Nanterre : le CROUS envoie la BAC après une nuit d’occupation pour défendre une étudiante handicapée
La FSE et le CSR ont occupé le bâtiment F de la cité universitaire pour empêcher l'expulsion d'une résidente précaire et handicapée.
À Nanterre, une étudiante de 25 ans risque d'être expulsée de sa résidence CROUS pour une dette de loyer d'environ 5 500 euros. Le 24 avril 2026, deux syndicats ont occupé les lieux toute la nuit. Le lendemain matin, la Brigade anti-criminalité est arrivée.
La situation dure depuis plusieurs mois. Cette étudiante de 25 ans, originaire de Lyon, vit en rupture familiale et souffre de troubles du sommeil handicapants qui l’empêchent de travailler. Elle réside dans le bâtiment F de la cité universitaire de Nanterre, gérée par le CROUS de Versailles. Selon France 3 Paris Île-de-France, sa dette de loyer s’élève à environ 5 500 euros.
Le CROUS a initié la procédure d’exclusion en septembre 2024, suivi d’une mise en demeure en mars 2025. Le tribunal administratif a prononcé la mesure d’expulsion le 27 novembre 2025. L’établissement justifie sa démarche par une occupation sans droit ni titre depuis deux ans, l’absence de paiement et la non-justification du statut d’étudiante. Les syndicats, eux, dénoncent une logique administrative aveugle face à une situation de grande précarité.
Occupation nocturne et refus de dialogue
Le 24 avril 2026 à 14h, la Fédération syndicale étudiante (FSE) et le Collectif de solidarité des résidents (CSR) ont organisé un rassemblement devant le bureau du CROUS, sous le slogan « Un étudiant, un logement ». Dans la foulée, ils ont occupé le bâtiment F pour empêcher toute expulsion imminente. La direction du CROUS a refusé de proposer une solution, selon la FSE Nanterre sur X. « On ne partira pas tant qu’on ne nous donne pas de garanties », a déclaré Eden, responsable au CSR de l’université Paris-Nanterre, cité par France 3.
La nuit s’est passée dans le bâtiment occupé. Le 25 avril au matin, la réponse du CROUS ne s’est pas fait attendre.
La BAC est intervenue sur place, envoyée selon la FSE par la direction du CROUS. Une situation comparable avait déjà eu lieu dans cette même cité en 2008 et en 2019, lors de mobilisations similaires contre des expulsions de résidents précaires. Ce n’est pas une première à Nanterre, mais la présence d’une intervention de forces de l’ordre dans un contexte de logement social étudiant reste rare et marque les esprits.
Une pénurie structurelle en toile de fond
Cette affaire s’inscrit dans un contexte de tension extrême sur le logement étudiant en Île-de-France. Dans l’académie de Versailles, le CROUS ne dispose que de 10 000 logements pour 240 000 étudiants, selon France 3. Le CROUS de Versailles concentrerait 30 % des procédures d’expulsion au niveau national, dont 48 % motivées par des impayés de loyers, d’après un rapport de janvier 2026 cité par Révolution Permanente.
La situation dépasse le seul cadre local. En 2025, 30 500 ménages ont été expulsés de leur logement en France, soit une hausse de 27 % par rapport à 2024, selon Le Monde - un record. Les étudiants précaires figurent parmi les profils les plus exposés. Sur ce terrain, la question du logement social et de la prise en charge des personnes vulnérables resurgit régulièrement dans le débat public, sans réponse structurelle à ce stade.
À Nanterre, l’issue de la mobilisation n’était pas encore connue à l’heure de la publication de cet article. La FSE et le CSR n’ont pas annoncé de levée d’occupation. Le CROUS de Versailles n’a pas communiqué de nouvelle position.
Sources
- France 3 Paris Île-de-France : "Un étudiant, un logement" : mobilisation contre l'expulsion d'une résidente de la cité universitaire de Nanterre
- Révolution Permanente : 30% des procédures au niveau national : le CROUS de Versailles, champion de l'expulsion des étudiants
- Le Monde : En 2025, 30 500 ménages ont été expulsés de leur logement, un niveau jamais atteint
- FSE Nanterre (X) : Tweet FSE Nanterre – intervention BAC après nuit d'occupation