Nantes : trois policiers municipaux réquisitionnés à domicile pour entraver la grève
Le syndicat FO dénonce une atteinte au droit de grève après que trois agents ont été contraints par huissier à travailler malgré le mouvement social pour l'armement létal.
La grève des policiers municipaux de Nantes entre dans sa troisième semaine. Vendredi 26 juin, trois agents ont été réquisitionnés à leur domicile par un huissier de justice sur ordre de la mairie pour assurer l'enlèvement de véhicules gênants le samedi matin. Le syndicat FO parle d'entrave au droit de grève tandis que la mairie invoque la continuité du service public.
L’essentiel
- Fait 1 : Vendredi 26 juin 2026, trois policiers municipaux grévistes ont été réquisitionnés à leur domicile par un huissier de justice, sur ordre de la mairie de Nantes, pour assurer une mission le lendemain.
- Fait 2 : Le syndicat Force ouvrière dénonce une atteinte au droit constitutionnel de grève ; la mairie justifie par la continuité du service public et la tenue du marché Gloriette.
- Fait 3 : Le mouvement social, qui réclame l’armement létal des agents, a été déclenché après quatre fusillades mortelles liées au narcotrafic dans les quartiers nord et est de Nantes entre avril et juin 2026.
- Fait 4 : Une centaine de personnes se sont rassemblées le 27 juin devant la mairie à l’appel de l’opposition de droite et du centre pour soutenir les policiers.
Une réquisition à domicile pour briser le piquet de grève
Le conflit social qui agite la police municipale de Nantes depuis trois semaines a pris un tour inédit vendredi 26 juin au soir. Trois agents en grève ont été réquisitionnés à leur domicile par un huissier de justice, mandaté par la mairie socialiste. L’objectif : les contraindre à assurer le service le lendemain matin, malgré le débrayage, en procédant à l’enlèvement de véhicules gênants pour l’installation du marché Gloriette.
Selon une source syndicale, les agents ont été « surpris chez eux, en tenue civile, par la notification de réquisition ». Le commandement de la police municipale n’avait pas prévenu les intéressés. La méthode, rarissime dans la fonction publique territoriale, est dénoncée par le syndicat majoritaire Force ouvrière comme une « atteinte disproportionnée au droit de grève ». Contacté, le syndicat FO Nantes a confirmé avoir déposé une plainte auprès du tribunal administratif pour excès de pouvoir.
La mairie, interrogée par info.fr, justifie cette décision par « la nécessité d’assurer la continuité du service public et la sécurité du marché Gloriette, qui attire plusieurs milliers de visiteurs chaque samedi ». Elle ajoute que « la réquisition individuelle est une mesure exceptionnelle, proportionnée à l’absence totale d’effectifs ce jour-là ».
Un conflit né de quatre fusillades mortelles
Le mouvement de grève a débuté fin mai 2026, après une série d’homicides par balles liés au narcotrafic. Quatre fusillades ont eu lieu entre le 28 avril et le 4 juin dans les quartiers de la Bottière, Port-Boyer et la Halvêque, faisant quatre morts et une dizaine de blessés. Les policiers municipaux, présents quotidiennement sur le terrain, estiment ne pas être suffisamment protégés.
Les agents réclament le port d’une arme létale de catégorie B (pistolet semi-automatique) en complément des Tasers et bâtons télescopiques dont ils disposent déjà. « On patrouille dans des secteurs où des trafiquants circulent avec des armes de guerre. On nous envoie avec des lanceurs de balles de défense », témoigne un agent sous couvert d’anonymat.
La maire de Nantes, Johanna Rolland (PS), refuse catégoriquement cette évolution. Dans un communiqué du 10 juin, elle a réaffirmé que « la lutte contre le narcobanditisme est une compétence régalienne de l’État et de la police nationale ». Elle estime que l’armement létal des policiers municipaux « n’est pas la réponse adaptée » et pourrait « créer un sentiment d’insécurité supplémentaire ».
En l’absence d’accord, les débrayages se multiplient. Le dimanche 21 juin, pour la Fête de la musique et malgré une alerte canicule, aucun agent municipal n’était en poste, laissant la gestion de l’événement à la seule police nationale, déjà sous tension.
L’opposition municipale monte au créneau
Samedi 27 juin, une centaine de personnes se sont rassemblées place du Commerce, devant l’hôtel de ville, à l’appel des groupes d’opposition de droite et du centre. Élus et citoyens arboraient des pancartes « Police municipale en danger » et « Sécurité pour tous ». Laurence Garnier, élue d’opposition de droite, a dénoncé « une mairie qui préfère réquisitionner ses agents chez eux plutôt que de les écouter ». Elle réclame un débat urgent au conseil municipal sur la sécurité et l’armement.
De son côté, le syndicat FO a indiqué maintenir la grève « tant que la mairie n’aura pas accepté une table ronde sur l’armement létal et les conditions de travail ». Le mouvement est suivi par environ 70 % des effectifs, selon les syndicats, tandis que la mairie évoque un taux de grévistes plus faible, autour de 40 %.
Contexte dans le département
Le conflit nantais s’inscrit dans un climat sécuritaire tendu en Loire-Atlantique. La métropole nantaise concentre la majorité des actes de narcotrafic du département, avec des points de deal actifs dans les quartiers nord et est. La ville de Saint-Nazaire, deuxième pôle urbain, connaît également une recrudescence de violences par armes à feu, bien que de moindre ampleur.
Le débat sur l’armement des polices municipales traverse le département. Plusieurs communes, comme Rezé ou Carquefou, ont opté pour des armes létales depuis 2024, sans incident notable. À Nantes, la question est devenue un symbole politique. Les effectifs de la police municipale étaient de 217 agents en 2026, mais leur équipement reste un point de blocage.
L’affaire rappelle d’autres tensions récentes dans les forces de l’ordre locales. Dans les Alpes-Maritimes, les policiers alertent également sur un service à bout de souffle. Par ailleurs, l’explosion de drogues de synthèse, comme le « dou » à La Réunion, illustre la diversification des trafics auxquels les polices municipales sont confrontées, comme le montre le plan d’urgence lancé par l’État.
Quelle issue pour la grève ?
À ce stade, aucun dialogue direct n’est programmé entre la mairie et les syndicats. La réquisition à domicile a durci le ton des deux côtés. FO a annoncé saisir le Défenseur des droits et le tribunal administratif. La mairie, elle, a indiqué qu’elle « continuera à prendre les mesures nécessaires pour garantir le service public », sans écarter de nouvelles réquisitions.
Le mouvement social pourrait s’étendre si aucune avancée n’intervient rapidement. Les policiers municipaux prévoient une nouvelle manifestation le samedi 4 juillet, avec un rassemblement prévu devant la préfecture de Loire-Atlantique. Le préfet devra arbitrer entre la continuité du service et le droit de grève.