Paris : hommage aux victimes de la Rafle du Vél d’Hiv ce dimanche
La cérémonie nationale du 84e anniversaire s'est tenue ce 19 juillet au Square du Martyr juif, présidée par la ministre Alice Rufo, avec lecture du Chant des marais.
Paris a rendu hommage ce dimanche aux 12 884 victimes de la Rafle du Vél d'Hiv, dont 4 115 enfants arrêtés les 16 et 17 juillet 1942 par la police française. La cérémonie nationale s'est déroulée à 9h30 dans le 15e arrondissement, 84 ans après les faits.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- La cérémonie nationale du 84e anniversaire de la Rafle du Vél d'Hiv s'est tenue ce dimanche 19 juillet 2026 à 9h30 à Paris, présidée par Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées.
- Les 16 et 17 juillet 1942, 12 884 Juifs dont 4 115 enfants ont été arrêtés par la police française avant d'être déportés à Auschwitz.
- Le Chant des marais, hymne des déportés composé en 1933 au camp de Börgermoor, a été interprété lors de la cérémonie au Square du Martyr juif dans le 15e arrondissement.
- La responsabilité de l'État français dans cette rafle a été reconnue officiellement par Jacques Chirac en 1995.
- Cette commémoration s'inscrit dans la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites et d'hommage aux Justes de France.
La cérémonie nationale commémorant le 84e anniversaire de la rafle du Vél d’Hiv s’est tenue ce dimanche 20 juillet 2026 à 9h30 au Square du Martyr juif du Vélodrome d’Hiver, dans le 15e arrondissement de Paris. Alice Rufo, ministre déléguée auprès du ministre des Armées et des Anciens combattants, a présidé l’événement, selon la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.
Le protocole a notamment prévu l’interprétation du Chant des marais, hymne composé en 1933 par des détenus du camp de concentration de Börgermoor. Ce chant a résonné lors de la cérémonie parisienne, comme en témoigne une journaliste présente sur place.
Ce qui s’est passé les 16 et 17 juillet 1942
Les 16 et 17 juillet 1942, 12 884 Juifs ont été arrêtés par la police française à Paris et en banlieue, dont 4 115 enfants, selon la Fondation Shoah. Les victimes ont été enfermées dans des conditions inhumaines au Vélodrome d’Hiver, situé à l’époque boulevard de Grenelle, avant d’être transférées vers les camps de Drancy, Pithiviers et Beaune-la-Rolande. La quasi-totalité a ensuite été déportée à Auschwitz.
Cette rafle, ordonnée par l’occupant nazi mais exécutée par les autorités françaises, a marqué l’un des épisodes les plus sombres de la collaboration du régime de Vichy. Hommes, femmes et enfants ont été parqués pendant plusieurs jours sans eau ni nourriture suffisante, dans une chaleur étouffante sous la verrière du vélodrome.
La reconnaissance tardive de l’État français
La responsabilité de l’État français dans cette rafle a été officiellement reconnue par le président Jacques Chirac en 1995, lors d’un discours prononcé au même endroit. Avant cette date, les autorités françaises attribuaient ces crimes au seul régime de Vichy, sans assumer la continuité de l’État.
Le discours de Chirac a marqué un tournant mémoriel. « La France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable », avait-il déclaré, brisant des décennies de silence officiel. Cette reconnaissance a ouvert la voie à une journée nationale de commémoration, instituée en 2000.
Une journée nationale contre l’antisémitisme
La commémoration de ce dimanche s’inscrit dans la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes de France, selon le ministère des Armées. Cette journée vise à défendre la vérité historique, transmettre la mémoire et lutter contre l’antisémitisme, le racisme et toutes les formes de haine.
Les Justes de France, reconnus pour avoir sauvé des Juifs pendant l’Occupation au péril de leur vie, sont également honorés lors de cette journée. Plus de 4 000 personnes ont reçu ce titre en France, décerné par le mémorial de Yad Vashem en Israël.
Le symbole du Chant des marais
Le Chant des marais, interprété lors de la cérémonie, porte une charge symbolique forte. Composé en allemand en 1933 par des prisonniers politiques du camp de Börgermoor, il est devenu l’hymne des déportés dans les camps nazis. Ses paroles évoquent le travail forcé dans les marécages, la souffrance et l’espoir de libération.
L’interprétation de ce chant lors des commémorations de la Rafle du Vél d’Hiv crée un lien direct entre les victimes françaises de la déportation et l’ensemble des déportés européens. Le protocole de la cérémonie homologue de Poitiers, qui s’est tenue le même jour, prévoyait explicitement cette interprétation, selon la mairie de Poitiers.
D’autres hommages à Paris
D’autres événements ont marqué cette période de commémoration à Paris. Un hommage associatif avec la participation de Serge Klarsfeld, avocat et historien spécialiste de la Shoah, s’est également tenu dans la capitale, selon info.fr. Klarsfeld, né en 1935, a consacré sa vie à traquer les criminels nazis et à documenter la déportation des Juifs de France.
Ces cérémonies multiples témoignent de la volonté de maintenir vivante la mémoire de la Rafle du Vél d’Hiv, alors que les derniers témoins directs disparaissent. La transmission aux jeunes générations devient un enjeu central, notamment dans les établissements scolaires de la capitale.
Contexte dans Paris
Paris, capitale de 2,2 millions d’habitants, concentre une part importante des lieux de mémoire liés à la Shoah en France. Le 15e arrondissement, où se trouve le Square du Martyr juif, a accueilli le Vélodrome d’Hiver jusqu’à sa démolition en 1959. Le square, inauguré en 1993, est depuis lors le lieu de la cérémonie nationale annuelle.
La capitale compte également le Mémorial de la Shoah dans le 4e arrondissement, qui recense les noms des 76 000 Juifs déportés de France. Paris abrite par ailleurs de nombreuses plaques commémoratives rappelant les arrestations d’enfants juifs dans les écoles et les immeubles. Cette mémoire urbaine fait de la ville un lieu central du devoir de mémoire français.
Un devoir de mémoire toujours actuel
La lutte contre l’antisémitisme reste un enjeu majeur en France. Les actes antisémites ont connu des pics préoccupants ces dernières années, justifiant la mobilisation des autorités lors de commémorations comme celle du Vél d’Hiv. La préfecture de police de Paris a rappelé ce dimanche que ce devoir de mémoire constitue « une injonction à poursuivre avec force et détermination notre lutte contre toutes les expressions de la haine ».
Les institutions françaises, du ministère des Armées aux associations mémorielles, maintiennent un calendrier serré de commémorations. D’autres dates marquent l’agenda mémoriel français, comme le 27 janvier (libération d’Auschwitz) ou le 16 juillet, désormais inscrit comme journée nationale.
La prochaine commémoration nationale aura lieu dans un an, le 20 juillet 2027, pour le 85e anniversaire de la rafle. Entre-temps, les lieux de mémoire parisiens continuent d’accueillir visiteurs et groupes scolaires tout au long de l’année.
Sources
- Fondation pour la Mémoire de la Shoah : Cérémonie de commémoration de la rafle du Vél d'Hiv 2026
- Ministère des Armées : Cérémonie de la rafle du Vél d'Hiv
- Ville de Poitiers : 19 juillet 2026 : cérémonie à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites
- X (Twitter) : Le chant des marais à la cérémonie commémorative
