Paris 18e : des familles sans-abri occupent un bâtiment vacant, la crise du logement en acte

Le 3 avril 2026, une occupation illégale dans le 18e arrondissement cristallise les tensions entre militants et forces de l'ordre sur fond de crise du logement.

Paris 18e : des familles sans-abri occupent un bâtiment vacant, la crise du logement en acte
Illustration Céline Vasseur / info.fr

Des familles sans-abri ont investi un immeuble vacant du 18e arrondissement de Paris le 3 avril 2026, soutenues par des militants du logement. L'action intervient dans un contexte où Paris recense 3 857 sans-abri et 137 000 logements vides. La mairie et les candidats aux municipales sont sous pression.

Dans la nuit du 3 avril 2026, plusieurs familles sans domicile fixe, accompagnées de militants associatifs, ont pris possession d’un immeuble inoccupé dans le 18e arrondissement de Paris. Les forces de l’ordre sont rapidement intervenues aux abords du bâtiment, sans procéder dans l’immédiat à une expulsion. La situation illustre, une fois encore, l’impasse dans laquelle se trouve le logement à Paris.

Un arrondissement en première ligne

Le 18e n’est pas choisi au hasard. Selon les données de l’Apur datant de 2020, entre 15 et 18% des logements de l’arrondissement sont inoccupés - légèrement au-dessus de la moyenne parisienne. À l’échelle de la capitale, ce sont environ 137 000 logements vacants qui ont été recensés en 2022, représentant 10% du parc total, selon TF1 Info - contre 128 000 en 2020.

Dans le même temps, la Nuit de la Solidarité du 22 janvier 2026 a comptabilisé 3 857 personnes sans-abri à Paris, dont 721 dans des campements, soit une hausse de 10% par rapport aux 3 500 recensées en 2025, d’après l’Apur. À l’échelle nationale, la Fondation Abbé Pierre chiffre à 350 000 le nombre de personnes sans domicile en France en 2025, et à 2,8 millions le nombre de ménages en attente d’un logement social - un record.

Un précédent bien établi

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Ce type d’occupation n’est pas inédit dans la capitale. En décembre 2025, lors d’une vague de froid, des militants avaient déjà tenté de réquisitionner des immeubles vides dans les quartiers huppés de Paris, rapportait Le Parisien. Avant cela, en 2021, le Collectif Réquisitions avait hébergé 1 740 sans-abri via cinq occupations successives. La répétition de ces actions témoigne d’un système à bout : les attributions de logements sociaux à Paris ont chuté à 9 000 en 2024 pour 290 000 demandeurs, selon Le Monde.

La mairie et les candidats aux municipales sous pression

La Ville de Paris n’est pas sans réponse sur le papier. Dans le cadre de la loi de finances 2026, elle a obtenu la création d’une taxe unique sur la vacance des locaux d’habitation (TLVH), majorable dès 2027, pour inciter les propriétaires à remettre leurs biens en location, comme elle l’a annoncé sur son site officiel.

Mais la pression monte aussi du côté de la campagne des municipales de mars 2026. Emmanuel Grégoire propose la création de 4 000 places d’hébergement d’urgence et la réquisition des logements vides depuis plus de cinq ans, selon son programme. Sophia Chikirou (LFI) va plus loin : elle souhaite doubler l’offre de logements publics et prioriser les arrondissements comme le 18e, en deçà du seuil SRU, d’après Le Moniteur.

Prochaine étape : le Conseil de Paris doit débattre de la question du logement le 15 avril 2026, selon la mairie. Un rendez-vous scruté de près par les associations, au lendemain d’une occupation qui n’a rien d’accidentel.

Sources

Julie Renault

Julie Renault

Basée à Paris, elle traite la mairie, les tensions sur le logement, les transports et les débats sur la piétonnisation. Diplômée du CFJ, elle a travaillé en agence avant de s'ancrer à Paris. Ligne de travail : interroger les élus, les associations de riverains, les syndicats de transports, vérifier les budgets municipaux avant de publier.

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