Paris : LaTour111, premier squat légal d’artistes, menacé d’expulsion par la Ville
Sept artistes occupent le 111 rue Saint-Honoré depuis 2002, mais la Ville veut récupérer les lieux pour travaux.
LaTour111, au 111 rue Saint-Honoré (Paris 1er), est le premier squat d'artistes conventionné par la Ville de Paris. Après 24 ans d'activité, la municipalité met fin à la convention pour réaliser des travaux de sécurisation. Les sept occupants contestent et ont mobilisé plus de 300 artistes.
LaTour111, au 111 rue Saint-Honoré (Paris 1er), est le premier squat d’artistes conventionné par la Ville de Paris. Après 24 ans d’activité, la municipalité met fin à la convention pour réaliser des travaux de sécurisation. Les sept occupants contestent et ont mobilisé plus de 300 artistes.
L’essentiel
- Ouverture : Le squat LaTour111 a été investi par des artistes en 2002, après 15 ans d’abandon du bâtiment.
- Convention : La Ville de Paris a signé vers 2005 une convention d’occupation temporaire avec l’association Paris Centre Art, pour un loyer trimestriel de 100 euros HT hors charges.
- Expulsion : La Ville met fin à la convention (échéance 2023) et demande aux 7 occupants de quitter les lieux pour travaux de sécurisation/ravalement.
- Mobilisation : Plus de 300 artistes ont signé une tribune dans Libération le 12 mai 2026 contre l’expulsion.
- Recours : L’association Paris Centre Art a saisi le tribunal administratif ; aucune réaction officielle détaillée de la Ville n’a été communiquée à ce stade.
Un bâtiment du XVIIIe siècle réinvesti après quinze ans d’abandon
Le bâtiment du 111 rue Saint-Honoré est adossé à la fontaine de la Croix-du-Trahoir, classée monument historique, conçue par Jacques-Germain Soufflot vers 1775. Selon Libération et Le Parisien, le site a successivement servi de château d’eau puis d’ambassade d’Andorre avant de tomber à l’abandon pendant une quinzaine d’années.
En 2002, des artistes s’y installent. Le lieu propose rapidement ateliers, galerie et studios son sur cinq niveaux étroits. Une majorité d’artistes femmes y travaille historiquement, selon Culture Link.
Une convention pionnière à 100 euros par trimestre
Vers 2005, la Ville de Paris signe avec l’association Paris Centre Art une convention d’occupation temporaire - la première du genre à Paris, selon Le Parisien. Le loyer est fixé à 100 euros trimestriels hors taxes et hors charges. Le lieu, connu aussi sous le nom de Laboratoire de la Création, est référencé par le Centre national des arts plastiques (CNAP) et participe à la programmation officielle de la Nuit blanche, organisée par la direction des Affaires culturelles de la Ville.
Ce modèle a longtemps été présenté comme un exemple de régularisation de squat artistique en centre-ville parisien, à une époque où la question des espaces de création abordables se posait déjà avec acuité.
La Ville met fin à la convention, les artistes saisissent la justice
La convention est arrivée à échéance en 2023. La Ville de Paris, propriétaire du bâtiment, invoque des travaux importants de sécurisation et de ravalement pour justifier sa demande de départ. Les sept artistes occupants refusent de partir.
L’association Paris Centre Art, présidée par Maïlys Lamotte-Paulet, 34 ans, a déposé un recours devant le tribunal administratif. Avec Chadine Amghar, elle cogère le lieu depuis environ trois ans. Les deux responsables dénoncent, selon Libération, une « chasse aux lieux alternatifs » et pointent une contradiction avec les engagements affichés de la Ville en faveur de la jeune création.
Plus de 300 signataires dans Libération
Le 12 mai 2026, une tribune intitulée « Non à l’expulsion des artistes de LaTour111 » est publiée dans Libération. Plus de 300 artistes y apposent leur signature. Le texte dénonce l’incohérence entre la décision municipale et les vingt-quatre ans de vocation artistique du lieu.
Le Parisien a consacré un reportage au sujet le 26 mai 2026, avec photo du lieu, amplifiant la visibilité du dossier au-delà du cercle des arts plastiques.
Contexte dans Paris
Paris concentre depuis les années 1990 une série de lieux artistiques alternatifs nés de l’occupation de bâtiments vacants. Plusieurs ont disparu au fil des décennies, sous pression foncière ou à la faveur de projets de rénovation urbaine. LaTour111 avait fait figure d’exception : régularisé, conventionné, intégré aux programmations officielles, il était souvent cité comme modèle de cohabitation entre création indépendante et gestion publique du patrimoine.
La tension entre préservation d’espaces de création abordables et contraintes patrimoniales ou de sécurité des bâtiments anciens n’est pas nouvelle dans la capitale. D’autres dossiers franciliens illustrent régulièrement la pression qui s’exerce sur les usages non conventionnels de l’espace urbain en Île-de-France. Le cas LaTour111 se distingue toutefois par son ancienneté, sa légitimité institutionnelle acquise et la mobilisation qu’il a suscitée dans le milieu des arts visuels.
Selon Culture Link, la mairie d’arrondissement du Centre a accusé réception d’un mail des occupants et promis une réponse. Aucune déclaration officielle détaillée de la Ville de Paris, de la mairie du 1er arrondissement ou de la préfecture n’avait été rendue publique au moment de la publication de cet article.
Le recours devant le tribunal administratif déposé par Paris Centre Art déterminera la suite immédiate. La Ville n’a pas encore précisé le calendrier des travaux ni les conditions d’un éventuel relogement des occupants.
Sources
- Le Parisien : « C'est ça la ville de l'art ? » : à Paris, les artistes d'un squat « légal » menacés d'expulsion par la Ville
- Libération : «Chasse aux lieux alternatifs» : à Paris, le premier squat légal d'artistes sur le point d'être expulsé
- Libération : Non à l'expulsion des artistes de LaTour111, squat «légal» à Paris
- Culture Link : Non à l'expulsion des artistes de LaTour111, squat «légal» à Paris