Owen Cenazandotti, alias Naruto, 26 ans, et Safine Hamadi, 23 ans, ont été placés en garde à vue dans le cadre de l'enquête sur le décès de Raphaël Graven, connu sous le pseudonyme Jean Pormanove. Le streamer de 46 ans est mort en direct le 18 août 2025 à Nice, après avoir subi pendant douze jours des humiliations et violences filmées devant des centaines de milliers d'abonnés. Cette affaire relance le débat sur les dérives des plateformes de streaming et la responsabilité des créateurs de contenu.
L'essentiel
- Owen Cenazandotti (26 ans) et Safine Hamadi (23 ans) ont été placés en garde à vue après le décès de Jean Pormanove le 18 août 2025 à Nice
- Les deux streamers niçois avaient déjà été interpellés en janvier 2025 dans une enquête pour maltraitances sur personnes vulnérables avant d'être relâchés
- La chaîne Kick comptait 670 000 abonnés en août 2025 et diffusait des scènes de violences et humiliations répétées contre Jean Pormanove pendant 12 jours
- Le projet "Le Lokal" a été relancé en septembre 2025 sur Twitch par le frère d'Owen Cenazandotti, suscitant une vague d'indignation
- Une enquête du parquet de Nice est en cours pour établir les responsabilités dans ce drame qui interroge sur la régulation des plateformes de streaming
Selon La Dépêche, Owen Cenazandotti et Safine Hamadi, respectivement âgés de 26 et 23 ans, sont désormais au cœur d’une enquête judiciaire après le décès tragique de Jean Pormanove. Les deux jeunes hommes originaires de Nice animaient avec la victime une chaîne suivie par des centaines de milliers d’abonnés sur la plateforme Kick, connue pour ses règles de modération quasi inexistantes. Le drame s’est produit dans la nuit du 17 au 18 août 2025, dans un local commercial situé à Contes, près de Nice, où le streamer était filmé en permanence depuis douze jours.
Un duo déjà connu des services de police
Les deux influenceurs ne sont pas des inconnus de la justice. D’après Yahoo Actualités, ils avaient déjà été placés en garde à vue en janvier 2025 dans une enquête portant sur des soupçons de maltraitances envers des personnes vulnérables, avant d’être relâchés. Une enquête avait alors été ouverte pour « provocation publique par un moyen de communication au public par voie électronique à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur handicap », ainsi que pour « violences volontaires en réunion sur personnes vulnérables ayant entraîné une ITT inférieure à 8 jours ».
Safine Hamadi, ancien coursier à vélo reconverti en influenceur, revendique ses racines dans les quartiers populaires niçois. Il cumule près de 100 000 abonnés sur Instagram et plus de 350 000 sur Snapchat. Son acolyte Owen Cenazandotti, qui apparaît comme gérant de la société « Le Lokal TV », affiche des chiffres similaires avec 452 000 abonnés sur Snapchat. Ensemble, ils ont bâti un empire numérique controversé qui rapporterait, selon Yahoo Actualités, plusieurs milliers d’euros par mois grâce aux abonnements et aux dons des internautes.
Des violences filmées et diffusées en direct
Les vidéos diffusées sur la chaîne « Jeanpormanove » révèlent une réalité glaçante. Raphaël Graven, le vrai nom du streamer décédé, « est mort le 18 août à Nice, après avoir participé à des directs diffusés devant plusieurs milliers de spectateurs, où l’on pouvait le voir subir brimades et défis extrêmes ». Sur les images, on distingue des scènes d’humiliations physiques et psychologiques : strangulations, coups, insultes, jets de vomi. Quelques heures avant son décès, le streamer avait même été frappé avec une chaise par l’un de ses comparses.
Un troisième homme, surnommé « Coudoux » et placé sous curatelle, faisait également partie du groupe. Selon Yahoo Actualités, il était « sous curatelle, était aussi l’une des victimes du duo, au même titre que Jean Pormanove. Le quatuor diffusait des extraits de ses streams sur différents canaux : Youtube, Tiktok, où la bande s’appelle » LeLokalTV. Présenté comme un ancien fan ayant rejoint le groupe, il aurait subi lui aussi de nombreuses brimades et humiliations.
Une défense qui invoque l’amitié
Pour Yassin Sadouni, l’avocat de Naruto, son client serait victime d’une vague de « cyberharcèlement » et insiste sur le fait qu’« à ce jour, son client n’a pas été mis en cause juridiquement dans l’affaire ». La défense met en avant la relation étroite entre les protagonistes. Selon l’avocat, « Ils étaient tellement proches qu’il le considérait comme un frère. Cela fait six ans qu’ils vivent ensemble. Il est en relation constante avec la mère du défunt », a-t-il déclaré à BFMTV.
Cette version contraste fortement avec les images diffusées en ligne, où Jean Pormanove apparaît clairement comme une victime. Le parquet de Nice a ouvert une enquête pour déterminer les circonstances exactes du décès et établir d’éventuelles responsabilités pénales. Si l’autopsie doit préciser les causes médicales du décès, les violences répétées subies par la victime dans les jours précédents interrogent sur leur rôle potentiel dans le drame.
Kick, la plateforme de tous les excès
La plateforme Kick, sur laquelle se déroulaient ces diffusions, est régulièrement pointée du doigt pour son laxisme en matière de modération. Mercredi 20 août, la plateforme a annoncé sur X que « tous les co-streamers ayant participé à cette diffusion en direct ont été bannis dans l’attente de l’enquête en cours », et se dit prête à collaborer avec la justice. Cette réaction tardive intervient après des mois de signalements et de controverses autour du contenu diffusé sur la chaîne de Jean Pormanove.
La chaîne « Jeanpormanove » avait déjà été bannie de la plateforme entre le 2 et le 9 décembre 2024, avant de redevenir accessible. Cette suspension temporaire n’avait manifestement pas suffi à mettre fin aux dérives. Avec 670 000 abonnés en août 2025 selon Le Dauphiné Libéré, la chaîne générait un trafic considérable et des revenus substantiels, alimentant une économie de la violence et de l’humiliation.
Un retour controversé après le drame
L’affaire a connu un rebondissement inattendu deux mois après le décès. Selon BFM TV, le projet « Le Lokal » s’est relancé discrètement sur Twitch à la mi-septembre 2025, sous la houlette de Gwen Cenazandotti, le frère d’Owen. Ce dernier a signé un nouveau bail de trois ans pour le local niçois et lancé une cagnotte en ligne qui a permis de récolter plus de 3 300 euros en deux semaines. Des émissions en direct sont désormais diffusées chaque samedi soir, avec de nouvelles recrues mais aussi l’annonce du retour de certains anciens visages.
Cette reprise a déclenché une vague d’indignation sur les réseaux sociaux. De nombreux internautes dénoncent une « indécence » et un manque de respect envers la mémoire de Jean Pormanove. Un cadre à son effigie, placé à côté d’une bougie dans le local, divise profondément les spectateurs. Gwen Cenazandotti affirme de son côté « assumer » la reprise, tout en reconnaissant subir la pression des autorités. Il évoque des visites régulières des gendarmes et affirme que « le procureur nous met la pression pour qu’on arrête », une information qui n’a pas pu être vérifiée par BFM TV.
« C’est un pari risqué de reprendre le Lokal, on repart sur un bail de trois ans, va falloir rebosser pour payer le loyer », selon Gwen Cenazandotti dans un live sur Twitch.
Concernant les protagonistes principaux, Gwen a révélé que Safine Hamadi a « quitté la région » pour « prendre du temps pour lui », mais qu' »il reviendra sans doute un jour ». Quant à son frère Owen, il ne devrait pas réapparaître au Lokal « probablement pas avant 2026 ». Ces déclarations interviennent alors que les deux hommes sont toujours sous le coup d’une enquête du parquet de Nice pour « violences volontaires en réunion sur personnes vulnérables » depuis décembre 2024.
Les zones d’ombre d’une affaire complexe
L’affaire Jean Pormanove a également donné lieu à de nombreuses rumeurs sur les réseaux sociaux. Une fausse cagnotte prétendant récolter plus de 540 000 euros pour les frais de justice de Naruto et Safine a circulé massivement. Selon Les Surligneurs, la plateforme Leetchi a confirmé qu’il s’agissait d’une image manipulée. Une véritable cagnotte avait bien été créée, mais elle a été automatiquement bloquée par l’équipe de détection de fraude de Leetchi après avoir détecté un risque, et n’avait enregistré aucun donateur.
Cette désinformation illustre l’ampleur de l’émotion suscitée par cette affaire, qui pose des questions fondamentales sur la régulation des plateformes de streaming et la protection des personnes vulnérables. La communauté des streamers suivis par près de 200 000 personnes selon Les Surligneurs s’est divisée entre soutiens inconditionnels et dénonciateurs des violences filmées.
Le procureur de Nice a annoncé que l’autopsie de Raphaël Graven serait réalisée pour déterminer les causes exactes du décès. Si les premières informations suggèrent que sa mort n’est pas directement liée aux violences subies, les enquêteurs doivent établir la chronologie précise des événements et déterminer les responsabilités de chacun. La question de la mise en danger d’autrui, de la non-assistance à personne en danger ou encore de l’exploitation d’une personne vulnérable pourrait être posée.
Cette tragédie intervient dans un contexte de multiplication des dérives sur les plateformes de streaming, où la course à l’audience et aux revenus publicitaires pousse certains créateurs de contenu à franchir toutes les limites éthiques et légales. Le cas de Jean Pormanove, homme de 46 ans en situation de vulnérabilité transformé en attraction pour des centaines de milliers d’internautes, pose la question de la responsabilité collective face à ces nouveaux spectacles de la cruauté. Reste à savoir si la justice parviendra à établir les responsabilités individuelles dans ce drame annoncé, filmé et diffusé en direct devant des milliers de spectateurs passifs.
Sources
- La Dépêche (20 août 2025)
- Yahoo Actualités (21 août 2025)
- BFM TV (1er octobre 2025)
- RTL (2 octobre 2025)
- Le Dauphiné Libéré (20 août 2025)
- Les Surligneurs (21 août 2025)