Paris : Macron et Kagame inaugurent le mémorial « L’Archive » aux victimes du génocide contre les Tutsi
Une double stèle en laiton noir installée quai d'Orsay, premier mémorial permanent à Paris dédié aux ~800 000 victimes du génocide de 1994.
Emmanuel Macron et Paul Kagame ont inauguré lundi 2 juin 2026 le mémorial « L'Archive » sur l'Esplanade Habib-Bourguiba, dans le 7e arrondissement de Paris. L'œuvre de l'artiste Grada Kilomba rend hommage aux quelque 800 000 victimes du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.
L’essentiel
- Date et lieu : Inauguration le 2 juin 2026, Esplanade Habib-Bourguiba, quai d’Orsay, 7e arrondissement de Paris.
- Œuvre : Double stèle en laiton noir conçue par l’artiste Grada Kilomba, inscriptions en quatre langues (français, anglais, kinyarwanda, swahili).
- Victimes commémorées : ~800 000 personnes, principalement Tutsi, tuées lors du génocide d’avril à juillet 1994.
- Protagonistes : Emmanuel Macron, Paul Kagame, Louise Mushikiwabo (SG de l’OIF), Emmanuel Grégoire (maire de Paris), rescapée Jeanne Uwimbabazi, lectures de Gaël Faye et d’un poème de Beata Umubyeyi Mairesse.
- Initiative : Projet conjoint de l’État français et de la Mairie de Paris, avec le rôle clé d’Ibuka France et de son président Marcel Kabanda.
Une cérémonie au cœur de Paris
La cérémonie s’est tenue en fin de matinée sur l’Esplanade Habib-Bourguiba, face à la Seine, dans le 7e arrondissement. Macron et Kagame ont dévoilé ensemble les deux stèles en laiton noir. La cérémonie comprenait une prise de parole de la rescapée Jeanne Uwimbabazi, des lectures de l’auteur et musicien Gaël Faye et d’un poème de Beata Umubyeyi Mairesse, ainsi qu’une intervention du maire de Paris Emmanuel Grégoire, selon France 24 et le site de francegenocidetutsi.org.
Les stèles portent l’inscription : « Ici, comme une archive, reposent les voix et les mots, les souvenirs et les expériences, les sentiments et les espoirs des victimes et des survivants », selon France 24 et Le Monde.
Les discours : vérité, mémoire et inaction internationale
Dans son discours, Emmanuel Macron a déclaré que le monument marquait « la culmination d’une longue et patiente quête de vérité » et plaçait le génocide « au cœur de notre capitale et de notre histoire », selon l’Élysée. Il a salué le rôle d’Ibuka France et de Marcel Kabanda comme acteurs déterminants du projet.
Paul Kagame a estimé que le mémorial « sets the truth in stone and protects it from the heartlessness of time ». Il a reconnu l’engagement français - « none has gone as far as France » - tout en critiquant l’inaction de la communauté internationale face au génocide, selon The New Times (Rwanda) et Al Jazeera.
Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), participait également à la cérémonie, confirmant la dimension multilatérale de l’événement.
Contexte dans le département de Paris (75)
Paris accueille depuis 2014 une première stèle dédiée aux victimes du génocide des Tutsi, au cimetière du Père-Lachaise, inaugurée à l’initiative de la Mairie de Paris et d’Ibuka France, selon Wikipedia et la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Le mémorial « L’Archive » constitue le premier monument permanent d’envergure nationale sur l’espace public parisien consacré à cette mémoire.
La capitale concentre les institutions mémorielles françaises et accueille régulièrement les cérémonies officielles liées aux grands drames du XXe siècle. Ce mémorial s’inscrit dans un calendrier parisien déjà chargé sur le plan diplomatique - les transports en Île-de-France ont d’ailleurs été affectés par les dispositifs de sécurité dans le secteur.
Un rapprochement France-Rwanda depuis 2021
Le projet trouve son origine directe dans la visite de Macron à Kigali en mai 2021, lors de laquelle il avait reconnu les « responsabilités » françaises dans le génocide, sans retenir le terme de complicité. Cette position s’appuyait sur les conclusions du rapport de la commission d’historiens présidée par Vincent Duclert, rendu public la même année, qui avait établi une « responsabilité lourde et accablante » de la France sans prouver de complicité active.
Les relations diplomatiques entre Paris et Kigali avaient connu une rupture entre 2006 et 2009, après l’émission par un juge français de mandats d’arrêt contre des proches de Kagame. Le mémorial « L’Archive » s’inscrit dans la normalisation progressive engagée depuis, selon l’Élysée et Reuters.
Macron a salué lors de la cérémonie le « chemin de vérité, de justice et de vigilance » encore à parcourir - éducation, procès, travail sur les archives - présentant le mémorial comme un jalon et non comme un point final, selon l’Élysée.
Le suivi de ce travail mémoriel et des échanges bilatéraux France-Rwanda sera observé dans les prochains mois, notamment sur le volet judiciaire et la coopération sur les archives.
Sources
- Élysée (officiel) : Inauguration du mémorial en hommage aux victimes du génocide perpétré contre les Tutsi
- Al Jazeera : 'Milestone': Macron opens Paris monument honouring Rwanda genocide victims
- Reuters : Macron, Kagame inaugurate Rwanda genocide memorial in Paris
- France 24 : Macron unveils Rwanda genocide memorial in Paris, marking 'quest for truth'