Narcotrafic en Martinique : plan Vigipirate, drones et contrôles renforcés, le détail des propositions de la CTM
Face à 14 homicides depuis janvier et 40 en 2025, la Collectivité Territoriale de Martinique réunit 250 acteurs et demande à l'État un plan Vigipirate exceptionnel de 3 à 6 mois.
La Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) a réuni le 17 juin 2026 élus, préfet, justice et socio-professionnels pour bâtir une réponse collective au narcotrafic. Parmi les propositions un plan Vigipirate exceptionnel, des renforts douaniers et le déploiement de la vidéosurveillance communale.
L’essentiel
- 14 homicides en Martinique depuis le début de l’année 2026, dont 13 par arme à feu.
- 40 homicides en 2025, dont 34 par arme à feu.
- 250 participants réunis le 17 juin 2026 à l’Hôtel de la CTM à Fort-de-France.
- Demande officielle d’un plan Vigipirate exceptionnel de 3 à 6 mois.
- 294 armes illégales saisies en 2025, 93 déjà en 2026.
La Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) a organisé le 17 juin 2026 une réunion de crise à son siège de Fort-de-France. Environ 250 personnes ont répondu à l’invitation du président du conseil exécutif Serge Letchimy : maires, parlementaires, préfet, procureur, représentants des forces de l’ordre, du monde économique et associatif. L’objectif affiché était clair : sortir de l’impuissance face à la flambée de violences liées au narcotrafic.
Une violence qui s’aggrave d’année en année
Les chiffres présentés lors de la réunion confirment une tendance alarmante. Selon les données officielles citées par RCI Martinique et Info.fr, 40 homicides ont été commis en 2025, dont 34 par arme à feu. Depuis le 1er janvier 2026, 14 homicides ont déjà été enregistrés, dont 13 par balle. Les saisies d’armes illégales témoignent également de la circulation croissante d’armes à feu : 294 en 2025, et déjà 93 depuis le début de l’année 2026, a précisé la CTM.
Les élus présents - parmi lesquels les députés Jiovanny William, Jean-Philippe Nilor et Juvénal Rémir, ainsi que Justin Pamphile, président de l’Association des maires de Martinique - ont tous souligné l’urgence de la situation. Philippe Rodap, représentant du MEDEF local, a exprimé l’inquiétude grandissante du monde économique face au climat d’insécurité qui freine les investissements.
Les propositions concrètes de la CTM
Serge Letchimy a formulé plusieurs demandes précises à l’État, listées dans le compte rendu de la réunion transmis à la presse. La principale : l’instauration d’un plan Vigipirate exceptionnel d’une durée de trois à six mois sur l’ensemble du territoire martiniquais. Une mesure qui permettrait de déployer des effectifs militaires en renfort des forces de l’ordre locales, notamment dans les zones les plus touchées.
La CTM réclame également un renforcement des contrôles douaniers aux ports et à l’aéroport Aimé Césaire, avec des moyens techniques supplémentaires (scanners, détecteurs, drones). Les propositions incluent aussi le déploiement renforcé de la vidéosurveillance communale et la formation des policiers municipaux à des techniques d’intervention adaptées.
Dans le volet judiciaire, les élus demandent des effectifs supplémentaires au parquet et à la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) pour accélérer les procédures liées au trafic d’armes et de stupéfiants. Des mesures de prévention sont également évoquées : programmes d’insertion pour les jeunes, accompagnement des familles et renforcement de l’éducation à la citoyenneté dans les établissements scolaires.
Pour rappel, un conflit social paralyse actuellement certains services municipaux à Fort-de-France, comme le montre le récent blocage d’un accord de grève par un syndicat, ce qui complique la mise en œuvre rapide de certaines mesures locales.
Contexte dans le département
Avec 350 000 habitants répartis sur 34 communes, la Martinique connaît une recrudescence de la violence armée depuis 2023, qui s’est intensifiée en 2025. Le nombre d’homicides a doublé en deux ans. Les services de l’État ont déjà annoncé le départ de deux gendarmes de la brigade de La Trinité en mars dernier, un indicateur des difficultés de maintien des effectifs en zone rurale.
Le narcotrafic s’appuie sur des filières d’approvisionnement maritimes entre les îles des Caraïbes et le continent sud-américain. Les saisies de cocaïne dans les ports martiniquais ont augmenté de 30 % en 2025, selon des sources douanières non confirmées officiellement. La CTM insiste sur la nécessité d’une coordination régionale des forces de sécurité dans le bassin caribéen.
Prochaine étape : la Conférence régionale de sécurité des Caraïbes
La réunion du 17 juin était une première étape. Les propositions recueillies serviront de base à une plateforme de propositions qui sera présentée lors de la Conférence régionale de sécurité des Caraïbes, prévue en juillet 2026 à Fort-de-France. Cette conférence devrait réunir les représentants des États et territoires de la zone caraïbe, ainsi que des experts internationaux.
Les organisations du monde économique, comme le MEDEF Martinique, ont promis de participer activement à cette plateforme. Le président de la CTM a insisté sur la nécessité de mobiliser toutes les forces vives pour endiguer la spirale de la violence. Le préfet de Martinique, qui participait à la réunion, s’est engagé à transmettre les demandes au gouvernement dans les plus brefs délais.
La population martiniquaise, elle, attend des actes concrets après des mois de tensions croissantes. La prochaine conférence de juillet devra démontrer que les paroles se traduisent en moyens sur le terrain.
Sources
- Info.fr : Martinique : la CTM réunit élus, maires et services de l'État contre les violences et le narcotrafic
- Info.fr : Martinique : la CTM réunit forces vives contre le narcotrafic en vue de la conférence de juillet
- RCI Martinique : Violences et narcotrafic : les forces vives réunies à la CTM en vue de la conférence
- X (Twitter) : Tweet de la CTM Martinique du 17 juin 2026