Nice : Ciotti donne 30 jours à Estrosi pour justifier 312 000 € de frais sans justificatifs
La nouvelle mairie de Nice affirme n'avoir retrouvé aucun document pour 312 023 € de frais engagés entre 2016 et 2025.
Dans un courrier du 22 mai 2026, Éric Ciotti indique que ses services n'ont trouvé aucun justificatif pour 312 023 € de frais de représentation nets versés à son prédécesseur Christian Estrosi. L'ancien maire a jusqu'au 30 juin pour transmettre les pièces, faute de quoi une saisine judiciaire est envisagée.
L’essentiel
- 380 908,38 € : montant brut des frais de représentation engagés par la Ville de Nice pour Christian Estrosi entre mai 2016 et décembre 2025, selon Nice-Matin.
- 312 023,33 € : montant net après déduction de 68 885,05 € reversés - sans aucun justificatif retrouvé par la nouvelle municipalité.
- 22 mai 2026 : date du courrier officiel d’Éric Ciotti à Transparence Citoyenne confirmant l’absence de tout document probant.
- 30 juin 2026 : délai imposé à Christian Estrosi pour fournir les pièces, sous peine de saisine judiciaire.
- Depuis 2024 : Transparence Citoyenne demande ces notes de frais ; face au refus d’Estrosi, l’association avait saisi le tribunal administratif de Nice.
Un courrier officiel qui révèle le vide documentaire
Éric Ciotti, élu maire de Nice en 2026 et président de la Métropole, a adressé le 22 mai 2026 un courrier officiel à l’association Transparence Citoyenne. Le document, consulté et authentifié par Nice-Matin, est sans ambiguïté : les services municipaux n’ont retrouvé aucun justificatif permettant d’établir la nature, le bien-fondé ou la légalité des 312 023,33 € de frais de représentation nets versés à son prédécesseur Christian Estrosi.
Le calcul détaillé figure dans ce même courrier : 380 908,38 € engagés bruts sur la période mai 2016 - décembre 2025, dont 68 885,05 € reversés à la collectivité, pour un solde net de 312 023,33 €. Ni note de frais, ni facture, ni pièce comptable n’aurait été conservée ou transmise à la nouvelle équipe pour justifier ces sorties de caisse.
L’ultimatum : 30 jours ou la justice
Ciotti a fixé un délai de trente jours à Christian Estrosi pour transmettre les justificatifs manquants. La date butoir est le 30 juin 2026. Sans réponse satisfaisante, le nouveau maire se réserve explicitement le droit de saisir la justice, selon le courrier cité par Nice-Matin.
Transparence Citoyenne a publié le contenu de cet échange sur le réseau X, déclenchant une forte réaction en ligne. Le journaliste @PatNice31 résume la situation :
Aucune réaction publique de Christian Estrosi n’avait été enregistrée au moment où Nice-Matin publie ces informations.
Un contentieux qui remonte à 2024
L’affaire ne surgit pas de nulle part. Depuis 2024, Transparence Citoyenne, association présidée par Guillaume Leroy et financée notamment par Pierre-Édouard Stérin, demande les notes de frais de Christian Estrosi. Face au refus de l’ancien maire, l’association avait saisi le tribunal administratif de Nice, un contentieux qui était toujours pendant en 2025.
Cette démarche s’inscrit dans une campagne plus large : Transparence Citoyenne a sollicité plus de 1 000 communes de plus de 10 000 habitants depuis mars 2024 pour obtenir les notes de frais des maires sur la période 2020-2024.
En octobre 2025, des élus proches de Ciotti et des candidats aux municipales 2026 avaient déjà qualifié le refus d’Estrosi d’« inadmissible » concernant des deniers publics, selon actu.fr. Le cadre juridique est pourtant clair : dans les Alpes-Maritimes comme partout en France, un arrêt du Conseil d’État de 2023 oblige les maires à communiquer leurs notes de frais à toute personne qui en fait la demande.
La polémique Médiapart de décembre 2025
En décembre 2025, Médiapart avait classé Christian Estrosi parmi les élus les plus dépensiers en frais de représentation, citant 36 950 € pour la seule année 2024 au titre de la Métropole Nice Côte d’Azur. L’ancien maire avait contesté ce classement, affirmant rembourser les deux tiers de ses frais annuellement et ne percevoir aucune indemnité de président de Métropole, selon Le Figaro.
Ces déclarations d’Estrosi entrent désormais en tension directe avec le constat de la nouvelle municipalité : si des reversements ont bien eu lieu (68 885,05 € sur neuf ans), aucune pièce ne documente ni l’usage des sommes dépensées, ni la méthode de calcul des reversements.
Contexte dans les Alpes-Maritimes
Nice est la cinquième ville de France et le chef-lieu du département des Alpes-Maritimes. La Métropole Nice Côte d’Azur regroupe 49 communes et pèse un budget de plusieurs centaines de millions d’euros. Le changement de majorité intervenu en 2026, avec l’élection d’Éric Ciotti à la mairie après des années de rivalité ouverte avec Christian Estrosi, a placé la gestion municipale au centre du débat local.
Ciotti avait annoncé en avril 2026 un plan d’économies de 60 millions d’euros, incluant la suppression des frais de représentation forfaitaires du maire (33 700 € en 2025) et de la sécurité personnelle du maire (240 000 €), selon 20 Minutes et Nice-Matin. Ce contexte donne à l’affaire des frais d’Estrosi une résonance politique immédiate : la nouvelle équipe se positionne en rupture avec la gestion précédente et utilise ces révélations pour asseoir ce récit.
La transparence des finances locales est un enjeu qui dépasse Nice. Dans d’autres collectivités, les corps de contrôle de l’État multiplient les visites de terrain pour évaluer la gestion publique locale. La Chambre régionale des comptes Provence-Alpes-Côte d’Azur n’a pas, à ce stade, été mentionnée dans ce dossier.
Ce que dit la loi, ce que dit le dossier
Les frais de représentation des élus locaux sont encadrés. Ils doivent être justifiés par des pièces comptables attestant de dépenses réelles engagées dans l’exercice du mandat. L’absence de justificatif ne constitue pas automatiquement une infraction pénale, mais expose l’élu concerné à des demandes de remboursement et, selon la qualification retenue par un juge, à des poursuites pour gestion de fait ou prise illégale d’intérêts.
À ce stade, aucune plainte pénale n’a été déposée. Ciotti évoque une « saisine de la justice » sans préciser la nature exacte de la procédure envisagée. Christian Estrosi dispose jusqu’au 30 juin 2026 pour apporter des éléments.
Prochaine étape
La réponse - ou l’absence de réponse - de Christian Estrosi avant le 30 juin 2026 déterminera la suite. Si Ciotti met sa menace à exécution, comme dans d’autres affaires judiciaires locales, c’est le parquet de Nice ou une juridiction administrative qui sera saisi pour trancher la question de la régularité de ces 312 023 € de dépenses publiques.
Sources
- Nice-Matin : Frais de Christian Estrosi à Nice : l'ultimatum d'Eric Ciotti pour justifier plus de 312 000 euros de frais de représentation
- actu.fr : Nice. Christian Estrosi refuse de livrer ses notes de frais : "C'est inadmissible"
- Le Figaro : À Nice, Christian Estrosi contraint de se justifier sur ses frais de représentation
- 20 Minutes : Nice : « Régime sec »... Ciotti dénonce le « train de vie » de l'ex-équipe municipale