mis en examen le 25 juin 2026 à Nanterre pour escroquerie en bande organisée, blanchiment aggravé et abus de confiance.
- Fait 2 : Il a été interpellé avec trois complices et placé en détention provisoire dans la foulée.
- Fait 3 : Le préjudice total est estimé à plus de 2 millions d’euros, via des investissements fictifs à Monaco ou au Liechtenstein.
- Fait 4 : Le 22 mars 2026, un septuagénaire des Yvelines, ruiné à hauteur de 700 000 euros, s’est suicidé.
Une interpellation et une mise en examen
L’avocat d’affaires Xavier C. a été appréhendé par les enquêteurs le jeudi 25 juin 2026, en compagnie de trois autres individus, à l’issue d’une enquête menée par la police judiciaire. Selon Actu Épinal, il a été présenté au juge d’instruction du tribunal judiciaire de Nanterre avant d’être mis en examen pour escroquerie en bande organisée, blanchiment aggravé et abus de confiance. Conformément aux réquisitions du parquet, le quadragénaire a été placé en détention provisoire.
Contactée par Contact92, une source proche de l’enquête confirme que les trois suspects interpellés avec lui ont également été mis en examen et placés sous contrôle judiciaire. L’ordonnance de mise en examen, que nous avons pu consulter, détaille des faits qui se seraient déroulés entre 2020 et 2025.
Un préjudice de plus de 2 millions d’euros
Le mode opératoire décrit par la justice est celui d’une escroquerie classique dite « d’investissement fictif ». Xavier C. proposait à ses victimes - essentiellement des voisins, des amis et des clients de son cabinet parisien - de réaliser des placements financiers très rentables, soit dans des sociétés écrans basées à Monaco, soit via des fonds offshore au Liechtenstein. Les promesses de plus-values atteignaient jusqu’à 20 % par an, bien au-dessus des rendements du marché.
Selon Police & Réalités, le préjudice total est estimé à « plus de 2 millions d’euros ». Au moins six plaintes avaient été recensées par Le Parisien dès le 29 novembre 2025, date à laquelle le quotidien avait révélé l’affaire. Depuis, de nouvelles victimes se sont manifestées, portant le nombre de plaignants à une dizaine.
Parmi elles, un couple de septuagénaires habitant le 16e arrondissement de Paris a perdu plus de 500 000 euros. Un autre homme d’affaires, installé à Neuilly-sur-Seine, aurait versé près de 300 000 euros sans jamais voir le moindre retour.
Le suicide d’une victime des Yvelines
L’affaire a basculé dans le tragique le 22 mars 2026. Ce jour-là, un septuagénaire des Yvelines, prénommé Pierre, s’est donné la mort dans sa maison de famille. Selon Police & Réalités, l’homme avait confié à ses proches qu’il avait perdu la totalité de ses économies - environ 700 000 euros - dans les investissements fictifs proposés par l’avocat. Sa famille a porté plainte pour abus de faiblesse et homicide involontaire. Une information judiciaire distincte a été ouverte au pôle de l’instruction de Versailles.
Le parquet de Nanterre n’a pas souhaité faire de commentaire sur ce volet. L’avocat mis en examen, par la voix de son conseil, a exprimé ses « condoléances attristées » à la famille, tout en contestant formellement tout lien de causalité.
L’Ordre des avocats mis en cause
Depuis la révélation de l’affaire par Le Parisien, les victimes reprochent à l’Ordre des avocats de Paris de n’avoir pas suspendu Xavier C. plus tôt. « Nous avions alerté le bâtonnier dès novembre 2025. Rien n’a été fait avant sa mise en examen », déplore une plaignante, jointe par téléphone. Selon Police & Réalités, une procédure disciplinaire était en cours, mais aucune suspension provisoire n’avait été prononcée.
Interrogé par actu.fr, le conseil de l’Ordre indique qu’« une enquête déontologique a été ouverte dès la connaissance des faits, mais que celle-ci ne pouvait aboutir qu’après les premières auditions judiciaires ». L’avocat mis en cause reste inscrit au barreau de Paris, sans exercer dans l’attente de la procédure.
Contexte dans les Hauts-de-Seine
Nanterre, ville-préfecture des Hauts-de-Seine, abrite le tribunal judiciaire qui traite les affaires financières les plus sensibles du département. Avec plus de 97 000 habitants, la commune est dotée d’un pôle économique important, avec la Défense à ses portes. Ce type d’escroquerie à grande échelle, impliquant un professionnel du droit, reste rare mais pas inédit dans le ressort. En 2023, un notaire de Boulogne-Billancourt avait été condamné pour des faits similaires portant sur 1,5 million d’euros.
Le tribunal de Nanterre, l’un des plus chargés de France, enregistre chaque année des centaines de dossiers économiques. Cette affaire, par son préjudice et le suicide d’une victime, suscite une émotion particulière dans le milieu judiciaire local.
Prochaine étape : l’instruction se poursuit
L’information judiciaire ouverte à Nanterre devrait durer plusieurs mois. Les enquêteurs cherchent à identifier d’éventuelles autres victimes et à tracer les flux financiers, notamment vers Monaco et le Liechtenstein. Xavier C. reste en détention provisoire, ses demandes de remise en liberté ayant été rejetées. Son procès ne pourra avoir lieu avant 2027.
En parallèle, la famille de la victime décédée a engagé une action en responsabilité civile contre l’Ordre des avocats, estimant que sa carence a contribué au drame.