Œufs au Maroc : la chute post-Ramadan qui inquiète les éleveurs
De plus de 1,50 dirham pendant le Ramadan à 0,60 dirham en mai la détente soulage les ménages, mais menace une filière dont 80% des intrants viennent de l'étranger.
Le prix unitaire de l'œuf est passé de plus de 1,50 dirham pendant le Ramadan à 0,60-0,90 dirham. Les producteurs alertent sur des ventes à perte imminentes.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Pouvoir d'achat des ménages
Le prix unitaire passe de plus de 1,50 à 0,60-0,90 dirham, dans un contexte où le pouvoir d'achat reste sous pression.
Vente à perte pour les éleveurs
À ces niveaux, le prix de vente frôle ou passe sous le coût de revient, menaçant la rentabilité de la filière.
Dépendance aux importations
Près de 80% du coût de revient dépend de céréales (maïs, soja) achetées sur les marchés mondiaux.
Risque de cycle baisse-hausse
Une contraction de l'offre due aux pertes des éleveurs pourrait provoquer une nouvelle flambée à moyen terme.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- L'œuf passe de plus de 1,50 dirham pendant le Ramadan à 0,60-0,90 dirham aujourd'hui.
- Production record en 2025 7 milliards d'unités, au-dessus des niveaux d'avant 2022.
- Consommation par Marocain 191 œufs en 2025, contre 138 en 2010 (+38% en quinze ans).
- 97 à 98% des aliments pour volailles sont importés environ 80% du coût de revient dépend des céréales mondiales.
- Sur 25 ans, le prix de base de l'œuf marocain a progressé de 115%, malgré les chutes cycliques.
Les consommateurs marocains [1] paient désormais leurs œufs entre 0,60 et 0,90 dirham l’unité [2], selon les circuits de distribution [3]. Quelques semaines plus tôt, pendant le Ramadan, le même œuf dépassait 1,50 dirham [4] [5]. La correction est brutale. Elle intervient dans un contexte où le pouvoir d’achat des ménages reste sous pression [6].
La cause de la détente actuelle tient en un chiffre. La filière a atteint en 2025 une production de 7 milliards d’œufs [8] [9] [10], un volume qui dépasse désormais les niveaux d’avant 2022 [11]. Cette abondance a mécaniquement tiré les prix vers le bas [12].
Khalid Zaim, président de l’Association nationale des producteurs d’œufs [13] [14], explique cette envolée de l’offre par les investissements massifs des éleveurs en 2024 et 2025 - importation de reproducteurs, extension des fermes, montée en capacité [15]. Les prix rémunérateurs des dernières années avaient incité la profession à miser gros. Le retour de bâton est arrivé après le Ramadan.
Une fonction qui interroge
Une précision s’impose sur l’identité de notre principal interlocuteur. Lors d’une précédente flambée des prix, Khalid Zaim était présenté par Le360 comme vice-président de l’Association nationale des producteurs d’œufs de consommation [16]. Dans les articles plus récents consacrés à la chute actuelle des prix, le même Khalid Zaim est qualifié de président de l’Association nationale des producteurs d’œufs [13]. La présidence de l’ANPO [14], que nous avons contactée, était injoignable - et aucun document officiel consulté ne permet de trancher entre une promotion intervenue dans l’intervalle, une simple variation rédactionnelle entre rédactions ou une coexistence d’entités au périmètre proche. Le nom même de l’association varie selon les sources: « Association nationale des producteurs d’œufs » [13], «. D’œufs de consommation » [16], ou simplement « ANPO » [14]. Khalid Zaim occupe une fonction dirigeante au sein de la filière; sa qualification précise reste à confirmer.
Un substitut devenu central
La consommation marocaine a atteint 191 œufs par habitant en 2025 [17] [18] [19], contre 171 en 2024 [20] [21] [22] et seulement 138 en 2010 [23]. Soit une hausse de près de 38% en quinze ans [24].
« Face aux prix records de la viande rouge et du poisson, l’œuf est devenu un aliment de première nécessité » [25], déclare Khalid Zaim au site Le360. L’œuf sert souvent de substitut à d’autres sources de protéines devenues plus coûteuses, comme la viande rouge ou même la volaille [26]. Sa place dans l’alimentation des ménages est devenue centrale [27].
Le coût de revient menacé
À ces niveaux, le prix de vente frôle, voire passe en dessous du coût de revient [28]. « Aujourd’hui, le prix de vente pourrait passer en dessous du coût de production réel, ce qui générerait des pertes pour les éleveurs » [29], avertit Khalid Zaim.
Une filière sous perfusion d’importations
La fragilité du modèle économique tient à sa structure d’approvisionnement. 97 à 98% des aliments pour volailles sont importés [30]. Selon LesEco, le coût de revient dépend à environ 80% de céréales achetées sur les marchés mondiaux [31]. L’essentiel des matières premières - maïs et soja - vient de l’étranger [32], achetés en dollars sur les bourses internationales et acheminés par fret maritime jusqu’aux ports marocains.
Cette dépendance expose mécaniquement la filière à trois variables qu’aucun éleveur marocain ne contrôle: le cours des devises (dollar et euro), les tarifs du transport maritime et les tensions géopolitiques [33] [34]. Concrètement, une appréciation du dollar de quelques pour cent ou un renchérissement du fret peuvent absorber, en quelques semaines, l’intégralité de la marge d’un éleveur. La question de la souveraineté alimentaire, posée à l’occasion de chaque flambée mondiale du maïs ou du soja, reste largement entière dans le débat public.
Le cycle baisse-pénurie-hausse
« Le consommateur a le droit le plus légitime de profiter des prix bas, mais si nous subissons trop de pertes, l’offre se contractera et les prix remonteront mécaniquement » [35], prévient Khalid Zaim. Une baisse prolongée des prix peut pousser certains éleveurs à réduire leur activité, voire à sortir du marché [36]. La conséquence est documentée: une contraction de l’offre alimente une nouvelle hausse des prix [37].
Ce cycle surproduction-effondrement-pénurie-rebond n’a rien d’une spécificité marocaine. Selon plusieurs sources, des phénomènes comparables ont été observés dans d’autres filières d’élevage à cycle court, où l’investissement précède toujours la lecture du marché. La filière marocaine s’inscrit dans ce mécanisme structurel.
L’histoire récente de la filière marocaine donne le précédent local. Le point bas absolu remonte à la semaine 32 d’août 2004 [38], avec un prix de 0,48 dirham départ ferme [39]. Le record absolu à la hausse a été atteint durant la seconde quinzaine de mars 2023 [40]: 1,28 dirham en moyenne, avec des pointes à 1,35 dirham [41]. Entre les deux, la volatilité s’est nettement accentuée: entre 2001 et 2010, l’écart-type des prix ne dépassait pas 0,05 dirham [42]; depuis 2022, il a plus que triplé pour atteindre 0,16 dirham [43]. La décennie intermédiaire 2010-2022 n’est pas documentée dans les sources consultées, mais l’amplitude entre les deux références suffit à établir un changement de régime.
Ce que les sources ne disent pas
Aucune des sources consultées ne mentionne le rôle des intermédiaires dans la chute actuelle des prix. Or, lors d’une précédente flambée, Khalid Zaim accusait précisément les intermédiaires et spéculateurs de gonfler les prix [44]. « Ils invoquent la liberté du marché, mais finissent par empocher des marges supérieures à celles des producteurs eux-mêmes » [45], déplorait-il alors. À cette période, l’œuf se vendait à 1,50 dirham au consommateur [46] contre 1,15 dirham à la sortie des exploitations agricoles [47] - un écart de 35 centimes capté par la chaîne de distribution. Aujourd’hui que les prix s’effondrent, la question de savoir si cet écart s’est réduit, maintenu, ou même élargi reste sans réponse publique.
Le calendrier des prochains mois
Selon LeSiteinfo, les prix se stabilisent désormais entre 0,80 et 1 dirham l’unité [48], le seuil symbolique du dirham étant repassé à la baisse [49]. Avec l’arrivée de la saison des mariages et des fêtes familiales, la demande s’annonce plus soutenue [50] [51]. Une hausse mécanique des prix est attendue [52].
Du côté du poulet, la filière avicole marocaine affiche également une surproduction. « 2026 est une année de forte production » [53], affirme Abderrahmane Ryadi, de l’Association nationale des producteurs de viandes de volailles [54]. Le prix sortie ferme s’établit à 14 dirhams le kilo contre 11 dirhams un an plus tôt [55] [56]. « Les tensions éventuelles resteront éphémères » [57], assure le responsable.
Trouver un point d’équilibre entre accessibilité pour le consommateur et viabilité économique pour les producteurs reste un défi récurrent [58]. Sur le quart de siècle écoulé, le prix de base de l’œuf marocain a progressé de 115% [7] - une trajectoire ascendante que les chutes brutales comme celle observée récemment ne suffisent pas à inverser durablement.
Sources
Voir le détail de chaque fait sourcé (58)
« Les consommateurs marocains ont eu une bonne surprise ces derniers jours »
fr.le360.ma ↗ ↩
« son prix a chuté entre 60 et 90 centimes actuellement »
fr.le360.ma ↗ ↩
« se négocie désormais entre 0,60 et 0,90 dirham selon les circuits de distribution »
fr.hespress.com ↗ ↩
« l’œuf se négociait à plus de 1,50 dirham l’unité »
fr.le360.ma ↗ ↩
« Le prix unitaire, qui avait dépassé 1,50 dirham au plus fort du Ramadan »
consonews.ma ↗ ↩
« la baisse est perceptible et intervient dans un contexte où le pouvoir d’achat reste sous pression »
fr.hespress.com ↗ ↩
« son prix de base a progressé de 115% en vingt-cinq ans. »
leseco.ma ↗ ↩
« la filière a atteint une production de 7 milliards d’œufs, un record »
fr.le360.ma ↗ ↩
« La production a atteint en 2025 un volume inédit de 7 milliards d’unités »
consonews.ma ↗ ↩
« un volume estimé à près de 7 milliards d’unités en 2025 »
fr.hespress.com ↗ ↩
« qui dépasse désormais les niveaux d’avant 2022 »
fr.le360.ma ↗ ↩
« Cette abondance a mécaniquement tiré les prix vers le bas »
fr.hespress.com ↗ ↩
« Contacté par Le360, Khalid Zaim, président de l’Association nationale des producteurs d’œufs, affirme que. »
fr.le360.ma ↗ ↩
« la présidence de l’Association nationale des producteurs d’oeufs (ANPO), elle, était injoignable. »
leseco.ma ↗ ↩
« les prix rémunérateurs des années 2024 et 2025 ont incité les éleveurs à investir massivement: importation de reproducteurs, extension des fermes et montée en capacité. »
h24info.ma ↗ ↩
« Khalid Zaim, vice-président de l’Association nationale des producteurs d’œufs de consommation, indique que cette envolée des prix s’explique notamment par les conditions climatiques extrêmes »
fr.le360.ma ↗ ↩
« en 2025, la moyenne a atteint 191 œufs par habitant »
fr.le360.ma ↗ ↩
« Elle a atteint 191 œufs par habitant en 2025 »
consonews.ma ↗ ↩
« un Marocain consomme en moyenne 191 œufs par an »
fr.hespress.com ↗ ↩
« contre 171 en 2024 »
fr.le360.ma ↗ ↩
« contre 171 un an plus tôt »
consonews.ma ↗ ↩
« contre 171 l’année précédente »
fr.hespress.com ↗ ↩
« et seulement 138 en 2010 »
fr.le360.ma ↗ ↩
« soit une hausse de près de 38% en quinze ans »
fr.le360.ma ↗ ↩
« «Face aux prix records de la viande rouge et du poisson, l’œuf est devenu un aliment de première nécessité» »
fr.le360.ma ↗ ↩
« il sert souvent de substitut à d’autres sources de protéines devenues plus coûteuses, comme la viande rouge ou même la volaille »
fr.hespress.com ↗ ↩
« L’œuf conserve en effet une place centrale dans l’alimentation des ménages »
fr.hespress.com ↗ ↩
« À ces niveaux, le prix de vente frôle, voire passe en dessous du coût de revient »
fr.hespress.com ↗ ↩
« «Aujourd’hui, le prix de vente pourrait passer en dessous du coût de production réel, ce qui générerait des pertes pour les éleveurs» »
fr.le360.ma ↗ ↩
« 97 à 98% des aliments pour volailles sont importés »
fr.le360.ma ↗ ↩
« le coût de revient dépend à environ 80% de céréales achetées sur les marchés mondiaux. »
leseco.ma ↗ ↩
« L’ des matières premières utilisées pour l’alimentation des volailles, notamment le maïs et le soja, est importé »
fr.hespress.com ↗ ↩
« le coût de production dépend étroitement des fluctuations du dollar et de l’euro, des tarifs du fret maritime, et des tensions géopolitiques, telle la guerre au Proche-Orient »
fr.le360.ma ↗ ↩
« Les coûts de production restent donc exposés aux fluctuations des marchés internationaux, aux variations du dollar et aux tensions logistiques »
fr.hespress.com ↗ ↩
« «Le consommateur a le droit le plus de profiter des prix bas, mais si nous subissons trop de pertes, l’offre se contractera et les prix remonteront mécaniquement» »
fr.le360.ma ↗ ↩
« Une baisse prolongée des prix peut pousser certains éleveurs à réduire leur activité, voire à sortir du marché »
fr.hespress.com ↗ ↩
« cela peut provoquer un déséquilibre inverse: une contraction de l’offre qui, à son tour, alimente une nouvelle hausse des prix »
fr.hespress.com ↗ ↩
« Le point bas historique de cette épopée date de la semaine 32 du mois d’août 2004. »
leseco.ma ↗ ↩
« Le prix avait alors chuté à 0,48 dirham départ ferme »
leseco.ma ↗ ↩
« Le record absolu de l’histoire de la filière est pulvérisé durant la seconde quinzaine du mois de mars 2023. »
leseco.ma ↗ ↩
« Le prix moyen atteint 1,28 dirham avec des pointes locales à 1,35 dirham. »
leseco.ma ↗ ↩
« Entre 2001 et 2010, la variation type ne dépassait pas 0,05 dirham. »
leseco.ma ↗ ↩
« Depuis 2022, cet écart a triplé pour atteindre 0,16 dirham. »
leseco.ma ↗ ↩
« une part importante de la responsabilité incombe aux intermédiaires et spéculateurs, accusés de profiter de la situation pour gonfler les prix »
fr.le360.ma ↗ ↩
« «Ils invoquent la liberté du marché, mais finissent par empocher des marges supérieures à celles des producteurs eux-mêmes», déplore-t-il »
fr.le360.ma ↗ ↩
« les Marocains constatent une augmentation marquée du prix des œufs, avec des unités vendues à plus de 1,50 dirham »
fr.le360.ma ↗ ↩
« contre 1,15 dirham à la sortie des exploitations agricoles »
fr.le360.ma ↗ ↩
« les prix se stabilisent désormais dans une fourchette comprise entre 0,80 et 1 dirham l’unité »
lesiteinfo.com ↗ ↩
« le prix unitaire est repassé sous la barre symbolique d’un dirham »
lesiteinfo.com ↗ ↩
« Avec l’arrivée de la saison des mariages et des fêtes familiales, la demande s’annonce déjà plus soutenue »
fr.hespress.com ↗ ↩
« À l’approche de la saison des mariages et des grandes célébrations familiales, la demande devrait exploser »
lesiteinfo.com ↗ ↩
« entraînant mécaniquement une hausse des prix »
lesiteinfo.com ↗ ↩
« «2026 est une année de forte production», affirme à H24info Abderrahmane Ryadi, secrétaire général de l’Association nationale des producteurs de viandes de volailles (APV). »
h24info.ma ↗ ↩
« «2026 est une année de forte production», affirme à H24info Abderrahmane Ryadi, secrétaire général de l’Association nationale des producteurs de viandes de volailles (APV). »
h24info.ma ↗
⚠️ Note INFO.FR: H24info présente Abderrahmane Ryadi comme 'secrétaire général' de l'Association nationale des producteurs de viandes de volailles, mais selon les sources officielles de la FISA, il serait en réalité secrétaire général ADJOINT de l'APV. Titre exact non confirmé. ↩
« «La hausse de 2 à 3 dirhams par kilo sortie ferme, soit 14 DH/kg contre 11 DH l’an dernier, reste une petite tension conjoncturelle »
h24info.ma ↗ ↩
« «La hausse de 2 à 3 dirhams par kilo sortie ferme, soit 14 DH/kg contre 11 DH l’an dernier, reste une petite tension conjoncturelle »
h24info.ma ↗ ↩
« « La forte production à laquelle les éleveurs et producteurs de viande de volaille s’attendent permet d’absorber tous les chocs auxquels on pourrait s’attendre. Les tensions éventuelles resteront éphémères» »
h24info.ma ↗ ↩
« Trouver un point d’équilibre entre accessibilité pour le consommateur et viabilité économique pour les producteurs reste un défi récurrent »
fr.hespress.com ↗ ↩
Sources
- Pourquoi les prix des œufs sont
- Œufs : les prix chutent sous 1 dirham; voici pourquoi
- Ramadan 2026: surproduction attendue du poulet avec effet stabilisateur des prix (APV)
- Flambée des prix des œufs: les producteurs pointent la chaleur et les intermédiaires
- Oeufs : la détente des prix soulage les ménages mais fragilise les producteurs
- Filière avicole : l’œuf marocain “brouillé” par les cours mondiaux
- Baisse notable des prix des œufs sur le marché marocain
