Narcotrafic : le Narval Café à Bressuire fermé 3 mois, une première dans les Deux-Sèvres
Le préfet Simon Fetet a notifié la fermeture le 28 avril 2026, mesure inédite dans le département liée au trafic de stupéfiants
Le préfet des Deux-Sèvres a ordonné la fermeture administrative du Narval Café à Bressuire pour trois mois. C'est la première mesure de ce type liée au narcotrafic dans le département. Le gérant, Emmanuel Blévin, conteste et évoque un recours.
Le Narval Café, bar-tabac-jeux du centre-ville de Bressuire, doit baisser le rideau pour trois mois. Le préfet des Deux-Sèvres, Simon Fetet, a notifié la fermeture administrative à son gérant, Emmanuel Blévin, le mardi 28 avril 2026. Selon la préfecture, des constats répétés des forces de l’ordre ont établi que l’établissement et ses abords étaient utilisés pour des activités liées au trafic de stupéfiants : consommation, transactions et surveillance.
L’essentiel
- Fermeture de 3 mois : le préfet Simon Fetet a ordonné la fermeture administrative du Narval Café à Bressuire, effective à compter du 28 avril 2026.
- Première dans le département : aucune mesure similaire liée au narcotrafic n’avait été prononcée auparavant dans les Deux-Sèvres, selon la préfecture et plusieurs médias régionaux.
- Motif officiel : constats répétés d’usage de l’établissement et de ses abords pour consommation, transactions et surveillance liées aux stupéfiants, caractérisant un trouble à l’ordre public.
- Gérant en colère : Emmanuel Blévin, à la tête du café depuis six ans, conteste la décision et évoque un recours juridique possible.
- Contexte national : le trafic de stupéfiants a progressé de 8 % en France en 2025, avec une hausse sensible également enregistrée dans les Deux-Sèvres.
Un bar fréquenté du centre-ville visé
Le Narval Café occupe une place centrale à Bressuire. L’établissement fonctionne comme bar, bureau de tabac et point de jeux - il est décrit par actu.fr comme l’un des commerces les plus fréquentés du centre-ville. Emmanuel Blévin en assure la gestion depuis six ans.
La notification de fermeture lui a été remise le 28 avril 2026 au matin. La mesure est fondée sur l’article L. 3332-15 du code de la santé publique, qui autorise le préfet à ordonner la fermeture temporaire d’un débit de boissons lorsque des troubles à l’ordre public y sont constatés.
Ce que reproche la préfecture
Selon la préfecture des Deux-Sèvres, les forces de l’ordre ont établi à plusieurs reprises que le Narval Café et ses abords servaient de cadre à des activités illicites liées aux stupéfiants : consommation sur place ou à proximité, transactions et surveillance du périmètre. Ces faits répétés caractérisent, selon l’administration, un trouble manifeste à l’ordre public.
Le préfet Simon Fetet est direct dans ses déclarations à La Nouvelle République : « On est en train de salir notre image », a-t-il affirmé en justifiant la décision. La mesure administrative n’implique pas nécessairement une mise en cause pénale directe du gérant, mais elle sanctionne le lieu en tant que point de fixation du trafic.
La réaction du gérant : « On ne mérite pas cela »
Emmanuel Blévin ne cache pas sa colère. Interrogé par Ouest-France, il affirme : « On ne mérite pas cela. » Il précise sa position dans un autre entretien : « Il y avait un trafic et on m’assimile à ça. » Le gérant distingue ainsi sa responsabilité personnelle de celle des individus qui auraient utilisé les abords de son établissement.
Blévin évoque un recours juridique possible contre l’arrêté préfectoral. La procédure de fermeture administrative peut faire l’objet d’un référé-liberté devant le tribunal administratif, qui statue en 48 heures. À ce stade, aucune démarche judiciaire n’a été officiellement confirmée.
La fermeture d’un établissement aussi central dans la vie commerciale bressuiraise est un événement rare. Ce type de mesure, souvent associé aux grandes agglomérations, reste inhabituel dans une ville de taille moyenne comme Bressuire. Pour mémoire, des préfets d’autres départements ont également durci leur approche sécuritaire ces derniers mois face aux pressions économiques et sociales locales.
Contexte dans les Deux-Sèvres
La décision du préfet Fetet s’inscrit dans une dégradation documentée de la situation en matière de stupéfiants dans le département. Selon La Nouvelle République, le bilan de la délinquance 2025 dans les Deux-Sèvres fait état d’une forte hausse des mis en cause pour trafic de stupéfiants. La drogue s’y « enracine » dans la délinquance locale, selon les termes du journal.
Au niveau national, les chiffres publiés par le ministère de l’Intérieur et relayés par Vie Publique indiquent une progression de 8 % du trafic de stupéfiants en 2025 par rapport à 2024. Les Deux-Sèvres, département rural de 374 000 habitants environ, n’échappent pas à cette tendance.
Bressuire, sous-préfecture avec environ 20 000 habitants, est la deuxième ville du département après Niort. Son centre-ville concentre commerces et flux de population, ce qui peut en faire un point d’ancrage pour des réseaux de deal de proximité, selon un schéma observé dans d’autres villes moyennes françaises. Ce phénomène n’est pas propre aux Deux-Sèvres : des opérations similaires contre les trafics ont mobilisé les forces de l’ordre dans d’autres territoires ces derniers mois.
La fermeture du Narval Café est, selon la préfecture et plusieurs médias régionaux dont Ici France et actu.fr, la première de ce type dans les Deux-Sèvres. Aucun précédent comparable n’a été identifié dans les archives départementales récentes.
Un durcissement préfectoral assumé
La fermeture administrative d’un bar pour narcotrafic reste un outil relativement peu utilisé en zone rurale ou semi-urbaine. Elle signale un changement d’approche de la part de la préfecture. Jusqu’ici, ce type de mesure était davantage associé aux grandes villes ou aux zones urbaines sensibles.
Le recours à cet outil dans les Deux-Sèvres traduit une volonté affichée de ne pas laisser des établissements commerciaux servir, même passivement, de cadre à des trafics. La préfecture n’a pas précisé si d’autres établissements faisaient l’objet d’une surveillance similaire.
La mesure touche directement l’activité économique du Narval Café : trois mois de fermeture représentent une perte significative pour un bar-tabac dont les revenus sont liés à la fréquentation quotidienne. Les répercussions sur les salariés éventuels de l’établissement n’ont pas été communiquées à ce stade.
Emmanuel Blévin dispose d’un délai légal pour contester l’arrêté. Si un recours est déposé devant le tribunal administratif de Poitiers, une audience pourrait intervenir dans les prochaines semaines.
Sources
- Préfecture des Deux-Sèvres (@Prefet79) : Première fermeture administrative liée au narcotrafic dans les Deux-Sèvres
- Ouest-France : « On ne mérite pas cela » : un patron de café des Deux-Sèvres réagit à la fermeture administrative
- La Nouvelle République : Trafic de stupéfiants : le préfet des Deux-Sèvres ordonne la fermeture administrative d'un bar à Bressuire
- Ici France (France Bleu / France 3) : Deux-Sèvres : première fermeture temporaire d'un café en lien avec le trafic de drogues