Paris : l’infirmerie psychiatrique de la PP épinglée pour conditions indignes et privations arbitraires
Un rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté révèle des violations graves des droits humains, appelant à une réforme urgente.
L'infirmerie psychiatrique de la Préfecture de Police de Paris (IPPP), unique en France, est visée par un rapport choc publié le 24 avril 2026. La Contrôleuse générale Dominique Simonnot dénonce des conditions d'accueil indignes et des privations arbitraires de liberté, réitérant une demande de réforme vieille de quinze ans.
Un lieu hors du droit commun
Créée en 1872, l’infirmerie psychiatrique de la Préfecture de Police de Paris (IPPP) accueille chaque année plus de 1 400 personnes amenées par la police pour évaluation psychiatrique. Selon le rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), publié le 24 avril 2026, ce lieu échappe aux contrôles sanitaires habituels en raison de son statut hybride, sous tutelle du ministère de l’Intérieur. Le Monde précise que cette singularité juridique prive les patients des garanties offertes par le droit hospitalier.
En 2025, 1 456 admissions ont été enregistrées, contre 1 677 en 2024, selon France Bleu. Malgré une limite légale de séjour fixée à 24 heures (48 heures maximum), certains patients restent jusqu’à huit jours en raison de la saturation des hôpitaux psychiatriques. Le budget annuel de l’IPPP s’élève à 3,8 millions d’euros, financé par la Préfecture de Police.
Conditions d’accueil dénoncées
Le rapport du CGLPL, basé sur une visite du 2 au 4 mars 2026, révèle des pratiques contraires aux droits fondamentaux. Les patients sont systématiquement placés en isolement dans des chambres fermées par deux verrous, sans accès à des toilettes, une douche, un lavabo, ni à l’air libre. La contention est fréquente, avec des ceintures ventrales fixées au lit. Mediapart cite des témoignages de patients dénudés et entravés, qualifiant ces conditions d’« indignes ».
Dominique Simonnot, Contrôleuse générale depuis 2014, souligne l’absence de contrôle régulier par une autorité sanitaire ou juridictionnelle. Cette situation avait déjà été pointée lors des visites du CGLPL en 2009 et 2018-2019, sans évolution notable. Le Figaro rapporte que les locaux ont fait l’objet de rénovations en 2019, mais sans remédier aux problèmes structurels.
Appel à une réforme urgente
Le CGLPL réitère sa demande d’intégration de l’IPPP au droit commun hospitalier, une recommandation formulée dès 2011. Selon ActuSoins, cette mesure permettrait de soumettre l’établissement aux contrôles des autorités sanitaires. La Préfecture de Police n’a pas encore réagi publiquement au rapport, mais des discussions sur une réforme statutaire seraient en cours au ministère de l’Intérieur, d’après Mediapart.
La prochaine étape sera le rapport annuel d’activité 2025 du CGLPL, attendu en mai 2026, qui détaillera les suites données à ces recommandations urgentes. En attendant, les associations et élus, comme ceux dénonçant les violences urbaines à Paris, appellent à une action rapide pour mettre fin à ces violations des droits humains.
Contexte
L’IPPP, située dans le 14e arrondissement de Paris, est le seul établissement de ce type en France. Son statut hybride, à la croisée du sanitaire et du sécuritaire, a été maintes fois critiqué. En 2011, le CGLPL avait déjà recommandé son intégration au droit commun hospitalier, sans succès. Les travaux de rénovation de 2019 n’ont pas suffi à résoudre les problèmes structurels, comme le montre le rapport de 2026.
Et maintenant ?
Le rapport annuel du CGLPL, prévu pour mai 2026, devrait apporter des précisions sur les suites données aux recommandations. Une réforme de l’IPPP pourrait être discutée au Parlement dans les mois à venir, sous l’impulsion du ministère de l’Intérieur et de la Santé.
Sources
- Journal Officiel : Recommandations urgentes du CGLPL
- Le Monde : L’infirmerie psychiatrique de la Préfecture de police de Paris à nouveau mise en cause
- Mediapart : Des «dysfonctionnements majeurs» constatés à l'infirmerie psychiatrique de la PP
- France Info : Atteinte aux droits fondamentaux des patients